Enfants de mères toxicomanes, aléas du traitement de substitution
Les toxicomanies maternelles sont cause d’une importante pathologie périnatale qui peut peser sur l’avenir des enfants, même in utero, en ce qui concerne leur développement ultérieur dans les années à venir. Elles peuvent concerner au moins 1 % des naissances en France et jusqu’à plus de 10 % aux Etats-Unis.
La prise en charge de ces mères et de ces enfants est difficile. La substitution de l’héroïne par la buprénorphine a ses avantages pour stabiliser les patientes et pour prévenir, en partie, les conséquences fœtales ou néonatales. Nombre de publications font état d’une moindre fréquence du syndrome de sevrage chez les nouveau-nés de mères ayant bénéficié de cette substitution.
Dans l’étude présentée à l’Académie de médecine, 20 nouveau-nés de mère héroïnomane substituée ont été observés aux premiers jours de vie, avec dosage du taux plasmatique de buprénorphine chez la mère et chez l’enfant. Le rapport taux maternel/taux foetal est à la naissance de l’ordre de 0,45. L’analyse des résultats montre que les taux de buprénorphine sont, à la naissance, comparables chez les enfants, qu’ils aient ou non présenté un syndrome de sevrage. Chez ceux qui sont asymptomatiques, les taux se négativent en 48 h. Chez ceux qui ont des signes cliniques, les taux augmentent de plus de 100 % entre la naissance et 48 h.
En l’absence d’allaitement maternel, il ne peut s’agir que d’un relargage de buprénorphine, molécule très liposoluble. Le paradoxe de taux plus élevés chez les enfants symptomatiques pourrait s’expliquer par un facteur génétique du métabolisme des médicaments.
On peut conclure que si le dosage du taux de buprénorphine plasmatique sur le sang du cordon ombilical permet de vérifier la réalité du traitement proposé aux mères, il ne permet pas d’anticiper l’apparition d’un syndrome de sevrage et que seule l’observation clinique permet de distinguer les enfants qui nécessitent un traitement substitutif transitoire.
Quels que soient le traitement et l’accompagnement des mères toxicomanes, il s’agit de naissances à risque à prendre en charge dans des Maternités disposant d’un service de néonatologie performant.
Auteur : Maurice Chevrier, infirmier
Publié le 26 mai 2008
D’après la communication du Pr Paul Vert (Pédiatrie, périnatologie, biologie du développement, Maternité Régionale, CHU de Nancy) et coll. (Isabelle Hamon, Claire Hubert, Jean-Michel Hascoet), Académie nationale de médecine, 20/5/2008
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