L’ACADEMIE DE MEDECINE ET LES RISQUES DU PORTABLE
Depuis 15 ans, le risque potentiel du téléphone portable est l’objet d’études, expérimentales (sur l’animal, cultures cellulaires, végétaux) ou épidémiologiques (études cas-témoins), rappelle l’Académie nationale de médecine, dont on attendait la mise au point, à la suite de la résurgence de données évoquant les risques de l’usage du portable.
L’étude internationale Interphone est en cours car la plupart des études épidémiologiques ont été jusqu’ici peu informatives : peu de cas pathologiques suspectés, faible recul dans le temps - il faut de 10 à 15 ans pour voir apparaître un éventuel effet cancérigène.
En outre, l’incertitude sur l’exposition au rayonnement est due au fait que les utilisateurs ont du mal à se rappeler l’usage qu’ils faisaient du portable 5 ou 10 ans auparavant !
Interphone, menée dans 13 pays, a une forte puissance statistique : 6 600 tumeurs (2 700 gliomes, 2 400 méningiomes, 1 100 neurinomes de l’acoustique, et 400 tumeurs de la parotide (glande salivaire). Des résultats partiels pour l’instant rassurants ont été publiés : Danemark, Suède, Norvège, Japon, Allemagne, Grande-Bretagne, France.
Les études des neurinomes de l’acoustique ne montrent pas d’augmentation du risque, mais l’incertitude doit être levée pour les utilisateurs depuis plus de 10 ans. Les études des méningiomes ne montrent pas d’augmentation du risque. Aucune étude des gliomes ne montre de risque significatif mais le groupement des études anglaises et nordiques montre un risque relatif de 1,39, à peine significatif (intervalle de confiance à 95% : 1,01–1,92) pour une utilisation supérieure à 10 ans du même côté que la tumeur. L’étude France n’a pas montré d’excès de risque statistiquement significatif et ne suggère un risque que pour un usage de 10 ans ou plus.
Pourtant, selon l’Académie, même Interphone n’échappe pas à de sérieuses réserves : il serait donc important que la communauté scientifique puisse vérifier la validité de la méthode d’enquête utilisée
Pour l’Académie « inquiéter l’opinion (…) relève de la démagogie mais en aucun cas d’une démarche scientifique ». Ainsi, on ne peut pas affirmer qu’un risque existe, qu'il favorise l'apparition de cancers en cas d'exposition à long terme et en même temps qu’il n'y a pas de preuve formelle de la nocivité du portable. Conclusion : « le principe de précaution ne saurait se transformer en machine alarmiste, surtout quand plusieurs milliards de portables sont utilisés dans le monde sans conséquences sanitaires apparentes depuis 15 ans ».
L’Académie de médecine recommande « d'évaluer sérieusement les risques (…) en privilégiant (…) une grande étude inattaquable sur sa méthodologie (…) plutôt que de nombreuses études de moindre envergure dotées de moyens et d’une puissance statistique insuffisants ».
Source : Service de la Communication, Académie nationale de médecine
Auteur: Jean-Marie Manus, Conseiller à l'information Santé Publique Santé log
Publié le 17 juin 2008
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