Obtenir la même observance pour les conseils de vie saine que pour les médicaments chez le patient hypertendu pris en main par son médecin traitant : il y a largement de la place pour faire mieux, dit le Dr M. Hamer, médecin épidémiologiste et de santé publique britannique (University College, Londres). Ces mesures hygiéno-diététiques universelles ont un impact thérapeutique reconnu chez l’hypertendu recevant par ailleurs un médicament, et plus généralement dans la prévention du risque cardiovasculaire global. Des recommandations publiées par le Journal of Human Hypertension.
Il est bon de rappeler en permanence aux patients peu « observants » (observance : respect des prescriptions du médecin) de ces règles de base que la prévention ce n’est pas ce qu’on leur fait faire faute de mieux. Le traitement global, c’est préventif+curatif.
Ainsi on conseille aux hypertendus de perdre leur poids en trop, de réduire leur consommation d’alcool et de sel, d’arrêter de fumer et de se consacrer à une activité physique régulière. Dans le programme américain DASH (Dietary Approaches to Stop Hypertension), qui comporte notamment une restriction du sel, on montre que les modifications des habitudes de vie (vers le raisonnable !) contribue à abaisser la pression artérielle et le risque attaché aux facteurs… de risque.
A notre époque il est plus facile de prendre des comprimés ou des gélules que de suivre les conseils d’hygiène de vie, le curatif l’emporte sur le préventif… alors que les deux agissent en synergie. Par ailleurs, au Royaume Uni comme en France, l’observance (adherence) du patient hypertendu pour les conseils de bon sens du médecin est « pauvre », dit le Dr Hamer. Exemple : dans une enquête de santé britannique chez des hommes et des femmes à partir de 50 ans, l’English Longitudinal Study of Ageing, les participants ayant une HTA traitée étaient moins fumeurs que les non hypertendus, mais étaient de forts consommateurs d’alcool et n’avaient pas d’activité physique.
Diverses études constatent chez les hypertendus une plus forte proportion d’obèses, de fumeurs et de sédentaires, avec de mauvaises habitudes alimentaires. Dans l’enquête de population NHANES (National Health and Nutrition Examination Study), on constate que moins de 20 % des hypertendus respectent les conseils du programme diététique DASH, ce que les enquêteurs attribuent à des « tendances séculaires », c’est à dire des mauvaises habitudes de génération en génération… Néanmoins, selon des observations récentes, il semble que les hypertendus auxquels on a annoncé leur hypertension ont plus tendance à adopter les recommandations diététiques courantes que ceux qui ne le savent pas encore, mais la différence semble minime.
Quant aux autres mesures de prévention (tabac, activité physique), c’est quasiment 50/50. La question est : jusqu’à quand l’observance ? Car l’HTA n’est pas un facteur puissant de changement d’habitudes – voila pourquoi le Dr Hamer, comme ses confrères français ou américains, pense qu’il y a de la place pour obtenir mieux des patients hypertendus… à condition qu’ils prennent leur HTA au sérieux. Ce qui n’est pas toujours le cas, a montré une étude française de leurs différentes typologies (S. Consoli).
Vouloir imposer (en douceur) de nouvelles règles d’hygiène de vie n’est pas sans difficulté pour un professionnel de santé, car il doit tenir compte du niveau d’éducation du patient, des influences sociales et culturelles qu’il a subies (voire de son ethnie), de la qualité (ou non) de l’éducation thérapeutique qu’il a reçue jusque là, de sa perception du risque HTA et facteurs associés…
On n’est jamais sûr que les conseils donnés seront suivis. On sait aussi que dès prescription d’un antihypertenseur, les dits conseils apparaissent moins importants au patient. Egalement il y a encore des prescriptions de médicament sans conseils associés… bien qu’on ait des preuves de la synergie préventif/curatif. Il faut enfin tenir compte des co-morbidités. Exemple un hypertendu dépressif a tendance à fumer beaucoup, un rhumatisant a du mal à respecter un programme d’activité physique.
Prescrire une hygiène de vie est autant de la cardiologie que de la médecine comportementale…
Source : Journal of Human Hypertension 2010;24:559–560. « Adherence to healthy lifestyle in hypertensive patients: ample room for improvement ? », mise en ligne Maurice Chevrier, Santé log, le 6 septembre 2010 (Visuels Roche)
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