CANCER DU SEIN : VACCIN préventif et thérapeutique en vue ?
Actualité publiée le 02-09-2010
Nature Medicine
La notion moderne de vaccin thérapeutique est assez particulière. Présentant un modèle animal de cancer mammaire, ciblant la protéine alpha-lactalbumine, une équipe américaine* le rappelle. Si le vaccin prophylactique est le moyen le plus efficace pour prévenir une maladie, les modèles de vaccins anti-cancer ont été développés pour obtenir un effet thérapeutique sur une tumeur installée et évolutive. Il “suffit” d’obtenir une réaction immunitaire contre un constituant de la tumeur, une protéine. Cette protéine, bien que constituant de la tumeur, est une protéine du soi, et l’on risquerait de déclencher une complication auto-immune si l’on utilisait ce vaccin en prévention – en admettant qu’il fonctionne… mais par forcément, comme l’illustre cette étude publiée dans la revue Nature Medicine.
Le vaccin thérapeutique présenterait-t-il ce même risque ? Pour l’éviter, les auteurs ont conçu un vaccin dirigé contre l’alpha-lactalbumine, protéine exprimée dans la glande mammaire uniquement en cas de lactation chez tous les mammifères, mais qui reste présente en grande proportion dans les tumeurs du sein.
Sur le modèle animal, des souris femelles transgéniques exprimant le cancer mammaire humain et des souris sur lesquelles des tumeurs ont été transplantées, les auteurs ont enregistré une réaction immunitaire contre l’alpha-lactalbumine permettant de freiner la croissance des deux types de tumeurs. Le recours à ce vaccin thérapeutique n’a déclenché aucune réaction inflammatoire d’origine auto-immune dans le tissu mammaire, les souris n’étant pas en période de lactation.
La vaccination contre l’alpha-lactalbumine pourrait constituer une protection contre l’émergence d’un cancer du sein chez la femme ayant dépassé la période des maternités et se situant en pré-ménopause, c'est-à-dire, expliquent les auteurs, qu’alors l’apparition d’une lactation est peut probable mais que le risque de cancer du sein est élevé.
Bien entendu, le vaccin pourra être utilisé dans un but thérapeutique contre une tumeur, en association avec les traitements classiques, puisque l’alpha-lactalbumine est un antigène du Soi présent dans la majorité des cancers mammaires humains. Le vaccin a également été testé sur des femelles allaitantes – exprimant l’alpha-lactalbumine en grandes quantités: la réaction auto-immune s’est traduite par un arrêt de la lactation, rendant ces femelles incapables de nourrir leurs petits.
Sur un autre modèle animal, la souris développant spontanément une tumeur (mouse mammary tumour virus (MMTV)-neu), une vaccination préventive a été effectuée à 8 semaines. A 10 semaines comme attendu, les souris ayant reçu un placebo ont développé une tumeur, dont aucune n’a été détectée sur les animaux vaccinés. En prophylaxie, le vaccin s’est montré efficace contre des tumeurs transplantées 13 jours avant la vaccination, constat : un retard de croissance tumorale significatif.
Dans tous les cas de figure envisagés, c’est une taille tumorale plus petite ou un retard ou une inhibition de croissance tumorale retardée qui apparaît. Le mécanisme immunitaire anti-tumoral a été recherché: on constate dans les tissus de biopsies des infiltrations de lymphocytes CD4 T produisant de l’interféron gamma et de lymphocytes cytotoxiques CD8 T, absents dans les groupes placebo.
Conclusion des auteurs: ces résultats montrent que la vaccination par alpha-lactalbumine peut procurer une protection effective sur des modèles animaux de cancer mammaire, sans complication auto-immune détectable in situ. Il reste naturellement à évaluer cette approche chez la femme, notamment en ce qui concerne la pertinence de prendre pour cible chez elle l’alpha-lactalbumine. Celle-ci reste néanmoins un antigène tissulaire intéressant dans l’optique d’une vaccination ciblée chez des femmes entrant dans une période à haut risque de cancer du sein.
Source : Nature Medicine. R. Jaini et coll. An autoimmune-mediated strategy for prophylactic breast cancer vaccination. 16, 799–803 (2010). *Département d’immunologie, Lerner Research Institute, Cleveland, mise en ligne Jean-Marie Manus, Santé log, le 2 septembre 2010 (Mortalité liée au cancer du sein en Europe- BMJ)
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Cette actualité a été publiée le 02/09/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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