CANCER DE LA PROSTATE : Le premier test génétique urinaire
Actualité publiée le 24-10-2008

Dépistage :
Quand les cellules d’un organe commencent à devenir cancéreuses, s’il est possible de les recueillir d’une façon ou d’une autre, on peut disposer d’un moyen de dépistage simple mais précis. En effet, ces cellules sont reléguées du fait du processus classique de desquamation du tissu de l’organe (épithélium). C’est sur ce principe que repose un tout nouveau test de dépistage du cancer de la prostate, qui consiste à recueillir des cellules prostatiques dans les urines, à analyser leur matériel génétique (ARN) en recherchant un gène connu pour être un marqueur biologique du cancer de cet organe.
Un tel test existe, il s’appelle Progensa®PCA3, et il tient compte du fait que l’on peut recueillir des cellules prostatiques dans les urines parce que l’urètre, en provenance de la vessie, traverse la prostate qui joue aussi un rôle dans l’émission et l’éjaculation du sperme. Ce test, qui est fondé sur la découverte il y a dix ans, par des chercheurs néerlandais, de l’existence d’un gène-marqueur de cancer de la prostate : le PCA3 (à l’origine appelé DD3), vient d’être présenté en France par son promoteur, le laboratoire américain GEN-PROBE, spécialisé dans le développement de solutions de diagnostic high-tech.
Ce test urinaire doit simplifier la détection d’un cancer de la prostate. Actuellement, cette détection en médecine courante comporte d’une part un toucher rectal (recherche d’un éventuel grossissement de la prostate), d’autre part, s’il y a suspicion le dosage d’un marqueur biologique dans le sang, le PSA (prostate specific antigen), et selon le résultat, une série de biopsies par voie rectale (plusieurs prélèvements sont généralement nécessaires).
Le test urinaire propose une simplification de la procédure de dépistage, d’une part en recherchant le gène dans l’urine pour quantifier l’ARN selon un score, d’autre part, selon le score retrouvé, pratiquer une biopsie, sachant que l’expérience acquise avec ce test montre que plus le score est élevé par rapport à un score standard, plus on a de probabilité de trouver la trace d’un cancer grâce au test.
Détail important : pour obtenir des cellules en nombre suffisant dans l’échantillon urinaire, il faut auparavant pratiquer un massage de la prostate, ceci se pratique comme le toucher rectal, le médecin utilisant la voie rectale au moyen d’un doigtier, la prostate pouvant être perçue au doigt car elle affleure la paroi du rectum.
Ainsi, estiment les promoteurs du test, est largement simplifiée la procédure de dépistage, puisque d’une part le PSA n’est pas un marqueur absolu de cancer, d’autre part les biopsies répétées peuvent être causes de complications, de douleurs, d’infection. La biopsie unique n’est pas toujours parlante, ce qui oblige à la reprendre pour obtenir un fragment de tissu cancéreux. Avec le test génétique, la réponse en score plus ou moins élevé permet même de dire s’il y a beaucoup de cellules cancéreuses, si le volume de la tumeur est élevé, si le cancer est agressif (évolution rapide, risque élevé de métastase) ou quiescent (bas grade).
Ce test est pour l’instant pratiqué dans 3 laboratoires d’analyses spécialisés en France, il a été évalué dans quelques services d’urologie hospitaliers, et ses promoteurs vont demander sa prise en charge par la Sécurité Sociale, en complément du PSA dans un premier temps. Il est déjà utilisé dans plusieurs pays européens et attend son enregistrement aux Etats-Unis.
Auteur : Louis-Marie Sibuée, biologiste
Mis en ligne le 24 octobre 2008
Accéder au descriptif du test, sur le site de GEN-PROBE (en français !) : http://www.gen-probe.com/pdfs/pi/501377-FR-RevA.pdf |