GROSSESSE POUR AUTRUI et droits de la Femme : Et les droits de l’Enfant ?
Actualité publiée le 12-03-2010
CNSF
C’est le Collège national des sages-femmes (CNSF) qui le dit, mettant en garde contre toute décision hâtive quant à la grossesse pour autrui (GPA). Loin d’être une avancée du droit des femmes, ce serait privilégier le droit à l’enfant aux dépens des droits de l’enfant. Le CNSF a débattu des enjeux éthiques, médicaux et sociétaux de la GPA lors de ses Journées nationales (1-2 février), une proposition de loi pour l’autoriser et l’encadrer ayant été déposée au Sénat le 27 janvier. Pourquoi ces réticences ? Synthèse des arguments du CNSF.
Désir d’enfant ou droit à l’enfant ? Oui mais quid de l’enfant ? Il est devenu pur objet de désir. Il semblerait que nous ayons glissé du désir d’enfant au droit à l’enfant, oubliant les droits de l’enfant.
Science et médecine doivent-elles tout pallier par compassion ? L’enfant objet de désir appartient à l’imaginaire d’une vie familiale réussie pour nombre de couples. Si une grossesse physiologique est impossible, ils se tournent vers la science pour remédier à cette « injustice », vers le législateur pour l’autoriser. C’est au nom de la compassion et d’une illusoire égalité des chances que médecins et politiques reçoivent leur requête, là où il faut se donner le temps de la réflexion, en favorisant par exemple l’adoption.
Avons-nous réfléchi aux liens affectifs qui se nouent durant la gestation ? La GPA concerne à la fois le couple qui souhaite un enfant, sa famille, avec parfois déjà des enfants, entraînés malgré eux dans l’aventure, la gestante, ses proches, ses parents, son compagnon, ses enfants. Sans compter les relations plus éloignées, tel le milieu professionnel.
A-t-on étudié le l’impact, direct ou indirect, de cette grossesse sur toutes ces personnes ? A Les études sont incomplètes, parce que les personnes touchées par la GPA sont nombreuses, les difficiles à monter, le recul insuffisant, notamment concernant les enfants issus de GPA, leurs frères et sœurs nés de grossesses physiologiques. Aucune étude qualitative ne permet d’évaluer toutes ces situations.
Quid des liens affectifs entre la gestante et le fœtus ? Soit la gestante est consciente que l’enfant qu’elle porte n’est pas le sien, elle peut être tout à fait détachée de sa grossesse, désinvestie de cette maternité. Ici, c’est le fœtus qui paie le prix fort, débutant sa vie privé des liens affectifs qui se tissent in utero. Soit la gestante vit sa grossesse de manière altruiste et s’attache au fœtus - elle est alors confrontée au paradoxe : porter un enfant sans trop l’aimer. Dans cette tension entre sentiments, les risques psychiques pour la gestante sont importants, plus que pour l’enfant à naître.
Quelle souffrance en cas d’anomalie fœtale, ou d’IMG ? Même si la GPA est contractualisée, la gestante qui choisit de « prêter son utérus » ne pourra interrompre la grossesse sans souffrance psychique, que la décision lui appartienne ou vienne du couple d’intention, pour un enfant porteur d’une malformation. Comment accompagner ces moments difficiles, gérer ce conflit ?
En cas d’accouchement prématuré ? Devant un accouchement très prématuré, comment les uns et les autres réagiront-ils ? Comment sera considérée la mère porteuse par le couple d’intention ? Comment réagira-t-elle ? Et comment sera accueilli l’enfant ?
Comment prendre en compte le risque inhérent à toute grossesse ? Comment faire en sorte que la gestante prenne conscience du risque qu’elle court, comme dans toute grossesse ? Risques assumés dans le cas de grossesse physiologique… mais beaucoup moins évidents à prendre s’il s’agit d’une GPA. Ce risque pose des questions d’éthique sur lesquelles il est bien difficile de légiférer.
Eviter les dérives financières ? La GPA implique une indemnisation, difficile à évaluer pour le recours au corps d’autrui, et en contrepartie des frais médicaux, du retentissement sur la vie professionnelle, etc. De fait, même légalement encadrée, elle risquerait de devenir un moyen de subsistance, selon Sylviane Agacinsksi. (philosophe). Dignité et libre-arbitre des femmes en état de précarité seront parfois mis à mal.
Eviter les dérapages ? Aujourd’hui, la GPA a des indications médicales : infertilité par absence d’utérus, hystérectomie sans ovariectomie. Comment être sûr, s’il y a une première autorisation, que de nouvelles revendications ne vont pas naître : GPA pour homoparentalité, post-mortem, voire de convenance de femmes souhaitant se soustraire à la gestation. Pour le CNSF, « en légiférant pour la GPA, il nous semble que l’on ouvre la porte à la banalisation d’un geste qui ne devrait être que de l’ordre du dernier recours ».
Autant d’arguments qui motivent les mises en garde du CNSF. Les sages-femmes affirment qu’il est nécessaire de prendre le temps de réfléchir à toutes ces questions, ne pas le faire serait refuser de voir que la GPA modifie profondément notre rapport à la filiation, plus que toutes les autres techniques d’assistance médicale à la procréation. Le Plan de périnatalité met l’accent sur la sécurité émotionnelle et la prise en charge des situations de vulnérabilité des femmes et des couples. La GPA est typiquement une grossesse à risques pour le CNSF.
Source : Collège national des sages-femmes, mise en ligne par Louis-Marie Sibuée, Santé log, le 12 mars 2010 (Visuel Santé log Petite enfance N°3 copyright Fotolia)
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Cette actualité a été publiée le 12/03/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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