GRIPPE PANDEMIQUE : On sait d'où elle surgira
Actualité publiée le 21-10-2008

Pandémie :
Où en est-on de la grippe pandémique, que nos médias, après une mise en alerte prématurée de l’opinion ignorent aujourd’hui totalement ? Le risque est toujours là et tous les experts es-grippe de la planète se concertent régulièrement à son sujet, explique le Pr Bruno Lina, responsable du centre de référence de la grippe pour le sud de la France à Lyon (1).
Traduction : nous sommes dans une phase pré-pandémique, c’est à dire qu’il ne faut pas relâcher la vigilance nationale et internationale, même si l’alerte a disparu des médias. Même si en France, le risque est considéré comme minimum pour l’instant.
Le problème de la pandémie est bien différent de celui de la grippe saisonnière (en pleine campagne actuelle de vaccination). Pour cette dernière, la disponibilité d’un vaccin spécifique n’entraîne pas de difficultés pour les laboratoires pharmaceutiques puisque l’identité des virus dominants de la saison est connue toujours assez tôt pour que nous puissions disposer du volume de vaccin nécessaire à la population-cible. Mais avec une pandémie de grippe, c’est tout autre chose.
Douze milliards de vaccins
La pandémie risque de toucher la quasi-totalité de la population mondiale, ce qui veut dire que la réserve de vaccins devrait être de 6 milliards de doses (le nombre d’êtres humains sur notre globe), disons même 12 milliards car une pandémie, du fait de la totale nouveauté du virus pour notre système immunitaire humain, doit comporter deux injections. Actuellement, envisager de produire 12 milliards de doses de vaccin anti-pandémique dans un temps record, la pandémie plus vite à se déplacer dans le monde que l’industrie pharmaceutique à produire autant de vaccins, quels que soient aujourd’hui les moyens techniques de production.
Une impasse ? Peut-être pas, car on dispose déjà d’un vaccin pré-pandémique. Il s’agit d’un vaccin conçu à partir du virus H5N1 actuel, sans préjuger des variations génétiques que le virus originel subit et va subir d’ici… la pandémie, car ce virus (un A, le plus virulent) est d’un naturel instable (virus variant). Bref, le virus qui nous amènera la pandémie… n’existe pas, dit le Pr Lina, du moins pour l’heure, mais on a son « ancêtre » (sic), le virus actuel, virus aviaire, virus de l’influenza des volatiles (oiseaux sauvages, volailles).
L’utilité de poursuivre la fabrication, de stocker et d’utiliser chez l’homme le vaccin pré-pandémique, adapté à l’ancêtre, est soutenue par nombre d’experts infectiologues. Les essais ont montré que les vaccinés font des anticorps, y compris contre des variants de H5N1 dont on dispose pour l’instant. Restons prudents, même si c’est encourageant : l’essentiel est de pouvoir protéger l’Homme contre l’Homme, car le risque aviaire est considéré comme négligeable chez nous pour l’instant.
Quand H5N1 sera humain
Protéger l’Homme contre l’Homme, c’est quand le virus H5N1 sera humanisé, c’est à dire qu’il passera facilement de l’animal-relais (le porc sans doute, contaminé par l’oiseau) à l’Homme qui pourra alors le transmettre à un autre Homme.
Pourquoi le risque aviaire est-il négligeable dans les pays industrialisés ? Parce que les élevages de volailles sont extérieurs au domicile des éleveurs, que les élevages sont surveillés à tous les points de vue (vétérinaire, désinfection, vaccination) et qu’au moindre doute on n’hésite pas à éliminer plusieurs centaines de volailles… pour lesquelles l’éleveur sera indemnisé.
Pourquoi les cas humains enregistrés depuis 2003 sont-ils concentrés dans des pays pauvres (Asie essentiellement) où la promiscuité Homme/volailles n’a pas d’équivalent chez nous ? Justement en raison de cette cohabitation étroite, qui s’explique par l’existence de millions de petits élevages familiaux, cette volaille d’arrière-cour (backyard poultry)… quand ce n’est pas une volaille de chambre à coucher ! Ceci facilite la transmission du virus aviaire à l’Homme, avec un taux de mortalité supérieur à 60 % (sur 385 cas recensés depuis 2003).
Cela fait dire à Bruno Lina que s’il y a pandémie, elle démarrera dans un pays pauvre, un pays où la surveillance des élevages est embryonnaire, où il n’y a pas d’infrastructures de santé publique et d’épidémiologie (les faibles moyens sont concentrés dans les villes), où la médecine de terrain est rare, où manquent les médecins… Où il n’y a pas de Plan anti-pandémique, comme en France, plan réactualisé périodiquement.
La surveillance doit venir en renfort des pays industrialisés, équipés, de façon à repérer les premiers signes d’une pandémie et d’identifier le virus en cause et d’en informer les laboratoires producteurs. Mais ce sera toujours trop tard pour produire à temps 12 milliards de doses ! Même si les laboratoires disposent de techniques nouvelles pour produire plus et plus vite. Ce sera dur…
Auteur : Jean-Marie Manus, Conseiller pour la santé publique Santé log
Mis en ligne le 21 octobre 2008
(1) Le Pr Lina participait le 15 octobre à un colloque de l’Académie nationale de pharmacie « Vaccins et Vaccinations » à Paris
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Grippe aviaire, nous sommes en situation « 3A » :
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60 millions de vaccins pour l’OMS : http://www.santelog.com/modules/connaissances/actualite-sante-grippe-aviaire-60-millions-de-vaccins-français-pour-loms-_167.htm
Grippe et vaccin pré pandémique, est-ce possible ? :
http://www.santelog.com/modules/connaissances/actualite-sante-grippe-et-vaccin-pre-pandemique,-est-ce-possible-_348.htm
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Cette actualité a été publiée le 21/10/2008 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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