DIABÈTE : AVANDIA augmente-t-il le risque d’AVC ?
Actualité publiée le 30-06-2010
JAMA
Poursuite d’une polémique de plusieurs années. Les patients qui prennent Avandia® (rosiglitazone), ce médicament contre le diabète présenteraient bien un risque accru de 40% d’AVC ou d'insuffisance cardiaque, donc de décès en comparaison de ceux qui prennent un médicament concurrent, selon une récente étude cohorte réalisée sur plus de 220.000 dossiers patients. Ces conclusions, publiées dans l’édition en ligne du Journal of American Medical Association (JAMA), pourraient pousser la prochaine Commission de l’US Food and drug administration (FDA) à révoquer la rosiglitazone du marché américain.
La rosiglitazone et la pioglitazone (un autre principe actif d’ADO) ont été introduites dans le traitement de diabète de type 2, il y a un peu plus de 10 ans. Ces molécules agissent sur le sous-type gamma des récepteurs peroxisome proliferator-activated (PPAR-) dans le noyau de la cellule, entraînant une sensibilité accrue à l'insuline accrue et un contrôle glycémique amélioré. En quelques années, ces médicaments sont devenus des “blockbusters” malgré l'absence de preuve directe de leur efficacité thérapeutique sur les complications du diabète, soulignent les chercheurs.
En mai 2007, une méta-analyse suggèrait déjà que, par rapport à d'autres traitements pour le diabète, la rosiglitazone était associée à un risque 43% plus élevé d'infarctus du myocarde (p = 0,03) et à un risque 64% plus élevé de décès d'origine cardiovasculaire (p = 0,06) . Plusieurs autres méta-analyses concernant la rosiglitazone ont suivi, et bien que leurs méthodes et leurs conclusions puissent être différentes, en particulier sur le risque de décès, ces différentes études constataient que la rosiglitazone pourrait en effet augmenter le risque d'ischémie myocardique. En revanche, une autre méta-analyse suggérait que, même si le médicament semble augmenter le risque d'insuffisance cardiaque, il pourrait réduire le risque d'infarctus du myocarde, d’AVC et de décès. Bref, pas de véritable consensus.
Mais dans cette édition du JAMA, Graham et coll. rapportent les résultats d'une vaste étude cohorte d'examen du risque d'événements cardiovasculaires sur 227.571 patients de 65 ans ou plus, traités avec la rosiglitazone ou la pioglitazone. Les auteurs constatent bien que, comparativement à d’autres molécules, la rosiglitazone est associée à un risque accru d'événements cardiovasculaires indésirables, notamment d’insuffisance cardiaque et de décès. Bien que ces résultats globaux ne soient pas nouveaux, cette étude est vaste et menée rigoureusement. Si le rapport de Graham et Coll. a ses limites, comme le notent les auteurs de l’article, leurs conclusions “offrent un éclairage puissant sur les conséquences réelles de la thérapie médicamenteuse”. Des résultats, enfin, qui n’auraient pu être apportés par des essais cliniques. Des conclusions, enfin, chez les patients traités par rosiglitazone qui sont compatibles avec des études similaires en provenance d'autres populations. Mais les méta-analyses sont rarement définitives.
La position de la FDA : La US Food and Drug Administration (FDA) a contraint GlaxoSmithKline (GSK), le fabricant de la rosiglitazone (Avandia®), de procéder à un grand essai clinique contrôlé multicentrique qui a débuté depuis mai 2009, sur un effectif prévu de 16.000 patients et qui doit s’achever en 2015. L’objectif majeur de cette étude est de comparer la rosiglitazone et la pioglitazone en ce qui concerne le risque de décès cardiovasculaire, d’infarctus du myocarde ou d’AVC. Ce nouveau rapport du JAMA sera inévitablement versé aux délibérations de la FDA, qui pourrait révoquer la rosiglitazone du marché américain avant la fin du grand essai clinique de GSK, TIDE, lors de la très prochaine réunion de son groupe consultatif, mi-juillet. Cette position rejoindrait celle du Sénat américain qui a déjà conclu après enquête de deux ans aux effets néfastes d'Avandia®. Une autre option consisterait à attendre les résultats de l'essai TIDE. Si la FDA a choisi ce plan d'action, les régulateurs du monde entier sont susceptibles de suivre leur exemple, et des millions de patients continueront à recevoir la rosiglitazone si GSK en poursuit la commercialisation.
La position de GSK: Le laboratoire soutient que 6 essais cliniques réalisés depuis 2007, pris ensemble, ne montrent aucune augmentation de la crise cardiaque, d’AVC ou de décès.
Les risques éventuels pour la santé d'Avandia® avaient déjà été rapportés en 2007, par la méta-analyse réalisée par un cardiologue, Steven Nissen, dont les résultats publiés par le New England Journal of Medicine avaient fait grand bruit : Selon cette étude déjà, Avandia® augmentait le risque d'attaque cardiaque jusqu'à 39%.
Sources: JAMA advance online publication doi:10.1001/jama.2010.920 (2010) “Rosiglitazone and the Case for Safety Over Certainty”, NEJM 356, 2457-2471 (2007) “Effect of Rosiglitazone on the Risk of Myocardial Infarction and Death from Cardiovascular Causes”, mise en ligne Yann-Mickaël Dadot, Santé log, le 29 juin 2010 (Visuel GSK)
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Cette actualité a été publiée le 30/06/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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