ANTIBIOTIQUES PAS AUTOMATIQUES : La France citée en exemple
Actualité publiée le 03-06-2009
PLoS Medicine
La prescription d’antibiotiques en France a diminué de 23% depuis les fameuses campagnes de dissuasion de l’Assurance-Maladie, sur le thème : « Les antibiotiques, c’est pas automatique ». La régression de cette consommation massive, due principalement aux baisses des prescriptions est mise en avant dans la revue PLoS Medicine. La France apparaît donc aujourd’hui comme un « modèle du genre ».
De produit de (grande) consommation, l’antibiotique est redevenu un médicament ciblé !
Néanmoins, la baisse confirmée par l’étude de l’Assurance-Maladie est aussi due à la régression d’un phénomène peu (sinon jamais) évoqué, méconnue des médias : la prescription dirigée, ou quand le patient (ou souvent la mère de famille) réclame un médicament au médecin et que celui-ci accepte de le prescrire… même si la petite pathologie respiratoire qu’il a constatée ne justifie pas une antibiothérapie. 455 millions de prescriptions individuelles ont été examinées, ce qui a permis de mesurer la baisse de la consommation d'antibiotiques en France au cours de la campagne nationale entre 2002 et 2007.
Les campagnes de l’Assurance-Maladie ont donc eu pour cibles les prescripteurs ET les patients/familles de patients, chacun ayant des raisons de se fier aux antibiotiques tout venant, jusqu’au moment où un coup de frein était nécessaire.
L’élément le plus spectaculaire pour l’année 2008 est la baisse de la consommation d’antibiotiques pour les angines, les trois quarts étant virales - les antibiotiques, faut-il le rappeler, sont des antibactériens -, le choix du traitement étant étayé par la pratique, chez le généraliste, l’ORL ou le pédiatre, par la pratique d’un test rapide de recherche du microbe en cause (pharynx) dont des milliers d’exemplaires ont été distribués par l’Assurance-Maladie. Une telle démarche était devenue indispensable, la recherche de l’agent infectieux au laboratoire d’analyses étant tombée en désuétude et la prescription systématique d’un antibiotique étant devenue trop… systématique.
Mais surtout, il y avait deux conséquences dommageables :
- le coût du remboursement des antibiotiques pesant sur notre économie de santé,
- la montée croissante des résistances bactériennes aux antibiotiques.
La consommation d’antibiotiques a baissé de 23 % par rapport à 2002 (démarrage de la campagne) et la prévalence des souches de pneumocoques résistant à la pénicilline est passée de 45 % (2001) à 34,5 %.
Il faut savoir que dans les hôpitaux aussi des mesures de bon usage ont été élaborées pour éviter une trop large utilisation des antibiotiques, avec notamment la mise en place d’un « Comité des antibiotiques » dans chaque établissement de santé, avec des médecins référents en antibiothérapie, des manuels de bon usage (référentiels) et l’obligation de la justification de toute demande de prescription d’un antibiotique.
A l’hôpital aussi la consommation d’antibiotiques a baissé (11 % entre 2002 et 2006). Il faut dire que dans les hôpitaux, l’ennemi public n° 1 est le SARM, ou Streptococcus aureus résistant à la méticilline, antibiotique-test appliqué à ce streptocoque doré, la bactérie la plus redoutée en milieu hospitalier, agent d’infections nosocomiales. Sa prévalence a baissé (augmentation des souches sensibles aux antibiotiques), donc la prochaine enquête sur les infections nosocomiales devrait en tenir compte… même si tout n’est pas réglé sur ce point : il n’y a pas que le SARM !
Les efforts de bon usage se poursuivent, conformément à un « Plan pour préserver l’efficacité des antibiotiques » dont le premier volet se termine en 2010, et qui prévoit d’ici là de nouvelles campagnes d’incitation à l’économie des antibiotiques. Ce n’est pas seulement une question d’économie de santé, répétons-le.
C’est une question de sécurité sanitaire : les antibiotiques actuels ont atteint leurs limites d’efficacité, le génie biologique des bactéries résistantes est redoutable, et l’on attend anxieusement les vrais nouveaux antibiotiques – ceux contre lesquels les bactéries ne pourraient pas élaborer une résistance spécifique car ils viseront des structures qu’elles ne peuvent modifier.
Auteur : Jean-Marie Manus, Conseiller pour la santé publique, Santé log, mis en ligne le 3 juin 2009
Lire aussi :
ANTIBIOTIQUES : Les Assistantes maternelles sont aussi concernées
ANTIBIOTIQUES AVANT SOINS DENTAIRES : Remis en question ?
Accéder à l’article (en anglais): “Antibiotics Are Not Automatic Anymore”—The French National Campaign To Cut Antibiotic Overuse”: http://www.plosmedicine.org/article/info:doi%2F10.1371%2Fjournal.pmed.1000080
A consulter : www.antibiotiquespasautomatiques.com
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Cette actualité a été publiée le 03/06/2009 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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