DEPRESSION ET CARDIOPATHIE : LE MEDICAMENT ne suffit pas
Actualité publiée le 15-04-2009
Etude
Un patient devant subir une intervention de pontage aortocoronarien se trouve souvent dans un état dépressif majeur ou mineur, car l’intervention est indiquée pour un état cardiaque qui peut engager le pronostic vital : un ou plusieurs segments coronaires obstrués, un myocarde exposé à l’ischémie, avec un retentissement possible sur la conduction cardiaque. Le cœur est investi d’une telle image de forme physique mentale et d’intégrité corporelle que la maladie coronarienne est une cause majeure de dépression.
Envisager la prise en charge spécifique de cette dépression, parallèlement à l’état cardiovasculaire, fait de plus en plus consensus. Prise en charge n’est pas seulement médicament antidépresseur… à condition qu’on ait prévu suffisamment de postes de psychologues médicaux dans les services de cardiologie (la question s’est posée chez nous) ! L’alternative au médicament est alors la TCC, la thérapie cognitive comportementale (cognitive behavior therapy), comme le montre l'étude d’une équipe américaine (Kenneth Freedland et coll., Washington University, St-Louis, Missouri) dans Archives of General Psychiatry (1).
Cette technique est efficace pour traiter la dépression de patients opérés d’un pontage, sachant que la dépression est une manifestation courante dans ses suites. La forme majeure toucherait environ 20 % des patients, en se fondant sur les symptômes décrits dans le manuel DSM-IV (2), la forme mineure presque autant de patients. Or les dépressifs ont plus de risque de complications post-opératoires, de récupération plus longue, de mauvaise qualité de vie, de récidive et de décès que les non dépressifs.
Ici encore, cette équipe souligne le peu de données disponibles sur la prévalence des troubles dépressifs post-interventionnels, d’où l’intérêt de cette étude qui a observé 123 patients ayant subi dans l’année écoulée un pontage aortocoronarien (coronary artery bypass graft/CABG) et présentant les symptômes d’une dépression majeure ou mineure selon les critères du DSM-IV. Parmi eux, 41 on suivi des séances hebdomadaires de TCC individuelle de 50 à 60 minutes, avec un soutien téléphonique entre les séances, 42 patients recevant un autre type de soutien psychologique : le soutien à la gestion du stress (supportive stress management/SSM) à la même fréquence, 40 patients recevant les soins standards. L’observation a duré 12 semaines.
Le taux de rémission de la dépression selon l’échelle HAM-D (Hamilton Rating Scale for Depression) a été significatif chez les patients recevant une TCC (71 %) et SSM (57 %) par rapport au troisième groupe (33 %) à 3 mois d’évaluation, puis à 9 mois (73 %, 57 % et 35 % respectivement). La TCC augmente son score alors que le SSM stagne.
Les patients qui n’ont pas un traitement antidépresseur bénéficient également de l’approche psychothérapique, à un moindre niveau… mais quand même !
Les auteurs précisent qu’une rémission soutenue est définie par un score HAM-D inférieur à 7 (sur 17 items). La TCC s’est aussi montrée supérieure pour l’amélioration des caractéristiques de la dépression : anxiété, désespoir (hopelessness) – perte de l’espoir de s’en sortir -, stress et qualité de vie.
S’il y a un élément à retenir et à mieux prendre en considération, c’est celui de hopelessness : quel que soit le haut niveau technologique des unités de soins intensifs cardiologiques et des interventions sur les coronaires, pour le patient même impeccablement pris en charge, se retrouver là c’est parfois la fin du monde… surtout si on ne lui dit rien.
Auteur : Maurice Chevrier, Santé log, le 15 avril 2008- Vignette dépliant dépression INPES : http://www.inpes.sante.fr/CFESBases/catalogue/pdf/1057.pdf
(1) Arch Gen Psychiatry 2009 ;66 :387-396 : Accéder à l’abstract (en anglais) : http://archpsyc.ama-assn.org/cgi/content/abstract/66/4/387?etoc
(2) Une traduction de la dernière édition est parue en 2008 : Mini DSM-IV-TR, critères diagnostiques. Editions Masson
Lire aussi : ET SI LA DEPRESSION ETAIT UN SIGNE DE MALADIE CARDIAQUE ?
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Cette actualité a été publiée le 15/04/2009 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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