Les Centers for Disease Control and Prevention américains, gardiens de la santé fédérale, ont publié dans la revue American Journal of Obstetrics and Gynecology un bilan des connaissances de l’interaction entre diabète et grossesse.

Le titre en anglais de cette étude (disponible sur CDC.gov/diabetes) a induit en erreur les médias français : ils ont compris que les CDC venaient de découvrir (1) qu’une femme enceinte déjà diabétique (il ne s’agit pas du diabète gestationnel) avait plus de risque de donner naissance à un enfant atteint de diverses malformations congénitales.
Or si cette étude montre pour la première fois aux Etats-Unis la responsabilité conjointe des diabètes de type 1 et 2 dans ces malformations, ce risque est parfaitement connu des diabétologues et des obstétriciens français, et bien maîtrisé grâce à une prise en charge et une surveillance spécifiques et adaptées, ce que permet notre santé publique – et notre Sécurité sociale – institution que n’ont pas les Etats-Unis, par ailleurs pays de même niveau médical que la France.
Cela dit, on ne doit pas négliger ce risque, la probabilité de malformations étant multipliée par 3 ou 4 par rapport à une femme non diabétique, un risque incompressible. Ce constat émane d’une étude spécifique : la National birth defects prevention study (NBDPS) intitulée « Diabetes mellitus and birth defects », qui incrimine le diabète de type 1 ET le diabète de type 2.
Les malformations congénitales en question (birth defects) touchent le cœur, le cerveau, la moelle épinière (spina bifida), les reins, le tractus digestif, les membres, la face (bec de lièvre). Cette étude est la première aux Etats-Unis à montrer une si large et si sévère variété de malformations induites par un diabète mal/non équilibré de la femme enceinte.
D’où en effet, disent les auteurs de l’étude, « l’importance d’augmenter le nombre de femmes qui reçoivent les soins pré-conceptionnels les meilleurs possibles, spécialement les femmes avec un diagnostic de diabète. Une gestion (management) précoce et efficace du diabète chez une femme enceinte est impérative pour permettre, non seulement de prévenir les malformations congénitales, mais aussi pour réduire le risque d’autres complications de santé pour elle et ses enfants ».
Voilà la clé de cette étude, mais cette remarque du Dr Adolfo Correa, épidémiologiste et auteur principal de l’étude, amène à se dire que la prise en charge des femmes diabétiques enceintes là-bas reste à améliorer !
Ces malformations ont plus de risque de se produire au cours du premier trimestre de la grossesse, mais si personne ne s’est soucié de vérifier l’équilibre glycémique avant, le premier trimestre asymptomatique se passera sans qu’on ne fasse rien, le diabète gestationnel (transitoire) n’apparaissant que plus tard au cours de la grossesse.
Peut-on prévoir, notamment à partir de facteurs de risque ? Oui, surtout en cas d’obésité, épidémie galopante aux Etats-Unis, et un mauvais suivi prénatal.
L’étude des CDC a porté sur les données de 9 Centres de naissance dans 9 Etats et concerne plus de 30 000 femmes, étude des plus sérieuses. Dans la synthèse de cette étude, les CDC rappellent que le diabète gestationnel affecte 7 % des grossesses, soit aux Etats-Unis plus de 200 000 cas par an. Habituellement, il disparaît après la naissance, mais ces femmes ont un risque augmenté de développer un diabète de type 2 permanent… à surveiller.
Auteur : Jean-Marie Manus, conseiller en santé publique Santé log
Mis en ligne le
7/8/2008
(1) National Birth Defects Prevention Study Finds Pre-pregnancy Diabetes Increases Risk for Multiple Types of Birth Defects