BIOSURVEILLANCE : Des traces de pesticides dans nos urines !
Actualité publiée le 16-06-2009
Sécurité sanitaire
Des traces de pesticides décelées dans les urines de femmes enceintes, dans certains cas longtemps après leur exposition… C’est la conclusion d’une étude publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) publié par l’Institut national de veille sanitaire, mardi 16 juin. La sensibilité particulière des fœtus aux toxiques fait de l’évaluation de l’exposition des femmes enceintes aux pesticides ou autres substances toxiques, une question majeure de santé publique.
Bien qu’essentiellement agricole, l’usage des pesticides est varié et les sources d’exposition de la population aux pesticides sont multiples. Les niveaux d’imprégnation de la population générale aux pesticides sont méconnus en France et dans la majorité des pays européens. La mesure de l’exposition par des biomarqueurs d’exposition intègre toutes les voies possibles d’exposition. Le terme pesticide est un terme général issu du mot anglais «pest» (ravageur). Il désigne l’ensemble des substances utilisées pour la prévention, le contrôle ou l'élimination d'organismes jugés indésirables, qu'il s'agisse de plantes, d'animaux, de champignons ou de bactéries.
De nombreuses enquêtes font état d’une contamination de nos environnements par des pesticides. L’Institut français de l’environnement (Ifen) a observé en 2006, dans les cours d’eau français, des résidus de pesticides pour 90 % des stations et une qualité moyenne à mauvaise de l’eau pour plus d’un tiers des sites mesurés. Une fraction de la population (1,5 % en Bretagne, 5 % en France) a ainsi été exposée à une eau du robinet ayant fait l’objet d’un dépassement de la limite réglementaire de 0,1μg/l en pesticides. Les eaux de pluie sont localement et ponctuellement fortement contaminées par des pesticides. Des pesticides sont régulièrement détectés dans l’atmosphère ou dans les logements. Enfin, près de la moitié des fruits, légumes et céréales disponibles dans l’Union européenne contient des résidus de pesticides…
La cohorte Pélagie a inclus près de 3 500 femmes enceintes en Bretagne entre 2002 et 2006. La collecte d’échantillons urinaires en début de grossesse et des dosages chimiques de pesticides pour 546 échantillons urinaires ont été réalisés. L’objectif était d’évaluer le niveau et l’étendue de l’imprégnation des femmes enceintes aux pesticides, en particulier aux herbicides de la familles des triazines, interdits d’usage en France depuis fin 2003 mais toujours présents dans l’environnement, et aux insecticides organophosphorés.
Cette étude menée par une équipe de l'Inserm de Rennes a été réalisée à partir d'un échantillon de plus de 500 femmes en début de grossesse observée en Bretagne entre 2002 et 2006. Les résultats indiquent la présence de traces de pesticides dans la majorité des urines des femmes enceintes. Les résidus de pesticides sont généralement multiples et leurs impacts, individuels ou conjoints, sur le fœtus et son développement sont encore incertains... ils seront évalués prochainement dans la cohorte Pélagie.
Les chercheurs se sont particulièrement intéressés aux herbicides de la famille des triazines, herbicides interdits en France depuis fin 2003, et aux insecticides organophosphorés, "potentiellement toxiques pour la reproduction et le neurodéveloppement".
- L’atrazine, de la famille des triazines, a des effets toxiques voire mortels sur l'embryon animal, suite à une exposition prénatale.
- Les insecticides organophosphorés ont des effets neurotoxiques ont été observés pour des niveaux d'exposition modérés, voire faibles.
Des traces d'exposition à l'atrazine et à la simazine sont observées chez une minorité des femmes, mais chez une bonne partie d'entre elles pour certains métabolites appartenants à des insecticides organophosphorés .
Et la consommation de fruits et de légumes ? L’InVS précisait, dans le Programme Nutrition Santé qu’aucune étude épidémiologique n’a montré que la consommation de fruits et de légumes ayant été cultivés avec pesticides puisse avoir un effet délétère. Le bénéfice obtenu serait supérieur au risque encouru en ingérant des pesticides présents sur leur peau. Mais reconnaissait, qu’effectivement, l’exposition à de fortes doses de pesticides a des effets néfastes sur les systèmes endocrines. L’Invs ajoute que « la contamination de notre alimentation par les pesticides est aujourd’hui tout à fait rare, en raison notamment d’une réglementation stricte et de contrôles réguliers et du lavage des produits de la maison… » ?
Source : InVS- BEH du 16 juin : http://www.invs.sante.fr/beh/2009/hs/160609/beh_bs_la.pdf
Mise en ligne : Maurice Chevrier, Santé log, le 16 juin 2009 (Visuel http://www.inpes.sante.fr/CFESBases/catalogue/pdf/1059.pdf )
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Cette actualité a été publiée le 16/06/2009 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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