H1N1 : BEAUCOUP TROP de QUESTIONS SANS RÉPONSE selon le Sénat
Actualité publiée le 08-08-2010
Sénat
La grippe à A/H1N1, « première pandémie du XXIe siècle », a fait l’objet, on le sait, d’une enquête d’une commission apolitique spéciale du Sénat, présidée par François Autain (CRC-SPG, Loire-Atlantique), Alain Milon (UMP, Vaucluse), rapporteur. Les réflexions initiales sur les « experts » consultés par l’OMS sont intéressantes : qui sont-ils, on ne connaît pas leur identité ni leur affiliation, sur quelles bases la nouvelle épidémie, de nature pandémique, a-t-elle suscité le conseil de prévoir une double vaccination, à quelques semaines d’intervalle, pour obtenir une immunité suffisante, on ne le sait pas non plus.
Il est vrai, comme le soulignait un épidémiologiste au milieu de l’épidémie qu’on ne sait jamais à l’avance quelles seront les conséquences pour la santé humaine d’un nouveau virus, du moins pour une partie de la population née postérieurement à la précédente présence de ce virus dans un pays… Car les virus grippaux finissent par réutiliser les formules anciennes, parfois avec une légère variante (pas toujours délétère). Néanmoins, par principe de précaution, les experts ont prédit le pire - même certains de nos épidémiologistes… mais les Français ont la mémoire courte…
Pourquoi autant de doses ? Des parlementaires ont voulu savoir notamment pourquoi notre gouvernement avait commandé autant de doses de vaccin spécifique. La commission d’enquête du Sénat a donc procédé, entre le 23 mars et le 30 juin, a auditionné une soixantaine de personnalités et a effectué 5 déplacements en Europe.
Pourquoi les Etats ont-ils perdu leur libre arbitre face à l’OMS ? quand l’OMS annonce et recommande, certains pays qui y sont affiliés ne conservent-ils pas leur libre arbitre, comme rester au niveau 5 de pandémie quand l’OMS décrète le niveau 6 (maximum) qui est un critère géographique : le virus est présent dans le monde entier.
Quel rôle exact ont joué les labos ? Question, posée pour la première fois depuis le temps que l’OMS pilote la gestion internationale des épidémies (un précédent réussi : le SRAS) : quel a été le rôle des firmes pharmaceutiques dans la gestion de la grippe A/H1N1 par elle-même et certains gouvernements, dont le nôtre. Chez nous, les experts, de tous temps consultés par les laboratoires, ont connu la suspicion. Les sénateurs souhaitent une amélioration de la gestion des conflits d'intérêts : les Etats doivent y aider, avec des moyens évitant leur dépendance supposée aux financements privés (certains médias ont tenu des propos quasi diffamatoires à ce sujet).Les sénateurs notent que la .pandémie attendue de grippe A/H5N1 aviaire est devenue grippe A/H1N1/v (v pour variant), à laquelle ont été adaptées les réponses préparées pour H5N1, l’OMS incitant depuis 1999 les pays membres à prévoir un Plan Pandémie grippale. D’où constitution de stocks d’antiviraux et de masques pour près de 600 millions d’euros en janvier 2009. L’Union européenne (avec l’ECDC) a coordonné l’échange d’informations et défini une procédure accélérée d’AMM des vaccins pandémiques ( !). La commission d’enquête estime indispensable, même si c’est difficile, que la définition de pandémie intègre à l’avenir un critère de gravité. A revoir donc…
Mais aussi 38 propositions : Le rapport de la commission d’enquête, adopté à l’unanimité, fait aussi 38 propositions mais formule aussi de nombreuses critiques.
· Un défaut d’organisation de l’expertise sanitaire, son éloignement des réalités du terrain, ont favorisé l’expression d’une pensée unique et conduit à une forte surestimation du risque pandémique (d’après les messages de l’OMS !) qui, jointe à une insuffisante transparence sur les liens d’intérêt des experts avec l’industrie pharmaceutique, a été l’occasion d’une remise en cause sévère de l’expertise publique par l’opinion.
· Une stratégie vaccinale figée par des contrats déséquilibrés et rigides, qui ont imposé au gouvernement des achats démesurés L'impossibilité de réviser les contrats en fonction de l’évolution du schéma vaccinal, la prise en charge par l’Etat des conséquences éventuelle de produits défectueux, les calendriers de livraison purement indicatifs, les limitations de la responsabilité contractuelle des fournisseurs sont particulièrement problématiques.
· La commission d’enquête préconise de renforcer la qualité de l’expertise sanitaire française (affranchie de l’OMS ?) en aménageant son organisation, son ouverture à d’autres disciplines et à la médecine de terrain (généralistes notamment), et la transparence des conflits d’intérêts.
Source : Service de communication du Sénat, mise en ligne Maurice Chevrier, Santé log, le 9 août 2010 (Vignette Biondvax, visuel CDC)
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Cette actualité a été publiée le 08/08/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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