H1N1 : S'ORIENTE-T-ON VERS UN "GRIPPE GATE" ?
Actualité publiée le 31-10-2009
Politique et santé
Le gouvernement est critiqué pour sa stratégie vaccinale, l’intention de vaccination est au plus faible et les sommes engagées dépassent le milliard d’euros. Contrats de commande de vaccins qualifiés d’«opaques », conflit d’intérêts, dramatisation de la campagne de vaccination, gâchis ou surplus de vaccins, homologation « en direct », autant de questions posées ces derniers jours dans les medias et en particulier par le magazine Le Point…
La France fait partie des pays qui ont commandé une très grande quantité de doses de vaccins anti H1N1 : Le Canada, les Pays-Bas, la Grèce et Israël ont commandé suffisamment de vaccins pour couvrir l’ensemble de leur population par une vaccination de masse. La France viendrait ensuite, avec ses 94 millions de doses, sur la base d’une vaccination en deux injections-ce qui ne sera probablement pas le cas, l’OMS venant de recommander dans le dernier rapport de son Comité d’experts (SAGE) la vaccination par une seule injection-.
Une bonne partie de l’opinion publique et des professionnels de santé reste peu convaincue par la vaccination – selon le dernier sondage Ifop, seulement 17% des Français envisagent de se faire vacciner - et critique sur les budgets mis en jeu, au total plus d’1 milliard d’euros, justifiée par une communication des autorités sanitaires jugée soit trop alarmiste au regard des dernières données épidémiologique, soit trop « opaque », c’est ce qui fait l’actualité politique de ces derniers jours.
Des contrats qualifiés d’«opaques » : Jeudi 28 octobre, le député Gérard Bapt, rapporteur spécial du budget de la Sécurité sociale, interpellait la ministre de la santé Roselyne Bachelot sur les contrats de commandes de vaccins, « après avoir trouvé porte close au ministère de la Santé, où il voulait vérifier les contrats sur les commandes de vaccins anti H1N1 ». Le président PS de la commission des Finances, Didier Migaud, a rappelé "qu'un rapporteur spécial n'avait pas besoin de prendre rendez-vous, sinon le contrôle sur place et sur pièce de façon inopinée n'aurait plus de sens". L'en empêcher "est un délit", a-t-il précisé.
Selon le magazine Le Point qui aurait du saisir la Commission d'accès administratif (CADA), pour recevoir les contrats de commandes de vaccins,
Manque le contrat Baxter : Le contrat passé avec le laboratoire Baxter resterait incommunicable, le laboratoire n’ayant pas encore transmis son consentement préalable écrit, justifie l'établissement de Préparation et de Réponse aux Urgences Sanitaires (EPRUS),
« Gommage » de clauses : Concernant les 3 autres contrats passés avec Sanofi-Pasteur, Novartis et GSK, de nombreuses clauses auraient été gommées, en particulier celles relatives aux conditions financières des accords.
Ecarts de prix: Des écarts de prix conséquents entre les vaccins commandés sont constatés : 6,25 € la dose du vaccin Sanofi-Pasteur, 7 € GSK, 9,34 € Novartis et 10 € Baxter,
Absence de pénalité de retard pour Novartis : Enfin, dans le cas du contrat passé avec Novartis, le laboratoire n'encourrait aucune pénalité de retard s'il livre les vaccins en dehors du calendrier prévu par l'État à cause de difficultés rencontrées dans la production ou lors des essais cliniques. On comprend le communiqué très récent de Novartis qui assure tout mettre en œuvre pour respecter ses délais.
Conflit d’intérêts : Le Groupe d'Expertise et d'Information sur la Grippe (GEIG) "qui a pour vocation d'informer le public sur la grippe et sa prévention", a pour président du conseil scientifique, le Pr Bruno Lina, virologue, membre du comité de lutte contre la grippe A et, surtout, expert auprès du ministère de la Santé et sollicité récemment par la Ministre de la santé pour exposer le risque pandémique. Or les actions du GEIG sont financées par les 5 laboratoires pharmaceutiques partenaires distributeurs de vaccins antigrippaux sur le marché français: GlaxoSmithKline, Sanofi Pasteur MSD, Pierre Fabre Médicament, Solvay Pharma, Novartis Vaccines France.
Une communication autour de la campagne de vaccination critiquée : Le député Jean-Marie Le Guen, médecin, président du Conseil d’Administration de l'AP-HP, a qualifié jeudi 29 octobre, la campagne vaccinale contre la grippe H1N1 comme "un gigantesque bide » lié à une politique gouvernementale construite sur "l'exagération". Jean-Marie Le Guen a donc demandé la création d'une mission parlementaire sur ce dossier…
Sur le « surplus » de vaccins : Roselyne Bachelot répondait lors de sa dernière conférence de presse à cette objection attendue, mais, si la vaccination passe sous forme de dose unique, que fera-t-on de nos 94 millions de vaccins ? Des dons, comme cela a déjà été prévu avec l’OMS. D’autre part, 80% de la valeur des commandes correspondant aux adjuvants, ceux-ci pourront être utilisés avec de nouveaux vaccins, a précisé la Ministre.
Mais sur les dons de vaccins à l’OMS : l’opinion publique s’est étonnée de l’absence de déclaration des autorités sanitaires et du caractère tardif de l’information, publiée par le gouvernement américain.
Une interrogation sur l’homologation des vaccins, en France : Roselyne Bachelot, entourée de Didier Houssin (DGS) et Jean-Marimbert (Afssaps) confirmait, il y a quelques jours, lors du lancement de la campagne de vaccination, la délivrance directement par l’Afssaps de l’autorisation de mise sur le marché d’un nouveau vaccin anti H1N1, sans adjuvant, dont l’homologation ne passerait pas par le CHMP de l’Agence européenne du médicament (EMEA). Ce vaccin donc sans adjuvant serait destiné en priorité aux femmes enceintes…Pourquoi cette « homologation directe » ?
Mise en ligne Alexis Yapnine, Santé log, le 30 octobre 2009
Lire aussi :
NOUVEAU VACCIN H1N1 : l’AFSSAPS "court-circuite" l’Agence européenne du médicament -GRIPPE A/H1N1 : 94 millions de vaccins, 64 millions d’habitants, 75% de couverture vaccinale –
GRIPPE A/H1N1 : QUI VEUT DES VACCINS ? -
Lien vers Le Point
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Cette actualité a été publiée le 31/10/2009 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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