Les patients hospitalisés pour infarctus du myocarde et montrant des signes cliniques de dépression – situation fréquente dans le contexte anxiogène de la crise cardiaque – ont un risque plus élevé (que les optimistes ?) de complications de leur état, indique une étude présentée par le Dr Jeff Huffman et son équipe ( Harvard Medical School, Boston, Massachusetts ) et ceci des mois et même des années après l'infarctus...
Ce n’est certes pas une nouveauté, cette constatation a déjà été effectuée en France, et cela nous rappelle que certains services de cardiologie ont de ce fait créé (quand ils en avaient le budget) des postes de psychologues hospitaliers pour prendre soin de ces patients. L’étude de Boston confirme donc l’observation d’études antérieures d’un plus grand risque de dépression, un risque qui commence à l’hôpital où se réveillent ces patients frappés au cœur.
De ce fait, estiment les auteurs, les professionnels de santé devraient se préoccuper particulièrement du traitement des patients dépressifs et porteurs de facteurs de risque cardiovasculaire. De même à l’hôpital, une surveillance rapprochée des patients cardiaques dépressifs (et pas seulement… déprimés), compte tenu de leur risque élevé de complication après admission.
Ces propositions se basent sur l’étude qui a recueilli les entretiens de psychiatrie avec 129 patients dans les trois jours de l’admission à l’hôpital pour infarctus du myocarde. L’état psychologique d’un patient hospitalisé, quel que soit son problème de santé, peut être aujourd’hui évalué avec suffisamment de précision en recourant à des outils spécifiques : échelles, grilles, questionnaires, dont quatre ont été ici utilisés.
C’est ainsi que dans cette étude, les entretiens ont révélé que 13 % des patients réunissaient les critères d’épisodes de dépression majeure, avec le risque de diverses complications, notamment troubles du rythme et risque de récidive d’infarctus.
La conclusion est simple, tous les cardiologues du monde le savent : le traitement de la dépression en période post-infarctus immédiate n’aura pas forcément d’effet pendant l’hospitalisation, mais le diagnostic précoce et le traitement de la dépression chez les patients porteurs de facteurs de risque cardiovasculaire (traitement pré-infarctus) « peut assurer un bénéfice substantiel », dit Jeff Huffman, autant aux (futurs) cardiaques qu’à ceux que l’on vient d’admettre en Unité de soins intensifs cardiologiques.
On le dit depuis si longtemps… Ce nouveau message sera-t-il entendu ?
Auteur : Jean-Marie Manus, conseiller en santé publique Santé log
Source : Psychosomatics, 49(2008)309-316
Mis en ligne le 20/7/2008