ALLERGIES MÉDICAMENTEUSES : Ne réveillez pas un virus qui dort
Actualité publiée le 27-08-2010
Science Translational Medicine
Des chercheurs de l’Inserm (Rouen) viennent, au terme de 7 années de travail, de découvrir que certaines formes d'allergies médicamenteuses sont dues à la réactivation de virus Epstein Barr dormants, de type herpès virus, qui se multiplient à la prise du médicament et non à une réaction de l'organisme contre le médicament lui-même. Dans ce cas, l’organisme réagit donc à la réactivation virale induite par le médicament. Ces résultats, qui font progresser la connaissance actuelle des mécanismes de l’allergie médicamenteuse, sont publiés dans la revue américaine Science Translational Medicine.
Une allergie médicamenteuse se produit lorsque le système immunitaire réagit à un médicament. Un certain nombre de médicaments peuvent provoquer une allergie médicamenteuse, médicaments sous prescription comme d’automédication. Les symptômes les plus courants d'allergie médicamenteuse sont l’urticaire, l’éruption cutanée ou la fièvre mais peuvent aller jusqu’aux atteintes pulmonaires, rénales, du foie et du cœur et, dans 10% des cas conduire au décès. Une réaction allergique à un médicament peut se produire même cela n’a jamais été le cas dans le passé. La plupart des symptômes liés à l’allergie médicamenteuse n'impliquent pas le système immunitaire.
Mais, dans cette première étude démontrant le rôle d’EBV (Epstein Barr virus) dans la réaction allergique médicamenteuse, il s’agit bien de réactions immunitaires contre des virus. Chez certains individus hypersensibles, la prise du médicament entraîne la réactivation du virus EBV (Epstein Barr Virus), un virus de la famille Herpes (herpès, varicelle-zona, HHV6, CMV-mononucléose, etc.), en temps normal à l’état dit "dormant". Le virus se multiplie et provoque une réponse immunitaire ce qui entraine des éruptions cutanées et désordres viscéraux. "Le syndrome d'hypersensibilité, ainsi appelé parce que le système immunitaire réagit avec excès, apparaît au moins trois semaines après la prise du médicament", précise l’auteur principal de l’étude.
Les chercheurs ont suivi 40 patients qui présentaient un DRESS (Drug reaction with eosinophilia and systemic symptoms) c’est-à-dire une réaction au médicament en réponse à différents médicaments appartenant principalement à la famille des antibiotiques et des antiépileptiques. L’analyse de la réplication virale (la multiplication du virus) chez ces 40 personnes conclut, chez la grande majorité d’entre elles (76%), la multiplication du nombre d’EBV dans le sang.
Les médicaments les plus susceptibles de réactiver le virus EBV sont les anti-épileptiques, des antibiotiques mais aussi l'allopurinol (contre la goutte). "Le risque d'hypersensibilité avec un antiépileptique comme le Tégrétol (carbamazépine) est d'1/8000".
Un traitement possible, la prescription de corticoïdes : Le traitement de certaines de ces manifestations allergiques pourrait évoluer en proposant, en plus de l'arrêt du médicament en cause, "des corticoïdes et faute de mieux dans les cas extrêmement graves, des antiviraux peu ou partiellement efficaces (type ganciclovir)".
Il reste à répondre à la question des facteurs et de la détection de la vulnérabilité à la réaction allergique médicamenteuse.
* Philippe Musette et coll. (Unité Inserm 905 "Physiopathologie et biothérapies des maladies inflammatoires et autoimmunes", Rouen)
Sources : Inserm (communiqué), Science Translational Medicine,
25 August 2010 Vol 2 Issue 46 46ra62 "Drug Reaction with Eosinophilia and Systemic Symptoms (DRESS): A Multiorgan Antiviral T Cell Response", adaptation et mise en ligne Yann-Mickaël Dadot, Santé log, le 26 août 2010 (vignette CDC « leukemia cells that contain Epstein Barr virus », visuel Mayo Clinic)
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Cette actualité a été publiée le 27/08/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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