GRIPPE A/H1N1 : « L’hôpital en tension »
Actualité publiée le 16-06-2009
Urgences et réanimation
30 à 35 % de la population française pourrait être atteinte par le virus A/H1N1 selon la modélisation de la grippe A/H1N1 sur la base des données de la grippe saisonnière. Une réflexion, « L’hôpital en tension » est en cours dans le cadre du Conseil national de l’urgence hospitalière. Elle prend toute sa dimension en situation de pandémie. Dans ce contexte de menace du virus A/H1N1, de pénurie de lits et d’optimisation budgétaire, la Société de réanimation de langue française (SRLF) a souhaité apporter des éléments d’information au sujet des situations de tension au sein des services de réanimation - et en général dans l’hôpital – à un moment où la pandémie de grippe porcine A/H1N1 pourrait en être un autre facteur : si la situation s’aggrave, l’hôpital opérerait à flux tendu !
La SRLF est une société savante garante de la qualité et de la sécurité des soins prodigués en réanimation. Dans cette logique, il lui appartient de contribuer au débat sur la meilleure adéquation possible entre l’offre et la demande de soins de réanimation, surtout en prévision de la menace pandémique de grippe A/H1N1. En effet, on sait qu’une pénurie de lits (difficulté à faire hospitaliser un patient dans une région donnée) pourrait conduire à une perte de chance pour des malades graves.
La SRLF contribue à la réflexion sur « L’hôpital en tension » dans le cadre du Conseil national de l’urgence hospitalière, qui travaille sur les notions de prévention et de crise en élaborant des plans adaptés. La préparation de l’hôpital, notamment des services de réanimation, en prévision d’une crise sanitaire de type pandémique, fait partie intégrante de cette démarche.
Face à l’état de pandémie, les services de réanimation ont organisé une veille épidémique de la situation grippale A H1/N1, avec des données médicales et biologiques, auxquelles tout le monde peut accéder sur www.srlf.org.
Le Pr Bernard Régnier, secrétaire de la Commission d'éthique de la SRLF et chef du Service de réanimation médicale/infectieuse à l'Hôpital Bichat-Claude Bernard, indique que les éléments disponibles depuis 2 mois font état d’une infection à évolution peu prédictible et accompagnée d’éléments aggravants peu maîtrisables. La diffusion épidémique du virus se fait de plusieurs manières : dans la communauté, par des cas importés ou par une voie intermédiaire avec des cas atypiques, ce qui rend les projections difficiles pour les épidémiologistes.
En France, 80 cas sont confirmés, dont 68 importés et 12 relevant du contact direct avec les cas importés, la situation n’est pas la même dans d’autres pays européens (Royaume Uni), empêchant ainsi la comparaison des données dans des pays a priori comparables.
S’y ajoutent des éléments d’aggravation : cassure antigénique (virus génétiquement nouveau), d’où absence d’immunité croisée (absence de protection des vaccins saisonniers des dernières années) ; circulation simultanée du virus pandémique et des virus saisonniers A, humain ou animal (H5N1) ; contagiosité du H1N1, qui semble plus forte que celle de la grippe saisonnière, affectant de 22 à 33 % de la population, contre 5 à 15 % pour les virus humains saisonniers.
En modélisant la grippe A/H1N1 sur la base des données de la grippe saisonnière (5 000 à 6 000, décès par an en France), de 30 à 35 % de la population pourrait être atteinte si le niveau de virulence reste le même (10 % pour la grippe saisonnière), avec 25 000 décès.
Selon le Plan national de préparation à la pandémie grippale, l’Hôpital a comme objectif la prise en charge des patients les plus graves, avec une certaine fluidité dans la circulation des patients au sein des services en fonction des besoins immédiats. Des filières spécifiques pour patients grippés et patients non grippés doivent être mises en place. Une préparation du corps médical est prévue, notamment pour la prise en charge des malades de la seconde vague, par exemple après l’été,
Pour un taux d’attaque de 25 % de la population, il faut prévoir un doublement des capacités de réanimation, où l’accueil des patients reste un souci majeur, du fait du nombre de places disponibles par rapport au nombre de patients devant y accéder. Des unités comme la réanimation sont à risque : affluence accrue de patients, transmission nosocomiale.
Restent des questions éthiques, telle l’éventualité d’un triage des patients en réanimation si la demande est supérieure à l’offre. Comme les antiviraux et le vaccin, la prise en charge en réanimation est une ressource rare, d’où débat éthique sur l’accès prioritaire.
Auteur : Yann-Mikael Dadot, Sante log, le 15 juin 2009 (Vignette et visuel : http://www.lhopitalabesoindevous.fr/)
Source : Réunion d’information de la SRLF avec le Pr Bernard Régnier
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Cette actualité a été publiée le 16/06/2009 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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