H1N1 AU SENAT : Les questions posées à ROSELYNE BACHELOT
Actualité publiée le 17-02-2010
Politique et santé
Quelle que soit la forme de l’enquête à laquelle la Ministre de la Santé devra répondre sur la gestion nationale de la grippe A/H1N1, en attendant, les questions en francs-tireurs des parlementaires ne manquent pas. Exemple, lors d’une séance de questions aux ministres au Sénat, le sénateur Nicolas About a posé la question qui pourrait fâcher…
« Après l’affaire du sang contaminé, la canicule et l’inscription - peut-être à tort - du principe de précaution dans notre Constitution, quelle peut bien être la marge d’action des pouvoirs publics en matière de risque sanitaire ? ». Pourquoi, M. About ? Parce que « soit ils n’agissent pas et sont comptables de toute réalisation du risque, soit ils prennent la menace au sérieux et s’exposent à l’écueil inverse : se voir reproché d’avoir surréagi ».
Nos pouvoirs publics ont-ils « surréagi » face à l’annonce d’une pandémie dont le vecteur pouvait être si variant (le vaccin 2008-2009 contenait 2 souches A : H1N1 et H3N2 et 1 souche B) qu’il nécessiterait peut-être 2 injections au lieu d’une en saison normale de grippe, le « très important dispositif mis en place contre la pandémie » -qui n’avait chez nous qu’un caractère épidémique) se justifiait-il alors que cette grippe a touché (seulement) 3 millions de personnes et causé 269 décès (seulement ?) en France à mi-janvier- ?
Conclusion du sénateur About : « Or le virus s’est révélé beaucoup moins virulent qu’on aurait pu le craindre et la campagne de vaccination n’a pas rencontre le succès escompté : les décisions prises se sont donc trouvées invalidées par les faits ». Le sénateur conclut : « Nous ne vous blâmons pas d’avoir pris ces décisions ».
Quelles leçons tirer de tout cela ? Les parlementaires veulent la transparence des décisions, sur le rôle de l’OMS et des comités d’experts incitant à commander 94 millions de doses, « dont 88 millions sont toujours inutilisées », dont toutes n’ont pas été livrées et à sur-stocker antiviraux et masques. Bref : combien cela coûte, quels sont les accords avec les laboratoires, quelles leçons tirer de tout cela ?
Comme d’autres pays (à qui il reste aussi des stocks inutilisés), la France a décidé de mener une vaste campagne de vaccination car « cette grippe avait une typologie différente de celle des autres grippes », donc l’offre du nouveau vaccin devait être large. Mais ce choix de stratégie « s’explique par une raison technique mais aussi par une raison éthique », dit Madame Bachelot.
Sur le plan éthique « nous nous sommes référés à l’avis n° 106 du Comité consultatif national d’éthique, selon lequel, au nom du principe de l’égalité républicaine, dans le cadre d’une pandémie grippale, tous nos concitoyens qui le souhaitent doivent pouvoir être vaccinés ».
Sur le plan technique « les autorités sanitaires nationales et internationales nous ont indiqué qu’il s’agissait d’une vaccination à deux doses mais que, à l’évidence, certaines personnes n’allaient recevoir qu’une seule dose : en tenant compte d’un taux d’attrition de 25 %, nous avons donc acheté 94 millions de doses ».
Ce n’est en fait que fin novembre que les autorités sanitaires européennes et internationales ont fait savoir qu’une seule dose vaccinale suffisait à établir l’immunité spécifique, ce qui a conduit la France à résilier une commande de 50 millions de doses.
Bilan à mi-janvier : 5,5 millions de doses utilisées, 10 millions de doses offertes à l’OMS sur 44 millions de doses. Il reste environ 25 millions de doses utilisables, et que l’on va utiliser, car la vaccination contre le virus A/H1N1 est toujours d’actualité, au moins jusqu’au septembre - jusqu’à l’apparition de la grippe de la saison.
« Le risque pandémique est toujours là et nos compatriotes doivent se faire vacciner car c’est la meilleure technique de prévention », conclut la Ministre de la Santé. La vaccination anti-pandémique est désormais confiée aux médecins traitants. Car comme dit le Dr Keiji Fukuda, conseiller spécial de l'OMS pour la grippe pandémique, « Nous espérons, c'est que le pire est derrière nous », ce que devrait déterminer un Comité d'urgence de l’OMS à la fin de ce mois, pour déterminer une éventuelle nouvelle stratégie de l’OMS si une seconde vague s’annonce ou si la situation redevient analogue à celle d’une grippe saisonnière.
Source : Journal Officiel, « Compte rendu intégral », 14/1/2010, n° 3 S, mise en ligne : Claire Tancrède, Santé log, le 17 février 2010
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Cette actualité a été publiée le 17/02/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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