GRIPPE A/H1N1 : La vraie vie du VIRUS A/H1N1 de 1918 à nos jours
Actualité publiée le 14-07-2009
BEH

Ce fait a été rappelé au début de l’épidémie par des auteurs américains. Oui, après la pandémie historique de 1918-1919, des virus A/H1N1 ont fait des apparitions sporadiques. Un éminent spécialiste des grippes, le Pr Claude Hannoun, longtemps responsable du Centre de référence de la grippe France-Nord à l’Institut Pasteur, dit à ce propos : « Le virus américain A/H1N1… est facilement transmissible, mais il n'est pas entièrement nouveau car des virus A/H1N1 ont déjà affecté la population. Les premiers résultats d'enquêtes sérologiques rétrospectives ont déjà montré la présence d’anticorps spécifiques contre l'hémagglutinine de ce virus chez l'homme, surtout chez les personnes âgées ».
C’est ce qui explique(rait) que les cas actuels concernent en majorité des sujets de 5 à 59 ans (la fourchette est large !), majoritairement des adultes jeunes et des enfants.
Le Pr Hannoun note:
« Les épidémies de grippe sont-elles toutes semblables ou même comparables ? Malheureusement non. En observant soigneusement les pandémies du 20e siècle, on peut noter qu’il n’y en a pas eu 3 mais 5, dont certaines passées presque inaperçues, leur impact n’ayant pas dépassé celui des épidémies saisonnières ».
Ainsi, outre la pandémie de 1918 et ses deux vagues (début d’été, puis octobre), un A prime H1 s’est manifesté discrètement en 1948, alors qu’en 1957 un A/H2N2 a causé une pandémie dix fois moins grave que celle de 1918 (3 millions de décès). En 1968, un nouveau virus A/H3N2 envahit le monde mais ne touche l’Europe qu’avec la seconde vague après un an (1,5 millions de décès). En 1976, fausse alerte, un virus porcin contamine des soldats américains, on vaccine… pour rien 40 millions d’Américains (1 décès). En 1977, un A/H1N1 refait surface, ne touche que les moins de 20 ans, les autres bénéficient d’une mémoire immunitaire comme actuellement. Il est encore en activité : c’est le virus A/H1N1 saisonnier. Il est cependant moins dangereux que le virus A/H3N2.
« Ainsi, sur cinq essais, le virus a réussi trois fois une percée pandémique grave», souligne le Pr Hannoun. Certes, on n’est plus dans la même situation : on sait prédire et pronostiquer le risque, on a créé la veille épidémiologique (c’est l’InVS), inexistante il y a 30 ans (l’épidémiologie était une science ésotérique) ; on dispose de structures hospitalières adaptées, d’examens de laboratoire spécifiques mais
tous les pays n’ont pas les moyens matériels nécessaires… et pas d’épidémiologie.
Pour Claude Hannoun, « il est sage de bien garder à l’esprit dans une situation de danger caractérisée par l’émergence, comme c’est le cas aujourd’hui, du nouvel A/H1N1 alors que le candidat A/H5N1 reste présent », les points suivants :
- Toutes les pandémies ne sont pas des catastrophes, certaines avortent et il est très probable que d'autres à l’avenir auront un impact limité ;
- certains virus sont capables, après avoir couvé quelque temps, de développer par mutations 3 caractéristiques qui les rendent dangereux : forte transmissibilité chez l'homme, pouvoir pathogène exacerbé, acquisition de résistance aux antiviraux ;
- l’acquisition et l’évolution de ces caractéristiques sont pour l’instant impossibles à prévoir ;
- l’évolution est souvent diphasique, la deuxième vague étant la plus grave. Après la pandémie, ces virus rentrent dans le rang et deviennent des virus saisonniers, parfois cohabitant avec d’autres ;
- la situation en 2009 a évolué. D’un côté, on dispose d’armes nouvelles : capacité de détection, réseaux de surveillance, vaccins, antiviraux, antibiotiques. Mais, de l’autre, les liaisons internationales beaucoup plus rapides et le développement de l’urbanisation accélèrent la transmission.
Conclusion: La phase 6 de la pandémie est la reconnaissance que la diffusion va probablement toucher l’ensemble de la planète. Les plans de lutte pandémique mis en place ces dix dernières années sont des éléments importants de préparation pour y faire face. Ils devront s’adapter aux connaissances en cours d’acquisition sur le virus, la maladie et son épidémiologie. La prise en compte de la dimension sociale et de communication publique est aussi un élément fondamental à bien intégrer dans la réponse ».
Auteur : Maurice Chevrier, Santé log, le 13 juillet 2009
Source : Que nous apprennent les pandémies du passé ? », Cl.Hannoun, Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire 2009, 1 (InVS)
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Cette actualité a été publiée le 14/07/2009 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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