AP-HP : APPEL du Professeur Pierre Coriat, Président de la CME
Actualité publiée le 31-03-2010
Restructuration
Suivant les différentes manifestations des personnels médicaux et soignants, liées au plan stratégique de l’AP-HP, suivant la lettre circulaire de Benoît Leclerc, Directeur général de l’AP-HP, le Professeur Pierre Coriat, Président de la CME de l’AP-HP, lance à son tour, un appel.
Santé log publie la version intégrale de l’Appel du Professeur Coriat :
C’est pour l’avenir de l’AP HP que j’ai lancé cet « Appel » que je vous transmets dans sa version intégrale. Pour vous, qui êtes concernés par la qualité de la médecine, par l’importance de la recherche, par la modernisation de notre formidable outil de soins et de solidarité. Pour que nous nous comprenions mieux, nous tous qui exprimons la même volonté de qualité au service des malades.
L’ensemble de la communauté soignante doit s’impliquer dans la modernisation de l’offre de soins que nous impose le progrès médical. Ces restructurations doivent avant tout avoir une pertinence médicale ; elles doivent être mises en œuvre le plus rapidement possible et de façon concertée afin de dégager des marges de manœuvre permettant à l’AP-HP d’investir pour le futur, de créer de nouvelles « richesses humaines » et bien évidemment de ne pas avoir pour objectif de supprimer des emplois.
Professeur Pierre CORIAT
Président de la CME de l’AP HP
« Appel à la communauté hospitalière » pour des restructurations concertées
Il y a urgence à définir pour l’AP-HP un objectif d’offre de soins à cinq ans, qui prenne à la fois en compte les progrès et l’évolution de la médecine, les missions de santé publique régionales ou de recours et qui, surtout, prenne en compte les impératifs de recherche fondamentale et clinique pour que l’AP-HP demeure le plus important CHU d’Europe.
Cette démarche impose des restructurations profondes car la médecine de demain nécessite que les structures évoluent pour atteindre une masse critique efficace en termes d’équipes et de plateaux techniques. Qu’elles s’adaptent surtout aux exigences des malades pour que leurs soins soient réalisables au sein du même établissement ou à l’intérieur de filières plus fluides et visibles. Alors, ces restructurations, appuyées sur la qualité des soins et l’innovation thérapeutique, dégageront des marges de manœuvre en termes d’emplois.
Ces restructurations nécessitent un investissement conséquent. Oui, on doit dépenser de l'argent, investir ! Non pour avoir chacun son pré carré, mais pour constituer des équipes qui travailleront à offrir toujours mieux de connaissances, pour fabriquer des biens de santé nouveaux, avec une logique privilégiant l'innovation et la confrontation scientifique au bénéfice du patient. C’est cela que commande l’éthique.
Oui, il faut dire que certains n'opèrent plus assez, ne consultent plus assez, ne retiennent plus assez de « compagnons » chefs de clinique qui, à regret, s'en vont à 80 % vers le privé. C’est pour l'AP-HP la perte de l'héritage le plus important celui des compétences humaines.
Le projet médical du plan stratégique 2010-2014 qui cristallise aujourd’hui les mécontentements disparates ou opportunistes d’un petit nombre a été le fruit d’une large concertation portée par l’espoir d’un renouveau. Des médecins, nombreux, ont participé à son élaboration. Ces médecins sont, pour la plupart aujourd’hui, au fait des exigences de la médecine moderne et de l’économie de la santé. Il convient de les suivre dans leurs avis collégial. Il serait extrêmement périlleux de revenir en arrière sur l’ensemble du projet. Cela pourrait même conduire à mettre en péril cette Assistance Publique produisant 50% de la recherche médicale en France et qui est presque unique au monde : un catalyseur, une usine à progrès médical associant tous les acteurs du soin dans un même « état d'esprit » d’évolution des métiers, de progrès, médical et scientifique, au service de tous.
Héritière de Saint Vincent de Paul, elle a bien remisé au musée les « tours d’abandon » mais pas la nécessité de se réorganiser périodiquement et à la hauteur des enjeux qui sont si forts en ce début du 21ème siècle.
La couper en morceaux ? Cela reviendrait, inévitablement, à en faire autant de CHU «moyens», produisant des soins «moyens» et une recherche «moyenne», privés de cette dynamique centrale de la recherche clinique avec ses exigences si complexes.
Ne rien faire ? Ce serait autant coupable que suicidaire. Le déficit financier de plus de 300 Millions d’euros, qui se creusera dans les deux ans qui viennent, compromettra toute chance de lui conserver sa place de « premier de la classe ».
Ce n’est pas non plus de réformettes dont nous avons besoin mais d’une véritable remise en marche d’un grand paquebot qui, depuis un temps certain, n’avait pas évolué. On ne peut plus se permettre « une occasion manquée supplémentaire ». Il en va donc de notre légitimité de demander des investissements et de refuser les suppressions d’emplois préalables et technocratiques.
Il est de la responsabilité des médecins et donc de la CME de mettre rapidement en œuvre les transformations qui s’imposent. Depuis la Loi HPST, la CME est l’organe médical qui donne un avis sur l’évolution de l’institution. Ce rôle n’est pas juste important, il est incontournable ! Seule cette représentation démocratique de la conception médicale possède les acquis, donc la légitimité pour assurer la pertinence du projet médical. Elle est le garant de la combinaison harmonieuse des besoins de santé publique, du progrès médical et de l’éthique.
C’est pourquoi « l’action » doit s’élaborer dès maintenant autour de cette CME qui portera le projet médical de l’institution et qui pourra, certes, l’amodier en son sein, si nécessaire, pour aller ensuite trouver les financiers et leur présenter un projet devenu consensuel, «éthiconomique », et porté par l’ensemble de la communauté médicale. L’investissement sera alors placé là où il permet de moderniser l’offre de soins et son efficience. On ne peut le saupoudrer sur 37 hôpitaux.
Il est fondamental que ce soit sur des valeurs d’éthique et de progrès médical qu’on définisse une offre de soins adaptée et que les restructurations soient menées. Elles augmenteront l’offre et la qualité des soins comme l’ont montré les restructurations réalisées cette année, dont le regroupement des centres de transplantation hépatique est un exemple. De plus elles dégageront des marges de manœuvre budgétaires. Les suppressions d’emplois ne peuvent être un objectif en soi de la restructuration.
Il est indispensable de ressouder la communauté hospitalière dans son ensemble autour de ce projet ambitieux – éthique et qualité des soins restant le langage commun de tous ceux qui travaillent à l’hôpital – pour montrer l’exemple à tous les autres centres hospitaliers qui n’ont pas commencé le même mouvement.
C’est à cette remobilisation que je vous engage pour l’amélioration constante de l’offre et de la qualité des soins mais également des conditions de travail de tous dans une unité de la communauté hospitalière retrouvée autour d’un projet médical ambitieux.
Professeur Pierre CORIAT
Président de la CME de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris
Source : Communiqué AP-HP, mise en ligne Maurice Chevrier, Santé log, le 31 mars 2010 (Visuel, vignette Ministère de la Santé- Le Professeur Pierre CORIAT, avec la Ministre de la Santé lors de la remise su rapport sur la création du Conseil national de l’urgence et de la permanence des soins- juin 2008)
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Cette actualité a été publiée le 31/03/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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