IVERMECTINE contre POUX : Pourquoi ne pas banaliser cet antiparasitaire tropical
Actualité publiée le 12-03-2010
Résistance
L’Ivermectine doit rester un traitement alternatif, et non de remplacement. L’engouement médiatique pour « un médicament à avaler efficace contre les poux » nécessiterait rapidement une mise en garde de la HAS ou de l’AFSSAPS pour que l’ivermectine n’en vienne pas à constituer le seul traitement contre les poux chez les enfants d’âge scolaire. La publication d’une étude de médecins et chercheurs cliniciens français (hospitaliers et INSERM), associés à 2 équipes britanniques et 1 équipe allemande (1), dans le New England Journal of Medicine a permis la redécouverte par les médias de l’ivermectine, un antiparasitaire utilisé depuis de longues années contre les maladies tropicales telle la redoutable onchocercose.
Sur le fond, l’étude d’Olivier Chosidow et coll. est intéressante, même si les armes ne sont pas égales... En effet, elle montre une supériorité de l’ivermectine per os (400 microgrammes par kg de poids) sur une lotion capillaire anti-poux courante, le malathion (dosage 0,5 %). On connaît les limites des lotions en application topique (malathion, pyréthroïdes), qui doivent s’accompagner de mesures d’hygiène capillaire parfois négligées, tandis que sur le plan épidémiologique, on sait que les enfants d’âge scolaire sont à risque de pédiculose – une affection comme bien d’autres de la vie en collectivité marquée par une contagiosité élevée.
L’ivermectine est un antiparasitaire agissant (famille des avermectines) qui agit en bloquant la neurotransmission dans le système nerveux central des invertébrés. Mais l’INSERM met en garde : si les lotions anti-poux classiques restent efficaces dans nombre de cas, on note de plus en plus de résistance de divers parasites aux traitements (autre cas : le paludisme). Comme les bactéries pour les antibiotiques, les parasites bénéficient de mutations génétiques sous la pression des antiparasitaires courants, tels malathion ou pyréthrine contenus en lotion capillaire.
Résistance chez les poux : En ce qui concerne la pyréthrine, des mutations d’acides aminés impliqués dans la voie des canaux sodium dépendants au niveau du système nerveux central des poux ont été identifiées et sont responsables de ces résistances. L’apparition de nouvelles formes de résistance semble être en constante augmentation et les épidémies de poux de plus en plus difficiles à traiter et éradiquer. D’où la nécessité de trouver de nouvelles alternatives thérapeutiques.
Quel est le bilan de cette étude… originale ? Un score : ivermectine : 95, 2 %, malathion : 85 %... selon que les 812 patients, sélectionnés dans 376 familles, avaient été traités avec l’une ou l’autre, le « juge de paix » étant l’absence de poux au bout de 15 jours de traitement. Le traitement s’est déroulé en 2 phases d’une semaine. Lors de la première, le score était ivermectine 97,1 %, malathion 89,8 %.
Précision : dans les familles, les patients sélectionnés n’avaient pas réussi à éradiquer leur pédiculose avec les traitements classiques utilisés de 2 à 6 semaines avant leur entrée dans l’étude. Ce n’étaient pas des patients sciemment contaminés pour l’étude !
La conclusion, telle qu’on la lit dans l’article du NEJM est celle-ci : Pour des infestations par poux de tête difficiles à traiter, l’ivermectine orale, donée deux fois à 7 jours d’intervalle, a une efficacité supérieure comparativement à une lotion malathion topique à 0,5 %, un constat qui suggère qu’elle pourrait constituer un traitement alternatif.
C’est un traitement alternatif, et non de remplacement des produits couramment utilisés, et par ailleurs il doit être envisagé que dans les infestations difficiles traiter par ces produits courants qui, dans la plupart des cas, ne déméritent pas… à condition d’être accompagnés de certaines mesures d’hygiène capillaire et… publique… parfois négligées. Ne pas céder à la facilité au risque de voir apparaître une résistance à l’ivermectine de nos poux français !
Sources: INSERM; NEJM 2010;10:896-905 : Oral Ivermectin versus Malathion Lotion for Difficult-to-Treat Head Lice. Olivier Chosidow, M.D., Ph.D., Bruno Giraudeau, Ph.D., Jeremy Cottrell, M.S., Arezki Izri, M.D., Robert Hofmann, M.D., Ph.D., Stephen G. Mann, M.D., and Ian Burgess, Ph.D. , mise en ligne par Yann-Mikael Dadot, Santé log, le 12 mars 2010 (Carte OMS).
(1) Recherche associant AP-HP (Hôpitaux Henri Mondor et Avicenne) et INSERM (U 738 Modèles et méthodes de l’évaluation thérapeutique des maladies chroniques et CIC 202, Tours). olivier.chosidow@hmn.aphp.fr
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Cette actualité a été publiée le 12/03/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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