DEPISTAGE DU CANCER DE LA PROSTATE : Pourquoi une controverse ?
Actualité publiée le 24-06-2010
Eurocancer 2010, Journée de l'Institut national du cancer
C’est mot pour mot le titre de la communication du Pr Guy Launoy (CHU de Caen) lors de la session sur le cancer de la prostate à Eurocancer, pratiquement au moment où la HAS prenait position contre le dépistage systématique… Si pour certains, le mot dépistage a quelque chose de magique (détecter la maladie cachée) il convient en fait de remettre ce mot et ce qu’il recouvre… à sa vrai place. Qu’est-ce que le dépistage ?
C’est « identifier un processus pathologique avant qu’il ne devienne symptomatique, afin de faire bénéficier les individus porteurs de cette maladie d’une thérapeutique plus efficace que si la maladie avait été découverte au stade symptomatique », résume G. Launoy. Evidemment, plus un cancer (voire un pré-cancer) est détecté précocement, plus grandes sont les chances de survie et de guérison, les différents stades symptomatiques témoignant de l’invasion tumorale progressive.
Donc dépister, c’est éviter « un cancer synonyme de souffrance et de mort ». A priori, le dépistage est une démarche médicale individuelle chez des sujets asymptomatiques, mais son intérêt doit être jugé au niveau de la collectivité : cela suppose une démarche de santé publique. Et dans cette optique, l’épidémiologie de tel cancer doit être prise en compte, en permettant d’être encore plus efficace : « elle nécessite de s’adresser à l’ensemble d’une population-cible » (sujets à risque caractérisé) et par ailleurs « intégrer les conséquences du dépistage chez les personnes chez qui le dépistage n’apporte aucun bénéfice ».
G. Launoy en conclut qu’aucun acte de dépistage ne peut être réalisé sans la démonstration de son opportunité basée sur des études méthodologiques : « Manifestement, les pratiques actuelles du dépistage du cancer de la prostate en France ne répondent pas à cette règle ».
Sa critique porte notamment sur l’utilisation exponentielle du dosage du PSA (antigène spécifique de la prostate), ce dosage, associé ou non au toucher rectal, n’ayant pas fait apparaître une baisse de la mortalité depuis sa mise à disposition. Aucune autorité sanitaire dans le monde à ce jour ne recommande le dépistage (« hormis au Tyrol ») : ici sont citées de nouveau pour mémoire les deux études (américaine et européenne) parues l’an dernier dans le New England Journal of Medicine.
Cependant le Pr Launoy reste réservée sur la significativité de l’étude européenne (notamment pour des raisons méthodologiques), rejoignant en cela la position de l’Association française d’urologie (AFU), qui estime qu’on ne peut plus se référer à une telle étude…
« Au total, aucune institution sanitaire ni société savante n’a modifié sa position après la publication de ces deux essais, en insistant au contraire sur l’importance des effets délétères du dépistage appréciés au travers de ces deux essais ».
Ces effets délétères, évoqués d’ailleurs pour d’autres dépistages (cancers ou autres) sont notamment l’anxiété du patient en attente du verdict et la pratique habituelle, en cas de PSA élevé et de toucher rectal positif, d’une biopsie de la prostate… Justement, pour le Pr Launoy, le dosage du PSA, marqueur biologique qu’il juge relativement peu performant, « génère donc beaucoup de biopsies inutiles ». On sait que la « révélation » d’un cancer asymptomatique peut concerner des patients qui n’en auraient peut-être jamais souffert » (cancer d’évolution lente), et « vont être exposés aux complications du traitement »… notamment incontinence urinaire, troubles érectiles…
Donc le rapport bénéfice/risque n’est pas en faveur du dépistage du cancer de la prostate. Le dépistage en médecine générale – plus de 80 % des médecins traitants le proposent aux patients de 50 à 75 ans (enquête Auvergne 2006) – est devenu systématique « en partie, dit G. Launoy, à cause des prises de position de l’Association françaises des urologues » - comme le rappelle le communiqué publié par l’AFU mercredi après la publication des conclusions de la HAS.
Comme nombre de médecins, un peu perdus dans cette polémique, le Pr Launoy souhaite une prise de position responsable des institutions sanitaires et des sociétés savantes pour une… abstention de dépistage. Ce n’est pas la première fois que cancérologues et urologues s’accrochent sur ce sujet…
Source : Eurocancer 2010, Journée de l'Institut national du cancer, mise en ligne Yann-Mikael Dadot, Santé log, le 24 juin 2010 (Visuel pca3)
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Cette actualité a été publiée le 24/06/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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