Ce néologisme est une création des diabétologues américains désignant une conduite récemment débusquée chez certains diabétiques de type 1, on peut même dire : certaines diabétiques, car le phénomène est surtout féminin, de 13 à 60 ans, en fait. C’est le fait pour une diabétique de se faire vomir après un repas pour ne pas grossir – allusion à la boulimie, aberration du comportement alimentaire consistant en l’absorption massive d’aliments que l’on s’efforce de restituer.
La diabulimia affecterait au moins 30 % des filles et des femmes diabétiques de type 1 aux Etats-Unis. Le problème est qu’elle augmente le risque de complications du diabète (rénales, vasculaires, rétiniennes, neurologiques) et de décès du fait du déséquilibre du diabète en l’absence d’insuline. Les séances d’auto-vomissement créent en outre chez les diabétiques le risque supplémentaire de déshydratation et d’acidocétose, cette dernière apparaissant quand l’organisme doit puiser dans la masse grasse pour compenser l’absence d’apport glucidique. Des bilans biologiques dramatiques ont été rapportés en 2007 et 2008 dans la revue de l’ADA Diabetes Care, notant que la diabulimia est plus un trouble du comportement alimentaire qu’un problème psychologique.
On notera que des vomissements peuvent être provoqués chez les diabétiques par la gastroparésie, un trouble de la vidange de l’estomac dans l’intestin grêle, complication peu connue, d’origine neurologique, du diabète.
La diabulimia n’est pas facile à dépister en consultation. L’ADA propose des signes d’alerte.
o Préoccupation obsessionnelle pour le poids et/ou le régime, même s’il n’y a pas perte de poids.
o Lecture obsessionnelle de la notice dans le conditionnement de l’insuline.
o Tendance progressive à l’isolement et au souhait de rester seule (pour vomir en secret ?).
o Obsession de l’activité physique avec tendance à pratiquer en secret ou jusqu’à pas d’heure.
o Taux d’HbA1c (hémoglobine glyquée) trop haut par rapport aux glycémies quotidiennes ou portée dans le carnet de suivi.
Le suivi d’un diabétique diabulimia est du ressort d’une équipe multidisciplinaire, car il faut prendre en compte le problème psychologique, impliquer la famille à laquelle il faut suggérer de n’être pas trop « perfectionniste » quant à la maîtrise du diabète, ni trop « couveuse », ni trop exigeante : ni coercitive, ni laxiste… en évitant les mots qui fâchent : embonpoint, rondeurs, bien en chair…
Bref, la maîtrise d’un diabète n’est pas un long fleuve tranquille…
Auteur : Jean-Marie Manus, conseiller en santé publique Santé log
Publié le 27 juillet 2008
Pour en savoir plus: Lire l'article du Pr Jacques Bringer (CHU de Montpellier) sur la sous-insulinisation délibérée des jeunes diabétiques est paru dans le n° 259 d’Equilibre (septembre/octobre 2007), revue de l’Association française des diabétiques (www.afd.asso.fr).