DIABETE SURVEILLANCE : L’ABC, LES DENTS, LE CŒUR
Chaque année, les sessions scientifiques de l’Association américaine du diabète (ADA) réunissent des milliers de professionnels de santé du monde entier (15 000 cette année à San Francisco). Parallèlement aux communications scientifiques, c’est l’occasion de rappeler certains fondamentaux en diabétologie. Exemples.
Pensez à votre ABC…
A1c (pour HbA1c), Blood pressure (tension artérielle), Cholestérol sont les 3 paramètres à normaliser pour un bon équilibre du diabète, faciles à retenir avec ce moyen mnémotechnique. A San Francisco, 3 communications ont montré qu’un « ABC sain » (healthy) aide à prévenir les complications microvasculaires (rein, rétine, nerfs) et macrovasculaires (cerveau, cœur) du diabète. L’ABC doit être régulièrement vérifié.
… à vos dents…
L’atteinte infectieuse des gencives (parodontite) n’est pas rare en cas de diabète, mais peu de gens font le rapport. Or la santé des dents et des gencives n’est pas seulement importante en elle-même mais pour la santé générale. Chez le diabétique le risque de parodontite est de 2 à 5 fois supérieur au risque des non diabétiques, sans doute parce que le terrain diabétique est plus propice aux infections. Le risque est augmenté en cas de déséquilibre du diabète.
… à l’angor
Pourquoi ce conseil ? L’angine de poitrine (angor) est une douleur-signal d’alarme : les artères coronaires rétrécies n’apportent plus assez d’oxygène (ischémie) au myocarde, qui souffre. Chez le diabétique, la neuropathie (atteinte des nerfs) entraîne une atténuation ou une absence de douleur, alors que le muscle cardiaque en ischémie souffre : c’est une douleur silencieuse dite ischémie myocardique silencieuse, ou IMS. La suppression de ce signal d’alarme chez le diabétique est un problème, car la maladie coronarienne risque d’évoluer sans bruit jusqu’à l’infarctus.
Une étude a rappelé que l’IMS peut être dépistée lors d’un examen particulier : une épreuve d’effort (sur vélo fixe ou tapis roulant) réalisée par le patient branché sur un ECG ou ayant reçu, comme ici, un marqueur qui dessine le muscle cardiaque sur un écran et permet de voir les zones irriguées ou no (tomoscintigraphie). Dans cette étude, 22 % des patients testés avaient une IMS mais revus près de 5 ans après, seulement 2,8 % avaient subi un accident cardiaque. Les autres avaient été confiés à leur médecin avec le résultat de l’examen, et c’est parce qu’ils ont bénéficié de mesures hygiéno-diététiques qu’ils n’étaient pas plus de 2,8 % !
Mais un second groupe de patients qui n’avait pas subi cet examen au départ, il n’y a pas eu plus de d’accidents cardiaques ! Pourquoi alors que parmi eux, il y avait peut-être aussi 22 % d’IMS, supposent les auteurs de l’étude. Ils ne savent pas… Peut-être ont-ils été aussi bien suivis que les sujets du premier groupe ? La conclusion des auteurs est…économique : on n’a pas forcément besoin d’un examen aussi coûteux si le diabétique est bien suivi et corrige ses facteurs de risque. Il faut dire qu’aux Etats-Unis, c’est le patient qui paie.
Auteur : Jean-Marie Manus, conseiller en santé publique, Santé log
Publié le 20 juin 2008
|