Dépistage du CANCER du SEIN avant 50 ans : Bénéfice non démontré
Actualité publiée le 07-09-2010
Questions écrites aux Ministres
En France, la question reste régulièrement formulée par des parlementaires – et ici récemment par le député Jean-Paul Dupré- à l’adresse du Ministère de la Santé. Bénéfice non démontré, c’est la réponse que la Haute Autorité de Santé (HAS) a donné au Ministère de la Santé, ayant été chargée par la Direction générale de la Santé d’examiner et d’analyser les données médicales et épidémiologiques disponibles, qui pourraient éventuellement justifier d’avancer le début des campagnes de dépistage à 40 ans, au lieu de 50 ans (et jusqu’à 74 ans).
Si les parlementaires admettent que la tranche d’âge retenue pour le dépistage systématique (ou plutôt : systématiquement proposé, car toutes n’y répondent pas ou n’y reviennent pas) cible 40 % des Françaises dans la tranche d’âge la plus à risque, certains font à nouveau remarquer que des études semblent montrer que 30 % des cancers du sein émergent avant 50 ans.
Avancer le dépistage à 40 ans permettrait de sauver 3.500 vies, ultime argument du parlementaire. On notera que le même dilemme s’est posé aux Etats-Unis, sans que la politique de dépistage soit modifiée…
Le programme français de dépistage généralisé du cancer du sein, inauguré en 2004, est conforme aux bonnes pratiques nationales (HAS) et européennes : il y a comme on dit aujourd’hui, consensus sur ce point. En dehors des convocations adressées par l’Assurance Maladie, un certain nombre de femmes se soumettent à un dépistage individuel quels que soient leur âge ou la fréquence des examens.
Quel bénéfice attendre d’un dépistage chez les femmes de 40 à 49 ans sans antécédent de cancer du sein ? Bien que le rapport de la HAS sur l’opportunité d’avancer l‘âge du premier dépistage systématique à 40 ans ait été publié la même année avec la conclusion que l’on sait, régulièrement des parlementaires reviennent à la charge. Les arguments du ministère de la Santé sont les suivants :
D’une part, les femmes de moins de 50 ans représentent moins de 20 % des femmes atteintes. D’autre part, le risque de faux négatif - l’examen ne dépiste pas le cancer – ou da faux positif (ce n’est pas un cancer) entraînant des examens complémentaires inutiles (rapport coût/utilité négatif pour la Sécu) est plus élevé chez les femmes jeunes du fait de la densité du sein. En outre, autant éviter à cette tranche d’âge une exposition précoce aux rayonnements ionisants (mammographie), considérés comme un facteur de risque de cancer – d’où rappel périodique du bon usage des examens radiologiques en général. Enfin, les études épidémiologiques destinées à montrer un avantage du dépistage dès 40 ans ne sont pas concordantes quant à son bénéfice.
Si la HAS ne recommande pas le dépistage systématique du cancer du sein à partir de 40 ans, il n’est pas question de ne rien faite pour les femmes de a tranche d’âge 40-49 ans. Il convient de rappeler souvent l’existence de facteurs de risque qui incitent au dépistage individuel (consultation de gynécologie ou de sénologie).
Le rôle clé du gynécologue : La réponse du ministère de la Santé se termine sur une note optimiste : en France le suivi gynécologique des femmes, qu’elles soient à risque de cancer du sein ou pas, est assuré au début de l’activité sexuelle par le gynécologue ou le médecin traitant qui, après analyse des antécédents personnels et familiaux, et le résultat des examens cliniques, prescrivent, en tant que de besoin, une mammographie individuelle prise en charge par l’Assurance Maladie.
N’est-il pas paradoxal pour des parlementaires de réclamer l’incorporation des femmes de 40 à 49 ans dans un programme de dépistage proposé par l’Assurance Maladie… laquelle prend en charge ce dépistage quand il est pratiqué à titre individuel ?
Source : Journal Officiel, questions écrites aux ministres, HAS "Opportunité d'étendre le dépistage du cancer du sein" (2004), mise en ligne Claire Tancrède, Santé log, mise en ligne le 6 septembre 2010 (Visuel Adams-NIH, vignette InCa)
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Cette actualité a été publiée le 07/09/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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