Congrès de la Société européenne de CARDIOLOGIE : Les grandes pistes thérapeutiques
Actualité publiée le 01-09-2009
Etudes
L’ouverture du Congrès de la Société européenne de cardiologie, qui se déroule à Barcelone, du 29 août au 2 septembre, a suscité la publication ou la présentation de données cliniques et pharmacologiques nouvelles. La recherche en hémostase/coagulation est intense dans l’industrie pharmaceutique. Zoom sur les nouvelles pistes thérapeutiques issues du plus grand regroupement de la médecine cardiovasculaire, qui allie les sciences à la pratique clinique.
Réduire le risque d’AVC : Dans l’étude RE-LY, le dabigatran (Boehringer Ingelheim) réduit le risque d’AVC, par rapport à la warfarine (antivitamine K), chez les patients en fibrillation auriculaire, ou AF, après comparaison des 2 traitements chez 18 113 patients d’âge moyen de 71 ans, l’AF étant fréquente après 65 ans. Complication majeure, l’embolie cérébrale, les thrombus flottants formés dans l’oreillette passant du ventricule au cerveau. Cet inhibiteur direct de la thrombine semble supérieur à la warfarine, sans baisser le risque d’hémorragie cérébrale de la warfarine. A 150 mg, le dabigatran protège mieux le cerveau, à 110 mg il fait moins saigner que la warfarine mais protège moins le cerveau. Autre risque des anticoagulants : l’hémorragie digestive.
Stuart Connolly et coll., McMaster University, Hamilton, Ontario, Canada: http://content.nejm.org/cgi/content/full/NEJMoa0905561
Réduire l’incidence des événements cardiovasculaires : Le ticagrelor (AstraZénéca) est un nouvel antiplaquettaire étudié par PLATO (A Study of Platelet Inhibition and Patient Outcomes). Constat : il réduit l’incidence des événements cardiovasculaires (infarctus, AVC) et des décès, comparativement au clopidogrel, la référence mondiale de l’antiplaquettothérapie, chez les patients diagnostiqués d’un syndrome coronarien aigu (SCA). Sans augmenter le risque de saignement, alors que l’agrégation plaquettaire est le temps primaire de formation du thrombus, notamment intra-coronaire. Pour Lars Wallentin et coll. (Uppsala University, Suède), ce serait le premier antiplaquettaire à parvenir à « une réduction significative de la mortalité comparé au clopidogrel » - sachant néanmoins que l’hospitalisation en urgence joue un rôle. L’étude a réuni 18 624 patients à risque modéré à élevé de SCA, les uns recevant du ticagrelor, les autres du clopidogrel pendant 6 à 12 mois. La différence s’observait encore à 1 an de suivi.
Study of Platelet Inhibition and Patient Outcomes : http://content.nejm.org/cgi/content/full/NEJMoa0904327
Prévenir la formation de thrombus : L’étude AAA (Aspirin for Asymptomatic Atherosclerosis) visait à vérifier l’effet d’un traitement actif sur les plaquettes par acide acétyl-salicylique (AAS, Aspirine) chez des 3.350 sujets ayant de l’athérosclérose mais sans symptômes, suivis d’avril 1998 à décembre 2001, sachant qu’on subodore l’athérosclérose en mesurant l’index (différence) de pression systolique entre cheville et bras (ABI). Un chiffre bas prédit le risque d’événements cardiovasculaires. Le suivi moyen (8,2 ans) n’a pas montré de différence dans la survenue d’événements entre groupe Aspirine (10,8 %) et groupe placebo (10,5 %). Selon Gerry Fowkes et coll. (University d’Edimbourg, Ecosse), ces résultats ne soutiennent pas l’usage en routine (100 mg/j gastroprotégés) de l’AAS en prévention d’événements, même après dépistage de l’ABI en population générale. L’idée était de prévenir la formation de thrombus au contact de la plaque d’athérome.
AAA (Aspirin for Asymptomatic Atherosclerosis - Gerry Fowkes et coll. (University d’Edimbourg, Ecosse)
Réduire le risque de thrombose du stent et d’infarctus en cas d’angioplastie : Le clopidogrel (Plavix®, Sanofi-Aventis), attaqué sur son terrain, a pour lui son recul et l’attribution d’indications successives obtenues sur les données de nombre d’études cliniques. L’étude CURRENT-OASIS 7 vient de montrer chez 25 087 patients présentant un SCA (angor instable/infarctus du myocarde avec ou sans sus-décalage de ST) l’efficacité de doses plus fortes : dose de charge de 600 mg à J1, 150mg les jours 2 à 7 puis 75 mg les jours 8 à 30, par rapport à la dose standard recommandée (dose de charge 300 mg à J1, 75 mg les jours 2 à 30) chez les patients nécessitant une angioplastie coronaire. L’analyse a montré un meilleur pronostic des patients avec la dose de charge plus élevée. Explication : l’angioplastie coronaire puis pose de stent expose les patients au risque de thrombose du stent et d’infarctus, d’où intérêt d’une forte dose de Plavix chez les patients traités (préventivement) par angioplastie pour un SCA. CQFD.
Etude CURRENT-OASIS 7
Effets thérapeutiques de l’otamixaban sur le risque de survenue d’ infarctus du myocarde : Enfin, SEPIA-ACS est une étude qui révèle les effets thérapeutiques d’un produit original (il en existe encore peu) : l’otamixaban, inhibiteur injectable sélectif du facteur de coagulation X activé (Xa), réduit de 27 % à 42 % le risque de survenue du critère primaire combiné de décès, infarctus du myocarde, revascularisation ou recours à un anti-GpIIb/IIIa, avec 4 des 5 doses testées par rapport à l’association standard héparine non-fractionnée/eptifibatide (1), chez des patients avec SCA. L’otamixaban, actuellement en développement clinique de phase 2b, est issu de la recherche Sanofi-Aventis en thrombose. On peut dire d’un anti-Xa qu’il est plus anti-thrombotique qu’anticoagulant, ce qui limite le risque hémorragique. Le SCA est un besoin médical important : malgré les antithrombotiques, encore 5 % à 8 % des patients décèdent ou font un infarctus du myocarde dans la semaine qui suit l’événement cardiovasculaire.
Etude SEPIA-ACS
Auteur : Alexis Yapnine, Santé log, mise en ligne le 1er septembre 2009
Lire aussi : PLAVIX® et ANGIOPLASTIE : Une dose de charge plus élevée diminue de 15% le risque de mortalité -
Sources : HeartWire, Sanofi-Aventis Communication
(1) Héparine non fractionnée : par comparaison à l’héparine de bas poids moléculaire (HBPM). Eptifibatide : inhibiteur du récepteur plaquettaire IIb/IIIa
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Cette actualité a été publiée le 01/09/2009 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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