DOULAS : Prise de position des gynécologues et des sages-femmes
Actualité publiée le 21-11-2008
Actu professionnelle :
Par l’intermédiaire du président du Collège nationale des gynécologues et obstétriciens, français, le Pr Jacques Lansac, et de Frédérique Teurnier, présidente du Conseil national des sages-femmes, les deux professions de la naissance ont voulu rectifier les informations parues dans certains médias qui se des « bienfaits » de l’accompagnement de la naissance par les doulas, ceci notamment après le décès d’un nouveau-né suivi en-dehors de toute prise en charge professionnelle.
L’Académie nationale de médecine avait déjà réagi à ces propos parfois dithyrambiques sur « ces accompagnatrices (qui) disent apporter aux couples un soutien et une écoute dans le suivi de la grossesse, de l’accouchement et du post-partum. Les parents qui font appel à elles se considèrent socialement isolés (bien que de niveau socioculturel élevé), et semblent trouver un bénéfice à ce coaching en plus du suivi médical… ». Encore faut-il ce dernier, qui peut être refusé, voire dénié !
Excipant de leur expérience d’avoir accouché d’au moins un enfant personnellement allaité, les doulas n’ont cependant « pas compétence à s’occuper d’autres femmes », femmes enceintes et suivies jusqu’à l’accouchement et après. Leur formation est « non évaluée, non validante et ne donne aucun diplôme reconnu. La doula exerce en libéral, est en principe disponible 24 h/24 et facture sa prestation environ 500 à 600 € » (non pris en charge par la Sécurité sociale).
Non déclarées, on estimait leur nombre en 2006 à 21 et 66 en formation, 138 grossesses sur plus de 800 000 ayant été ainsi assistées, dont 34 % à domicile.
Ce type d’accompagnement est né aux Etats-Unis où il n’y a pas de sages-femmes, mais les femmes sont surveillées par une infirmière qui surveille pouls, tension, température…), l’examen obstétrical et l’accouchement restant dévolus au médecin.
En France, on le sait la prise en charge est faite par les sages-femmes et les obstétriciens. Sage-femme est une profession médicale, et les femmes qui le souhaitent et dont la grossesse est normale (absence de risque obstétrical avéré) peuvent être suivies et accouchées par une sage-femme, qui suivra le nouveau-né et la mère après la naissance, comme le font nombre de sages-femmes libérales, même si, en majorité, l’accouchement se déroule à l’hôpital ou en clinique. La disponibilité obstétricale 24h/24 est impossible à assurer par une seule personne, elle repose sur l’équipe gynécologue-obstétricien/sage-femme, soulignent J. Lansac et F. Teurnier.
Rappelons qui est la sage-femme. Elle a une formation médicale et un diplôme délivré par la Faculté de médecine, formée sur le plan médical mais aussi psychologique à l’écoute, au soutien et à la préparation du couple à la parentalité. Elle fait équipe avec le gynécologue-obstétricien, peut faire appel à une psychologue formée aux problèmes périnatals… Le gynécologue-obstétricien a fait de 15 ans d’études et de formation,. L’une et l’autre sont tenus d’assurer leur formation médicale et pratique continue.
A ceux qui critiquent depuis des années la médicalisation de la naissance, première réponse des professionnels : « N’y a t-il pas contradiction à demander aux professions médicales une formation initiale et continue lourdes, à attendre des tribunaux des sanctions en cas de complications et, à l’opposé, de demander soutien à une femme dont la seule formation est d’avoir accouché ». Mais « cela pose une vraie question sur l’accompagnement des femmes en France, qui est actuellement insuffisant : problème depuis longtemps souligné par les associations d’usagers ».
Seconde réponse : « Des sages-femmes et des obstétriciens, plus nombreux, avec une charge de travail moins importante, donnant toute leur place aux qualités humaines souhaitées par les parents (…), une offre de soins (…) répondant aux différentes demandes des couples, tout en maintenant un bon niveau de sécurité qui ne doit jamais s’opposer à l’accompagnement (exemple : des salles de naissance physiologique au sein des maternités, des maisons de naissance…) ».
Les futurs parents sont nos interlocuteurs privilégiés, disent les professionnels de la naissance, donc nul besoin d’une intermédiaire sans formation, qui « ne peut que compliquer la relation (…) en les conseillant peut-être de manière inadéquate en cas de complication ». Conclusion : « Il ne nous paraît pas utile de créer une nouvelle profession autour de la femme enceinte (…), il paraît important que les équipes soient assez nombreuses pour avoir le temps d’entourer le jeune couple (…). La demande d’aide est réelle, on doit pouvoir y répondre avec des professionnels formés ». Formation en psychosomatique : soin du corps et de l’esprit (psyché). CQFD.
Le Pr Jacques Lansac (1) et Frédérique Teurnier (2) restent à la disposition des équipes soignantes pour répondre à toutes les questions que pourrait susciter cette prise de position et celle de l’Académie de médecine (3) :
- mise en garde contre l’immixtion de personnes insuffisamment formées dans le déroulement de la grossesse et de l’accouchement ;
- réticence contre l’accouchement à domicile, créer plutôt des salles de naissance en Maternités ouvertes aux accompagnants : familiers ou choisis par la parturiente, ne se mêlant pas des décisions médicales ;
- avis que les sages-femmes, formées à l’écoute, sont idéalement les accompagnantes de la maternité, qui requiert une expérience médicale issue acquise d’un enseignement de qualité.
- mise en garde contre toute reconnaissance officielle de la formation et de la fonction d’accompagnantes de la naissance ou de Doulas ;
- souhait que soient renforcés les effectifs de sages-femmes dans les structures hospitalières publiques ou privées et de sages-femmes libérales, pour leur donner plus de disponibilité et leur permettre de mieux accompagner les femmes avant, pendant et après la naissance ;
- incitation à développer, notamment en milieu rural, les postes de sages-femmes de PMI et à privilégier la promotion de sages-femmes à domicile, mais aussi d’aides à domicile après sortie précoce de ma Maternité, l’hospitalisation à domicile n’y étant pas adaptée.
Auteur : Jean-Marie Manus, conseiller en santé publique Santé log
(1) Tél. : 02.47.47.69.60
(2) Tél. : 06.63.21.47.19
(3) http://www.academie-medecine.fr/detailPublication.cfm?idRub=26&idLigne=1400
Lire également sur le blog : http://santeblog.typepad.com/sante_blog/2008/06/doulas-et-gynec.html
|