CANCER de la PROSTATE et pesticides : Quand cultiver des bananes augmente le risque de 80%
Actualité publiée le 21-06-2010
Journal of Clinical Oncology
80% de risque en plus de développer un cancer de la prostate pour les hommes exposés au pesticide agricole contenant du chlordécone. Pourtant ce type de pesticide n’est plus utilisé depuis près de 20 ans mais sa rémanence dans les sols est forte…Ce sont les conclusions de l’étude Karuprostate (Inserm) qui sera publiée dans le Journal of Clinical Oncology, des conclusions qui expliquent aussi la très forte prévalence du cancer de la prostate en Guadeloupe et en Martinique avec plus de 1.000 nouveaux cas enregistrés chaque année.
Utilisé comme pesticide pour la culture des bananes, en Guadeloupe et Martinique, le chlordécone, interdit depuis 1993, a pour caractéristique d’être très rémanent et bioaccumulable. Il reste donc encore présent dans les sols et peut contaminer l’eau ou certaines denrées végétales ou animales. L’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) a donc élaboré des seuils maximaux tolérables de contamination pour les denrées les plus contributrices à l'exposition de l'homme.
Il se trouve que la Guadeloupe et la Martinique présentent “justement” l’un des taux d’incidence de cancer de la prostate le plus élevé au monde et que le cancer de la prostate représente un cancer sur 2 identifié dans ces régions. Un cancer dont l’étiologie reste inconnue avec des facteurs de risque multiples, génétiques, liés aux habitudes alimentaires, aux infections virales et au statut endocrinien.
L’étude Karuprostate (Inserm) a débuté en Guadeloupe en 2004 avec pour objectif d’identifier les facteurs de risques environnementaux et génétiques de survenue du cancer de la prostate et d’évaluer l’impact de l’exposition au chlordécone dans le développement des cancers. L’étude a porté, par questionnaire, examens cliniques et prélèvements sanguins sur 709 cas incidents de cancer de la prostate et des hommes témoins appariés sur l’âge, recrutés par les urologues parmi des résidents de la Guadeloupe .
Conclusion de l’étude, un risque plus élevé de 80% de contracter un cancer de la prostate pour les hommes exposés au pesticide contenant la molécule chlordécone. Les personnes possédant une concentration en chlordécone supérieure à 1 microgramme par litre de sang, par consommation s’aliments contaminés qu’exposition directe ou indirecte à la substance présentent, selon les scientfiques, “un risque élevé”. A fortiori, lorsque le sujet présente une susceptibilité génétique c’est-à-dire des antécédents familiaux de cancer de la prostate ou vient de modifier son mode de vie et ses habitudes alimentaires, un facteur de risque déjà connu mais renforcé pour des personnes qui reviennent au pays et sont exposées au chlordécone.
Les principales denrées vecteurs de chlordécone ont été précisées par l’Afssa, qui travaille sur le sujet depuis 2003 : Il s’agit de la dachine (ou madère), la patate douce, l’igname, la carotte, le chou caraïbe (malanga), les produits de la mer, la banane tinain et fruit, les fruits type corossol et le concombre. Pour les produits commercialisés, l’Afssa assure que les études permettent de confi rmer le respect d’un seuil maximal de contamination à 50 μg/kg qui réduit suffisamment l’exposition au chlordécone pour protéger le consommateur…
Ajoutons qu’en décembre 2007, l’Afssa rapportait également une contamination du lait maternel : Le chlordécone avait alors été mesuré dans une centaine d’échantillons de lait maternel, dans le cadre d’une autre étude de l’INSERM. Les niveaux mesurés (chlordécone détecté dans 40% des échantillons) avaient été analysés par la même méthode que celle de l’OMS, et n’étaient pas, selon le rapport de l’Afssa, « de nature à induire une exposition dépassant la limite tolérable pour le nourrisson ».
Source: Afssa (vignette, visuel), Oservatoire des résidus de pesticides, mise en ligne Alexis Yapnine, Santé log, le 22 juin 2010
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Cette actualité a été publiée le 21/06/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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