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document Bayer (1899)
Environ 20 % des patients ayant eu un accident vasculaire cérébral (AVC) ont « une réponse plaquettaire inadéquate » à l’Aspirine (acide acétyl-salicylique : AAS), et les patients traités par AAS qui font une récidive de leur AVC sont plus probablement des non répondeurs à l’AAS que ceux qui ne font pas de récidive.
Voici la conclusion majeure d’une étude présentée par l’équipe du Dr Francis Gengo (Université de Buffalo, Ecole de médecine, New York), publiée dans une récente édition du Journal of Clinical Pharmacology (1).
Cette étude remet en lumière le problème mal connu de résistance à l’AAS, la bonne vieille Aspirine, du laboratoire Bayer (brevet déposé à Berlin en 1899), anti-inflammatoire antirhumatismal, dont l’activité antiplaquettaire n’a été découverte que dans les années 1980 (John Vane, Prix Nobel de médecine).
L’AAS est un des médicaments-clés du traitement de l’AVC ischémique (thrombo-embolique) et de la prévention de sa récidive, de même que pour l’AIT, accident ischémique transitoire, AVC moins grave et résolutif spontanément, mais que l’on doit considérer comme précurseur de l’AVC vrai. L’utilisation de l’AAS à faible dose (du fait qu’on ne recherche que son efficacité antiplaquettaire) a fait l’objet de recommandations internationales.
Les échecs de ce traitement simple et peu coûteux (utilisé également dans les suites d’infarctus du myocarde) n’ont été compris que récemment : il existe chez certains patients une résistance à l’AAS. Ainsi les non répondeurs auraient un risque de récidive d’AVC multiplié par 14 par rapport aux répondeurs !
L’étude du Dr F. Gengo a montré que 20 % des patients n’obtiennent pas une activité antiplaquettaire à faible dose. On peut tenter d’augmenter la posologie (mais il y a risque d’intolérance gastrique) ou alors recourir à d’autres antiplaquettaires tel le clopidogrel (Plavix®). On a découvert également que les patients qui utilisent un AINS (par exemple en automédication à domicile) alors que l’AAS leur a été prescrite ont un risque de non réponse qui disparaît à l’arrêt de l’AINS.
Lors d’une séance thématique de l’Académie nationale de Pharmacie : « Thromboses et anti-thrombotiques, perspectives en 2005 », a été abordée « la résistance aux effets antiagrégants plaquettaires de l’Aspirine », où il a été rappelé que 16 à 40 % des Français qui prennent de l’AAS tous les jours en prévention cardiovasculaire ou cérébrovasculaire sont résistants sans le savoir, avec un risque majeur d’accident thrombotique grave et de complications multiplié par 3. Il faut dépister ces sujets, ont dit les pharmacadémiciens. L’Académie de Pharmacie a émis des recommandations.
o Ayant constaté que l’Aspirine est le médicament antiagrégant plaquettaire le plus fréquemment prescrit pour prévenir au long cours les accidents thrombo-emboliques cardio- ou cérébrovasculaires ; plusieurs publications relatent depuis quelques années qu’en dépit d’un traitement continu à l’Aspirine une proportion non négligeable de malades récidivent et s’exposent ainsi à de graves complications cliniques ; l’étiologie de cette résistance n’est pas encore clairement élucidée ;
o L’Académie nationale de Pharmacie estime nécessaire d’engager rapidement des recherches en vue de permettre le dépistage simple en pratique courante des sujets résistants à l’Aspirine ; estime nécessaire d’entreprendre ou d’intensifier les recherches en vue de déterminer l’étiologie de ces cas de résistance ; souhaite vivement la réalisation d’une analyse épidémiologique de ces cas de résistances à l’Aspirine.
Il y a résistance lorsque l’AAS ne protège pas d’une récidive car elle n ‘exerce pas alors son activité inhibitrice sur une prostaglandine le thromboxane, activateur de l’agrégation plaquettaire, ou temps primaire de la coagulation, suivi de l’adhésion du caillot plaquettaire à l’artère, suivi de la cascade de la coagulation secondaire jusqu’à la formation du thrombus.
Auteur : Jean-Marie Manus, conseiller à l’information santé publique Santé log
Publié le 6 juillet 2008
(1) J Clin Pharmacol 2008 ; 48 :335-343