DENGUE aux Antilles : C’était pourtant prévisible !
Actualité publiée le 30-08-2010
J.O., questions écrites aux ministres
Tout au début de cette année, la députée Jeanny Marc alertait la ministre de la Santé sur «l’inquiétante prolifération des moustiques vecteurs de la dengue en Guadeloupe », et citait les chiffres rapportés par la Cellule interrégionale d’épidémiologie, la CIRE Guadeloupe-Guyane : depuis mai 2009, 1.856 personnes étaient contaminées par le virus de la dengue, lequel circulait à une telle intensité que l’on pouvait évoquer l’émergence d’une trentaine de cas par jour. Situation d’autant plus préoccupante, soulignait la parlementaire, qu’il n’existe ni traitement spécifique, ni vaccin.
On sait qu’un futur vaccin développé par Sanofi Pasteur est en cours d’expérimentation. Mais en l’absence d’une prophylaxie et d’une thérapeutique « seules des actions de prévention ou de surveillance de l’épidémie peuvent permettre de suivre l’évolution entomologique du phénomène, ajoute Madame Marc, soulignant notamment que des actions sur le terrain sont propres à maîtriser l’expansion de la population des moustiques femelles vecteurs du virus…
A condition que la population accepte les quelques contraintes qu’imposent ces actions : éviter toutes les eaux stagnantes propices à l’éclosion des larves de moustiques, ne pas céder à la tentation des décharges sauvages favorisant la prolifération des insectes. Au plus fort de l’épidémie de chikungunya à La Réunion, une association locale de défense de l’environnement avait diffusé aux médias des photos de l’un des plus beaux sites de l’île, le cirque de Mafate, montrant des décharges sauvages dans le creux des vallons !
La dengue, en Outre-mer, une véritable urgence : En outre, pour Jeanny Marc, la délégation des pouvoirs sanitaires à la région n’aurait pas permis d’obtenir les résultats attendus en matière de lutte anti-vectorielle, la députée citant même une note officielle du ministère de la santé (janvier 2009 !) qui « reconnaissait formellement que la refonte générale des politiques anti-vectorielles en outre-mer constituait une véritable urgence en matière de santé publique ».
Alors, où en est-on ? La réponse du ministère recadre le problème dans le paysage mondial de la dengue, maladie en progression planétaire menaçant quelque 2,5 milliards de personnes, avec l’éclosion annuelle de 50 millions de cas. Le développement actuel du vaccin français pourrait se concrétiser par son arrivée sur le marché en 2013. Par ailleurs, une concertation interministérielle et avec l’Institut de recherche pour le développement (IRD) devrait aboutir, au plus tard en 2012, à la mise en place d’une gouvernance de la lutte anti-vectorielle opérationnelle coordonnée et impliquant l’ensemble des acteurs concernés ».
Car si la prévention des maladies vectorielles [transmises par un vecteur] est une question de santé publique, donc du ressort de l’Etat, celui-ci ne peut assume seul la lutte contre les vecteurs : les collectivités territoriales notamment doivent aussi mobiliser leurs agents et la population aussi.
Un autre problème reste en suspens : l’information des Français sur les risques de la dengue. Un sondage d’opinion Ipsos Santé pour Sanofi Pasteur en mars 2009 (1 000 personnes de 16 à 64 ans) montre que le « niveau de notoriété » (sic) de la dengue est faible : 39 % des interrogés en ont « entendu parler ». Cela ne veut pas dire qu’ils sont informés : 11 % le pensent (2 % très bien, 9 % assez bien). En comparaison, 62 % des interrogés sont très bien informés sur le VIH/sida et 32 % assez bien !
Parmi les idées fausses, c’est une maladie qui ne touche que les populations locales ; il suffit de se faire vacciner ; il ne faut boire que de l’eau minérale ; il faut porter un préservatif lors de relations sexuelles, se laver les mains, etc.
Sources : Journal Officiel, questions écrites aux ministres, 06/2010 ; Sanofi Pasteur, mise en ligne Claire Tancrède, Santé log, le 31 août 2010 (Visuel Ministère de la Santé)
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Cette actualité a été publiée le 30/08/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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