CANCER GASTRIQUE : PREVENIR LES RECIDIVES PAR TRAITEMENT D’ERADICATION
Actualité publiée le 10-08-2008

Effect of eradication of Helicobacter pylori on incidence of metachronous gastric carcinoma after endoscopic resection of early gastric cancer:
http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140673608611599/abstract
Presque tous les cancers de l’estomac se développent sur une muqueuse gastrique où se sont implantées des colonies de bactéries Helicobacter pylori. On avait déjà largement montré que la prévention des récidives d’ulcère gastroduodénal (UGD) est réalisable en prescrivant un traitement d’éradication (élimination totale) de la bactérie associant un anti-ulcéreux (inhibiteur de la pompe à protons) et deux antibiotiques.
Une étude japonaise indique aussi la possibilité de prévenir largement la récidive d’un cancer de l’estomac en prescrivant le même traitement d’éradication à des patients traités pour un premier cancer. Rappelons que le Japon compte l’une des prévalences les plus élevées au monde de cancer gastrique, même si d’énormes progrès de prévention et de dépistage ont largement réduit ces dernières décennies ce problème aigu de santé publique.
Le rapport entre infection chronique à H. pylori et cancer gastrique a été largement démontré – comme l’a été, après des années de refus du monde médical le rapport entre H. pylori et UGD. L’étude japonaise (Japan Gast Study Group, Dr Masahiro Asaka et coll., Ecole de médecine de l’Université d’Hokkaïdo, Sapporo) publiée dans le Lancet (1) ambitionnait d’étudier l’effet préventif de la récidive du traitement d’éradication, aujourd’hui bien codifié dans le monde entier.
Les 554 patients de l’étude ont été répartis en deux groupes de 272 sujets, le premier recevant le traitement d’éradication, soit un anti-ulcéreux, le lansoprazole, et deux antibiotiques : amoxicilline et clarithromycine deux fois par jour pendant une semaine, le second groupe étant traité de façon conventionnelle sans ce traitement pharmacologique. Ces patients venaient d’être diagnostiqués d’un cancer gastrique et allaient être traités ou avaient déjà été traités pour un cancer gastrique. Ils ont tous été suivis après la fin du traitement par endoscopie périodiques pendant 3 ans.
A 3 ans, 9 cancers s’étaient développés dans le premier groupe contre 24 dans le second groupe. La conclusion est que le traitement d’éradication préventif d’H. pylori après résection d’un cancer gastrique devrait être systématiquement prescrite pour prévenir les récidives cancéreuses.
On notera que le traitement d’éradication n’est efficace que si son observance est étroite. Il est possible aujourd’hui de dépister la présence d’H. pylori avec un test de détection des anticorps antibactériens spécifiques, un autre test biologique non invasif (test respiratoire à l’urée marquée), permettant de confirmer ou d’infirmer l’éradication.
Le résultat de l’étude japonaise est logique, puisqu’on sait que la présence de la bactérie dans le milieu gastrique est impliquée dans l’UGD, dont les récidives entraînent une modification de la muqueuse jusqu’à sa cancérisation. La responsabilité d’H. pylori a été démontrée par les travaux de J. Robin Warren (né en 1937) et de Barry J. Marshall (né en 1951), deux chercheurs australiens auxquels ces travaux ont valu le Prix Nobel de médecine en 2005.
Auteur : Louis-Marie Sibuée, biologiste, Santé log
Publié le 11 août 2008
(1) Effect of eradication of Helicobacter pylori on incidence of metachronous gastric carcinoma after endoscopic resection of early gastric cancer: an open-label, randomised controlled trial, Lancet 2008; 372:392-397.
|