H1N1 : Le virus développe de nouvelles astuces pour être (encore) plus virulent
Actualité publiée le 08-08-2010
PLoS Pathogens
Le virus de la grippe, les scientifiques le savent bien, est un organisme rusé, à géométrie variable, en constante évolution et perpétuelles ruses pour se jouer du système immunitaire de l'hôte. Il est capable de faire le saut d'une espèce, comme les oiseaux, à l'autre, comme les mammifères par exemple. La prestigieuse revue PLoS Pathogens (Public Library of Sciences Pathogens), publie, au 5 août l’étude menée par une équipe internationale de scientifiques, financée principalement par les US National Institutes of Health, qui démontre que le virus de la récente pandémie de grippe H1N1 a développé de nouvelles astuces biochimiques pour tenter de se transmettre plus efficacement chez l'homme.
Ces nouveaux travaux élargissent le répertoire de facteurs connus du virus de la grippe pour détourner une cellule hôte et amplifier l'infection chez les mammifères, y compris les humains.Cette recherche apporte non seulement un nouvel aperçu de la biologie subtile de la grippe, mais elle révèle également un autre marqueur génétique que les responsables de santé publique pourraient utiliser pour prévoir de nouvelles « pandémies ».
"Nous avons trouvé pourquoi le virus pandémique H1N1 se reproduit si bien chez les humains», explique Yoshihiro Kawaoka, un des experts mondiaux de la grippe, professeur de sciences biologiques à l’Ecole de médecine de l'Université du Wisconsin. Rappelons que le virus de la grippe H1N1 a touché 34 millions d'Américains et causé quelques 6000 morts aux Etats-Unis qui restent marqués par cette récente pandémie. Le virus H1N1, explique le Pr. Kawaoka, est en réalité une combinaison de quatre souches différentes, qui ont émergé ces 90 dernières années, et comprend même les résidus génétiques du virus de la pandémie de 1918, une grippe qui a tué jusqu'à 20 millions de personnes.
En règle générale, la présence de deux acides aminés - la lysine et l’asparagine – situées dans des sites spécifiques sur une protéine aviaire clé sont nécessaires pour que le virus fasse le saut à partir d'un hôte animal et se reproduise efficacement dans les cellules humaines. Le virus H1N1 ne présente pas 2 de ces blocs d'acide aminé, ce représente un véritable casse-tête pour les scientifiques. La nouvelle étude constate que l'acide aminé « lysine » réside sur un site complètement différent sur la protéine et est responsable de la capacité du virus H1N1 à s'adapter et à coopter les cellules humaines. "Le dernier virus H1N1 présente cette mutation et c'est pourquoi il peut se répliquer si bien chez les humains», explique le Pr. Kawaoka. C’est un nouveau marqueur pour prévoir la possibilité de pandémies de grippe à venir."
Une protéine connue sous le nom H1N1 PB2, qui provient d'un virus aviaire est également décryptée dans ce dernier numéro de la revue PLoS Pathogene. Ces données structurelles, expliquent le chercheur, donnent un aperçu essentiel de la façon dont le virus interagit avec la cellule hôte, et peuvent aussi aider à fournir une base de développement d’agents antiviraux utilisables pour contrer un virus de grippe à venir. «De toute évidence, la structure du virus et son interaction avec les cellules hôtes peuvent nous aider à mieux comprendre l'interaction entre le virus et l'Homme."
Selon un expert de la SSCGID (Seattle Structural Genomics Center for Infectious Disease- Washington), ces données structurelles révèlent également des changements dans la forme de la surface de la protéine du virus aviaire H1N1 qui peuvent contrecarrer les défenses immunitaires chez l’Homme. "En déterminant la structure tridimensionnelle de cette protéine, nous avons de nouvelles informations qui peuvent être utilisés pour développer de nouvelles interventions contre cette maladie mortelle». À ce jour, le SSCGID a déterminé la structure plus de 200 protéines à partir d'un certain nombre d'infections bactériennes, virales, fongiques ou pathogènes.
Sources : NIH, « H1N1 flu virus used new biochemical trick to cause pandemic », PloS Pathogens, mise en ligne Yann-Mickaël Dadot, Santé log, le 8 août 2010
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Cette actualité a été publiée le 08/08/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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