DIABÈTE de type 1 juvénile en augmentation, la tendance qui inquiète
Actualité publiée le 16-07-2010
Nature Reviews Endocrinology
L’enfant, l’adolescent, c’est le diabète de type 1. On croyait son incidence stable. Problème : elle augmente aussi…selon un nouveau bilan paru dans la revue Nature Reviews Endocrinology. Ces dernières décennies, l’épidémiologie du diabète s’est beaucoup intéressée à l’augmentation linéaire de la prévalence du diabète de type 2 de l’adulte (plus de 90 % des diabètes). Depuis peu, elle s’intéresse de près à l’émergence de ce diabète chez l’enfant et l’adolescent, en rapport avec l’augmentation de l’incidence de l’obésité, ce qui met à mal la notion de « type 2, diabète de la maturité ».
C’est ce que Ronald Ma et Juliana Chan, deux chercheurs en épidémiologie, génétique et diabétologie de l’Université de Hong Kong désignaient récemment comme « une tendance inquiétante » (a worrying trend) dans les études européennes. Même alarmante, ajoutaient-ils.
Le diabète de type 1 reste la forme dominante du diabète juvénile (enfants, ados), même si son incidence varie selon les pays, en hausse épidémique dans certains cas défiant toutes les prévisions, comme en Finlande. L’étude EURODIAB est une des sources de données épidémiologiques les plus complètes, permettant de prédire la charge future de ce problème de santé publique.
En effet, cette étude multicentrique a colligé les nouveaux cas de diabète de type 1 chez les enfants de moins de 15 ans dans 20 services de diabétologie de 17 pays européens. Sur une période 1989-2003, l’analyse de l’incidence pays par pays constate, pour la période 1989-1993, des variations notables : de 4,7 cas/100 000 en Roumanie à 39,9 cas/100 000 en Finlande. Les auteurs expliquent que durant la période de suivi, l’augmentation de l’incidence a davantage progressé dans les pays qui avaient initialement l’incidence la plus basse. Ce qui ferait que tous les pays finissent par avoir des prévalences du diabète de type 1 qui tendent à se ressembler.
On note la plus forte augmentation d’incidence dans le groupe d’âge le plus jeune. L’augmentation annuelle moyenne de l’incidence est de 3,9 % (95% CI 3,6-4,2), augmentant selon les groupes d’âge : 5,4 % (0-4 ans), 4, 3% (5-9 ans) et 2,9 % (10-14 ans). Cette augmentation rapide dans les classes les plus jeunes concerne surtout l’Europe centrale et de l’Est. On estime à 15.000 le nombre de nouveaux cas en 2005 en Europe, et les projections donnent 24.400 nouveaux cas en 2020. Chez les enfants de moins de 5 ans, l’incidence devrait doubler durant la période. Chez les moins de 15 ans, il faut s’attendre à passer de 94.000 cas en 2005 à 160.000 en 2020. Les systèmes de santé devraient déjà s’y préparer…
Pourquoi cette progression, alors qu’il est admis qu’il existe surtout une forte susceptibilité génétique au diabète. Cette progression en si peu de temps ne peut s’expliquer uniquement sous l’angle de la génétique. En fait, c’est là qu’apparaît un élément épidémiologique éclairant : chez des sujets ayant une susceptibilité génétique – selon le groupe HLA dont ils ont hérité - au diabète de type 1, il existe également une susceptibilité plus ou moins forte à l’influence des facteurs d’environnement responsables de la régression de la production d’insuline (mécanisme auto-immun) et apparition du diabète (cela est vrai aussi pour le risque cardiovasculaire). Ces facteurs sont à la fois pré- et post-natals ; certains dépendent de la femme enceinte, d’autre de l’enfant (infections, obésité, erreurs diététiques).
Nombre de ces facteurs dits d’environnement font encore l’objet d’hypothèses, telle l’obésité, qui ne serait pas seulement une prise de poids excessif mais pourrait jouer un rôle actif dans la disparition des cellules produisant l’insuline. Ces facteurs pourraient accélérer l’apparition du diabète en fonction de leur importance et de la précocité de l’exposition à leur activité. On peut penser dès maintenant que cette tendance va toucher, avec un décalage dans le temps, des pays en développement, confrontés à une modernisation rapide de leur mode de vie et d’alimentation (occidentalisation), mais qui malheureusement n’ont pas les moyens que peuvent mettre en œuvre les pays développés pour tenter de maitriser les conséquences sanitaires et économiques de cette transition épidémiologique.
Source : Nature Reviews Endocrinology 2009:5;529-530. doi:10.1038/nrendo.2009.180- Ronald Ma, Juliana Chan, mise en ligne Claire Tancrède, Santé log, le 16 juillet 2010 (Vignette Lifescan)
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Cette actualité a été publiée le 16/07/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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