A/H1N1 : TOUT SAVOIR SUR LE DIAGNOSTIC RAPIDE
Actualité publiée le 08-05-2009
RT-PCR (real time-polymerase chain reaction)
A l’occasion de la mobilisation des biologistes européens et américains, l’opinion publique a découvert la PCR, une méthode diagnostic des maladies infectieuses qui fut l’une des toutes premières méthodes de biologie moléculaire au service des laboratoires d’analyses de biologie médicale, familièrement : les LABM. A Paris, l’Institut Pasteur a annoncé qu’il avait développé un test de diagnostic (en fait : d’identification) du virus A/H1N1. Il n’est pas le seul : aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne, la même annonce triomphale a jailli dans les médias, car on sait faire cela un peu partout dans le monde…
Un test en PCR en temps réel - les biologistes disent : RT-PCR pour real time-polymerase chain reaction – qu’est-ce que c’est ? Réponse : c’est une PCR… mais plus rapide, douze heures maximum pour le résultat. Il suffit de disposer d’un virus ou d’une bactérie, et d’amplifier son matériel génétique (ARN ou ADN) avec une enzyme, l’ADNpolymérase, qui déclenche une « réaction en chaîne » : la multiplication des séquences virales ou bactériennes, qui deviennent alors lisibles plus facilement. Simple, mais il fallait y penser…
La PCR a été inventée dans les années 1980 par un biologiste américain, Kary Mullis, qui est parti du raisonnement suivant. Chercher « une aiguille dans une meule de foin » (a needle in a haystack), c’est impossible, mais si on trouve le moyen de multiplier les aiguilles, on obtient une… meule d’aiguilles facilement repérable. Ce raisonnement lui vint, comme il l’a lui-même raconté, il y a juste 26 ans, alors qu’il était en voiture un vendredi sur une route éclairée par la Lune en Californie, en avril 1983. Dix ans juste plus tard, il recevait le Prix Nobel de chimie.…
Il suffisait de trouver une amorce pour déclencher la multiplication des séquences d’ARN ou d’ADN (réplication) du micro-organisme dont on veut détecter la présence.
L’ADNpolymérase est l’enzyme-clé de la réplication de l’ADN, c’est un ingrédient de l’évolution, de la reproduction. Dans la PCR, elle synthétise de nouveaux brins d’ADN à partir de l’échantillon introduit dans l’analyseur. Plus on multiplie les cycles de réplication, plus on aura de matériel microbien plus facilement détectable.
Il y a quelques années, le laboratoire Roche (Bâle, Suisse) a fait l’acquisition de cette technique alors qu’elle en était à ses tous débuts. C’est cette technique, utilisée aujourd’hui en routine (en langage biologique : couramment) qu’ont utilisé les équipes qui annoncent leur mise au point d’un test A/H1N1 à partir de matériel viral expédié de Mexico. Ce test est utilisé sur un analyseur de biologie (un automate), également développé par Roche (Division Diagnostics) : le LightCycler®. A Berlin, le laboratoire TIB MOLBIOL, a annoncé que le test serait propose aux biologistes européens et des pays d’Asie.
L’annonce par l’Institut Pasteur de la mise au point d’un test permettant de détecter plus rapidement le virus A/H1NA a justifié une mise en garde d’un scientifique : il ne s’agit pas d’un test rapide, au sens biologique : test simple, facilement et vite mis en œuvre, plutôt dépistage que diagnostic. En effet, des tests rapides pour détecter un virus grippal en cas de symptômes, il en existe bien une dizaine, les fabricants (les industriels du diagnostic in vitro) en présentent chaque année aux Journées internationales de biologie (JIB). Certains détectent le virus A (le plus dangereux), d’autres le virus A et le virus B. Ils sont adaptés à la grippe saisonnière généralement bénigne… si on la compare à la forme aviaire ou porcine.
L’intérêt d’un test plus rapide d’identification de A/H1N1 par PCR est non seulement de savoir si un patient est ou non atteint par ce virus et doit être isolé et traité (antiviral) – car H1N1 est très facilement contagieux - mais aussi de le libérer rapidement s’il n’a pas ce virus, de façon à laisser sa place dans la chambre d’isolement à d’autres patients susceptibles d’être réellement contaminés.
Ne serait-ce que du fait de cet exemple spectaculaire de diagnostic moléculaire – en l’occurrence la molécule d’ADN – il faut arrêter de comparer l’épidémie de cas actuelle avec la pandémie de 1918-1919. D‘autant qu’on attend le possible feu vert de l’OMS pour que débute la préparation d’un vaccin anti-A/H1N1…
Auteur : Jean-Marie Manus, Conseiller pour la santé publique, Santé log, mis en ligne le 8 mai 2009-
Visuel et vignette Roche : https://www.roche-applied-science.com/index.jsp
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