H1N1 : L’InVS tente d’expliquer les écarts entre l’estimé et l’observé.
Actualité publiée le 05-07-2010
BEH
Immunité préexistante d’une partie importante de la population, stabilité du virus, fréquence des formes asymptomatiques contribuant à l’immunité collective, efficacité des antiviraux et du système de soins, l’InVS explique que la probabilité de la conjonction de tous ces éléments était très faible au début de l’épidémie. L’Institut de veille sanitaire (InVS) dresse, 3 mois environ après la fin de l'épidémie, le bilan de la grippe pandémique à virus A/H1N1 qui a touché la France entre mai 2009 et mars 2009, avec une vague épidémique de 10 semaines. Epidémie précoce (par rapport à la grippe saisonnière classique), qui a touché 24 % de la population métropolitaine. On s’attendait à beaucoup plus. L’InVS tente d’expliquer ces écarts entre l’estimé et l’observé.
« Ce constat rassurant… ne doit cependant pas occulter une gravité particulière chez certaines personnes », souligne Françoise Weber, directrice générale de l’InVS (1). Ceci faisant allusion à un nombre d’hospitalisations et d’admissions en réanimation très supérieur à celui observé habituellement en période de grippe saisonnière dans toutes les tranches d’âge, mais de manière plus importante chez des sujets jeunes et sans facteurs de risque.
Ainsi, les cas de grippe fulminante, caractéristiques des nouveaux virus grippaux, étaient particulièrement fréquents alors qu’ils ne sont quasiment pas observés lors des grippes saisonnières. Donc une épidémie peu grave pour le plus grand nombre (dont une majorité de non vaccinés), mais plus sévère pour une partie des sujets touchés, une population beaucoup plus jeune par rapport à celle qu’atteint la grippe saisonnière.
En fait, on évoque une immunité préalable d’une grande proportion de la population - A/H1N1 a déjà circulé à plusieurs reprises ces 60 dernières années -, des formes souvent asymptomatiques permettant une immunisation de la population, la disponibilité et l’efficacité de la pharmacopée antivirale (indisponible il y a 50 ans), un système de soins en alerte avec le Plan National Pandémie, résultant d’une stratégie mise en place ces 20 dernières années : la veille sanitaire. Elle ne dit pas comment sera la grippe (pandémique, grave, sujets-cibles) mais permet la mise en place d’un plan de préparation et d’envisager, entre autres mesures sanitaires, .une vaccination de masse, que la population peut refuser pour des raisons qui ne sont pas toutes logiques!
On retiendra donc ce que tous les observateurs ont constaté : « une pandémie peut être tout à fait bénigne dans la majorité de la population mais se révéler d’une gravité particulière dans certains de ses sous-groupes, porteurs ou non de facteurs de risque », dit Françoise Weber.
Une communication délicate : Une situation difficile à faire percevoir et comprendre aux Français, professionnels de santé comme usagers de santé, « malgré les efforts de communication et de transparence des autorités ». Pourquoi ? Peut-être le biais qu’a constitué la comparaison avec la grippe saisonnière, habituellement assez bien encadrée… en apparence (moyenne de 6.000 décès annuels). La grippe A/H1N1 n’est jamais apparue aussi grave que le SRAS ou la méningite, par exemple…Le terme de pandémie – critère géographique qui ne préjuge pas de la gravité d’une maladie, qui s’évalue une fois installée dans un pays (2) – a exprimé une gravité en l’occurrence limitée – le critère de gravité qu’est l’incidence, généralement retenu par la population (forte proportion de la population touchée) n’étant pas là non plus rempli.
Une vague plus précoce que la vague saisonnière : La vague pandémique a duré environ 10 semaines (à partir de fin octobre 2009), plus précoce que la vague habituellement observée lors des épidémies grippales saisonnières des 10 dernières années, note l’étude présentée par plusieurs auteurs (3) impliqués dans la veille et la caractérisation des grippes : InVS, réseaux GROG et Sentinelles, Centres nationaux de référence des virus Influenza. Ils renchérissent sur le fait que « si la mortalité liée à la grippe A/H1N1/2009 apparait limitée, le profil des cas graves et des personnes décédées de la grippe a été modifié et a concerné majoritairement des personnes âgées de moins de 65 ans ». Celles qui n’avaient pas déjà été confrontées avec A/H1N1 par le passé...
« La première vague de cette pandémie, que l’on peut maintenant qualifier de gravité limitée, nous apporte donc une expérience précieuse non seulement en matière épidémiologique et virologique, mais aussi en sciences humaines et sociales. Toutes ces disciplines devront être dès maintenant mobilisées pour un solide retour d’expérience, afin d’améliorer les dispositifs de préparation et de mise en œuvre des mesures de contrôle et de prévention », explique Françoise Weber.
Source : InVS, juin 2010, mise en ligne : Maurice Chevrier, Santé log, le 5 juillet 2010 (Vignette Biondvax)
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(1) Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) n° 24-25-26, 29/6/2010
(2) Confusion entendue dans un journal télévisé une personne est morte de la grippe pandémique…
(3)Sophie Vaux (InVS) et coll. Dynamique et impact de l’épidémie A/H1N1/2009 en France métropolitaine, 2009-2010. BEH n° 24-25-26, 29/6/2010
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Cette actualité a été publiée le 05/07/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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