CHIK’ et DENGUE : La métropole n’est pas à l’abri
Actualité publiée le 27-07-2010
BEH
Dengue et chikungunya sont des arboviroses (transportées par voie aérienne), dont le vecteur est le moustique Aedes, tels A. aegypti et A. Albopictus. La métropole n’est pas à l’abri, comme l’indique l’étude parue le 25 juillet au Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire (InVS). L’entrée du virus en métropole est favorisée par le séjour exotique de sujets infectés sur place et l’existence « d’une population suffisamment dense de moustiques compétents ». A. Albopictus est repéré dans le sud de la France, d’où dissémination en théorie possible.
Avant le Chik’ à La Réunion, on surveillait A. albopictus en métropole depuis 1998, vigilance épidémiologique/entomologique intensifiée en 2006 par le Plan national anti-dissémination des arboviroses. L’Entente interdépartementale pour la démoustication du littoral méditerranéen* recueille les données entomologiques.
Dans les Alpes-Maritimes, le moustique, détecté dès 2004, colonise une vingtaine de communes du littoral. Il est implanté en Haute-Corse (côte est) depuis 2006, en Corse du Sud depuis 2007. Dans le Var, il fut repéré pour la première fois en 2007 à Sainte-Maxime. Les Bouches-du-Rhône sont au niveau 1 du Plan anti-dissémination après repérage en 2009 du moustique dans 2 quartiers distincts de Marseille.
On se rappelle de l’épidémie autochtone de chikungunya de 2007 en Italie à partir d’un seul cas importé, un voyageur venant de l’Inde. Il suffit de peu pour qu’émerge un Chik’ européen, surtout… du sud, en raison des conditions climatiques favorables à la survie et à l’expansion de la population des vecteurs.
Concernant la dengue, même si le risque de transmission de son virus est probablement moins important que pour le virus du Chik’ en raison d’une compétence vectorielle moindre, nombre de spécialistes jugent ce risque non négligeable. A. albopictus est là encore impliqué dans des épidémies de dengue, notamment au Japon pendant la Seconde guerre mondiale, à Hawaï en 2001-2002 et déjà à La Réunion en 2004.
Les cas importés de chikungunya et de dengue sont surveillés depuis le 1er janvier 2006 par des examens de biologie médicale, les diagnostics positifs font l’objet depuis juillet 2006 de déclaration obligatoire (DO). La surveillance permet d’estimer le nombre de cas chez les voyageurs et à d’évaluer le risque potentiel de dissémination en métropole, surtout dans les départements plus accueillants. Majoritairement, le diagnostic repose sur les IgM (anticorps). Les cas sont dits importés, même sans preuve de séjour en zone d’endémie.
En 2008-2009, 5 laboratoires participent à la surveillance biologique de la dengue et du Chik’ en métropole : Centre national de référence (CNR) des arbovirus, Institut Pasteur, Paris ; Institut de recherche biomédicale des Armées Marseille (CNR associé des arbovirus) ; Laboratoire Cerba, Cergy Pontoise ; Laboratoire Biomnis, Lyon ; Laboratoire de bactériologie/virologie/hygiène, CHU Avicenne, Bobigny. Chaque laboratoire transmet périodiquement ses données à l’Institut de veille sanitaire (InVS).
Les cas de dengue étaient 312 en 2008 et 381 en 2009 ; ceux de de chikungunya 40 en 2008 et 46 en 2009. Pour les 2 années, 54% (377/693) des cas de dengue et 64% (55/86) de chikungunya sont survenus de mai à novembre. L’âge médian était 40 ans pour la dengue (4-82 ans), 43 ans pour le chikungunya (15-73 ans).
Concernant la dengue toujours, 43 cas sont survenus en 2008-2009 dans les départements où A. albopictus est implanté, dont 22 cas entre mai et novembre, période est d’activité du vecteur ! Aucun cas n’a été rapporté par les laboratoires pour la Haute-Corse. En octobre 2009, peu avant la fin de la période d’activité du moustique, le constat de l’implantation d’Ae. albopictus a été fait dans les Bouches-du-Rhône : il y a eu 4 cas positifs de dengue en octobre-novembre 2009 dans ce département. Finalement, 15 cas de dengue sont survenus dans les départements d’implantation du moustique pendant sa période d’activité en 2009.
Enfin, 4 cas supplémentaires de dengue (non comptabilisés ici), dont 3 entre mai et novembre, ont été prélevés en 2009 dans un laboratoire de Monaco, territoire jouxtant les Alpes Maritimes et où le vecteur est implanté.
Conclusion, la surveillance biologique confirme le risque d’introduction des virus de la dengue et du chikungunya par des voyageurs de retour de zone d’endémie et le caractère pertinent de ce dispositif à l’appui Plan national anti-dissémination.
Sources : BEH (InVS) n° 31-32 (27/7/2010) : Guy La Ruche et coll. : Surveillance par les laboratoires des cas de dengue et de chikungunya importés en France métropolitaine 2008-2009, *EID, mise en ligne Claire Tancrède, Santé log, le 27 juillet 2010
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Cette actualité a été publiée le 27/07/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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