ARRETER LE SIDA: Faut-il un test de dépistage pour tous ?
Actualité publiée le 17-12-2008
Dépistage VIH:
Décidément, l’idée du test de dépistage rapide systématique, dit universel, fait son chemin. Une société savante, le Collège américain des médecins internistes (American College of Physicians, ACP) recommande à son tour que les médecins suggèrent à chacun(e) de leurs patient(e)s de pratiquer un de dépistage de l’infection à VIH à partir de l’âge de 13 ans (1). Cette suggestion rejoint, on le sait, la position de l’OMS sur le dépistage universel, suivi immédiatement d’une prescription éventuelle d’antirétroviraux (ARV) pour stopper la chaîne sans fin de transmission du virus.
Pour les internistes américains, comme pour l’OMS, c’est aussi un moyen de dépister celles et ceux qui n’y pensent pas ou qui s’ignorent à risque… pour eux et pour les autres. En effet, le recul dont on dispose dans les connaissances acquises sur la pandémie (découverte du virus en 1983) montre qu’un sujet, homme ou femme, peut être porteur du VIH plusieurs années avant de déclarer une maladie opportuniste et d’être diagnostiqué séropositif pour le virus. Rien qu’aux Etats-Unis, cette situation serait à l’origine d’au moins 20 000 cas annuels nouveaux, selon l’ACP.
Le dépistage, disent de leur côté les infectiologues, est « coût-efficace » mais il ne peut plus concerner que les seuls sujets à risque car on… risque de passer à côté de beaucoup de sujets à…risque méconnu. Pour la petite histoire, c’est ce qui a engagé les autorités de santé il y a 20 ans à proposer le vaccin anti-hépatite B universel, et non plus aux seuls sujets considérés à risque, car la vaccination restreinte ne suffisait pas à interrompre la circulation du virus dans le monde…
On se souvent du « modèle mathématique » développé par des spécialistes du VIH de l’OMS, selon lequel on parviendrait à réduire progressivement de 95 % la prévalence de l’infection à VIH dans le monde avec un dépistage annuel dès l’âge de 15 ans et prescription d’ARV s’il est positif. Car les tests de dépistage rapide aujourd’hui disponibles donnent des résultats fiables en quelques minutes.
Et cela, même sans être immédiatement suivi d’un test plus complexe en laboratoire d’analyses lorsque celui-ci n’est pas non plus immédiatement disponible, par exemple dans les régions éloignées des villes des pays en voie de développement. Car ce qui manque le plus dans ces pays, ce sont les infrastructures externes : médicales, biologiques et distribution de médicaments. Ces derniers sont disponibles aujourd’hui, grâce à l’implication (méconnue) des grands laboratoires pharmaceutiques (prix bas, accord de licences aux génériqueurs). Ainsi, dit l’ACP, on peut disposer d’un traitement ARV pour moins de 100 dollars par an.
Les propositions et projets de dépistage rapide du VIH, qu’ils viennent de France (Com’Test), des Etats-Unis ou de l’OMS, ont en tous cas le mérite de remettre en question la façon dont est réellement conçu le dépistage de l’infection à VIH. Il reste à en définir la méthode optimale, le modèle français (partenariat ANRS/AIDES) étant très pertinent.
« Nous travaillons tous pour un accès universel à la prévention, au traitement et à la prise en charge du VIH : vous ne pourrez y parvenir sans que les gens connaissent leur statut VIH », a dit Kevin De Kock, l’un des auteurs du modèle mathématique de l’OMS.
Auteur : Jean-Marie Manus, Conseiller pour la santé publique, Santé log, mis en ligne le 16 décembre 2008
Source: Annals of Internal Medicine (http://www.annals.org) on line. Screening for HIV in healthcare settings: a guidance statement from American College of Physicians and HIV Medicine Association.
Accéder à l’article, full text (en anglais) http://www.annals.org/cgi/content/full/0000605-200901200-00300v1?maxtoshow=&HITS=10&hits=10&RESULTFORMAT=&fulltext=Screening+for+HIV+in+healthcare+settings%3A+a+guidance+statement+from+American+College+of+Physicians+and+HIV+Medicine+Association.&searchid=1&FIRSTINDEX=0&resourcetype=HWCIT
(1) En 2006, les CDC (Atlanta) ont propose un dépistage universel de 13 à 64 ans, facteurs de risqué ou non, sujets vivant dans une “région” où la prévalence de l’infection à VIH est > 1/1 000 habitants
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Cette actualité a été publiée le 17/12/2008 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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