Eh non, les RHUMATISMES ne sont pas synonymes de « LONGUE VIE »
Actualité publiée le 26-06-2009
Méta-analyse
On sait que pendant des décennies le diction selon lequel les rhumatismes constituaient un « brevet de longue vie » est passé de génération en génération, jusqu’au moment où sont apparues des données montrant que les sujets atteints de polyarthrite rhumatoïde étaient bien des patients dont le risque cardiovasculaire était supérieur à celui des sujets indemnes de cette pathologie ostéo-articulaire.
Les rhumatismes (arthrites, arthroses, mal de dos, ostéoporose, périarthrites...) sont le premier motif de recours aux soins en France et le premier poste de coût économique et social. Causes de douleurs et de handicaps, à tous les âges, ils compromettent la qualité de vie. Des traitements efficaces existent ; la prévention est également possible.
Une analyse reprenant les données de plusieurs études publiées indique que les patients ayant une polyarthrite rhumatoïde ont un risque de décès de 50 % supérieur à celui des non rhumatisants, les auteurs canadiens de cette méta-analyse estimant que l’amélioration de la mortalité cardiovasculaire depuis quelques années « ne se reflète pas dans la population de ceux qui souffrent de polyarthrite ».
Le problème, estiment les auteurs (1), réside dans le fait que les 24 études analysées ne mentionnent pas toutes l’augmentation du risque cardiovasculaire, certaines n’ayant même pas prévu… de le rechercher dans la conception de l’étude. D’où l’importance de rapprocher polyarthrite rhumatoïde et maladie cardiovasculaire, jusqu’à encore récemment aussi éloignées l’une de l’autre que leurs organes-cibles, pourrait-on dire. Ceci concerne aussi bien les rhumatologues que les cardiologues, pourrait-on ajouter.
Quelle est l’ampleur du risque cardiovasculaire associé à la polyarthrite rhumatoïde ? A partir de l’analyse des données finales de 24 études portant à 111 758 patients et 22 927 événements cardiovasculaires, on l’évalue à 59 % de risque en plus pour les décès par infarctus du myocarde, à 52 % de risque en plus pour les décès par accident vasculaire cérébral.
D’après les études analysées, les auteurs canadiens estiment que le design d’une étude doit notamment comporter une durée de suivi des patients suffisamment longue : au moins dix ans. Il semblerait que les patients soient aussi mieux suivis (plus longtemps) en ville que par l’hôpital, et de ce fait les patients suivis en externe auraient un moindre risque de décès…
Enfin, au cours de la période considérée, il semblerait que les avancées thérapeutiques n’aient pas influencé le risque de mortalité cardiovasculaire. Mais les auteurs de la méta-analyse soulignent qu’il serait intéressant de reprendre cette analyse à partir des études parues depuis l’apparition des bio-médicaments, bien mieux ciblés que les traitements standards, qui ont nettement changé le futur des patients, comme l’ont souligné les rhumatologues lors de leurs deux derniers congrès européens (EULAR). Il faut faire ces études, c’est urgent, disent les auteurs canadiens, pour évaluer l’impact positif éventuel de ces innovations sur le risque cardiovasculaire de la population des rhumatisants, sur la mortalité générale et sur la mortalité cardio-cérébro-vasculaire.
Il y aurait plusieurs explications possibles à l’augmentation de cette mortalité : l’impact des auto-anticorps dans la polyarthrite rhumatoïde (maladie auto-immune), l’état inflammatoire permanent qu’elle crée, la sédentarité obligée, ce cofacteur de risque cardiovasculaire (2)…
Mise en ligne Louis-Marie Sibuée, Santé log, le 24 juin 2009 (Visuel et vignette : http://www.polyarthrite.org/index.php )
(1) Risk of cardiovascular mortality in patients with rheumatoid arthritis: a meta-analysis of observational studies. Arthritis and Rheumatism 2008 (12) 1690-1697.
(2) A l’inverse, pourquoi voyait-on dans le rhumatisme un « brevet de longue vie » ? Peut-être parce que les patients, peu mobiles, voire impotents, s’exposaient moins que d’autres à des activités à risque, semblant vivre plus vieux à l’époque où l’espérance de vie était réduite (NDLR) ?
Lire aussi :
Cimzia®, un nouveau traitement de la polyarthrite rhumatoïde
Réagissez à cette actu sur Santé Blog
Cette actualité a été publiée le 26/06/2009 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
|