LA SOUFFRANCE AU TRAVAIL, une réalité pour 30% des français
Actualité publiée le 15-09-2009
Santé au travail
Les liens entre des expositions professionnelles psychosociales et une altération de la santé mentale ne sont plus à démontrer. Si les derniers actes désespérés et successifs, intervenus chez France Telecom, rappellent que la prévention de la violence psychologique au travail doit, en particulier en période de crise, faire partie aussi, des priorités de santé publique, le mal-être « au travail » est aujourd'hui une réalité pour 24 % des hommes et 37 % des femmes. Le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), édité par l’institut de Veille Sanitaire (InVS) était revenu sur cette actualité et une nouvelle approche de prévention, Aprand, qui permet d’améliorer leur prise en charge des troubles anxieux « professionnels ». Point sur les différentes données.
En France, des données sont d’ores et déjà disponibles pour permettre un premier diagnostic de ce phénomène et identifier certaines catégories professionnelles ou secteurs d’activité plus particulièrement fragilisés. Ce n’est qu’une première étape dans une démarche globale de santé publique. Des actions de prévention primaire ou secondaire devraient pouvoir être recommandées et sont d’ores et déjà programmées dans le plan national d’actions coordonnées de la CNAMTS au sein duquel, les risques psycho-sociaux (RPS) sont un des 4 axes prioritaires.
Etude : Le programme de surveillance Samotrace, développé par l’InVS, porte sur l’étude des liens entre des symptômes de santé mentale et l’environnement psychosocial au travail.
Il porte sur un échantillon de 6 056 salariés dont 57 % d’hommes, surveillé par 110 médecins du travail dans les régions Centre et avoisinantes. La santé mentale a été explorée par un questionnaire de référence, « le General Health Questionnaire (GHQ28) ».
- La prévalence du mal-être est de 24 % chez les hommes et 37 % chez les femmes.
- Le déséquilibre effort/récompense et le surinvestissement au travail sont significativement associés au mal-être, quel que soit le sexe.
- Le mal-être est aussi associé à l’exposition à des violences physiques ou psychologiques au travail
- Les employés et les professions intermédiaires sont les plus touchées.
- Les secteurs de la finance, de l’administration publique, de la production et distribution d’électricité gaz et d’eau sont les plus sensibles.
- Alcool : Les problèmes d’alcool sont essentiellement masculins (10,4 % d’hommes versus 2,3 % des femmes).
- La tension au travail concerne 35 % des hommes et 41 % des femmes.
Equilibre professionnel : Le modèle de Karasek repose sur la notion d’équilibre entre la « demande psychologique » qui est associée à la réalisation des tâches (quantité, complexité, contraintes dans le temps, etc.) et la « latitude décisionnelle » dont l’autonomie, la participation aux décisions, l’utilisation des compétences du salarié.
Karasek a montré que l’association d’une forte demande psychologique et d’une faible latitude décisionnelle (ou job strain) représente un risque pour la santé physique et psychique. Il nous apporte aussi une estimation des taux de la population active française touchés par le « job strain », pour 3 grandes pathologies, la santé mentale comme la dépression ou l’anxiété, les maladies cardio-vasculaires (MCV) et les troubles musculo-squelettiques (TMS). Là encore, la prévalence d’exposition au job strain est estimée à 19,6 % pour les hommes et 28,2 % pour les femmes. 31,1 % des cas de problèmes de santé mentale sont attribuables au job strain et entre 10,6 et 23,7 % pour les femmes.
Prévention : Le programme Aprand (Action de prévention des rechutes des troubles anxieux et dépressifs) lancé en 2000 a pour objectif d’explorer la possibilité d’améliorer leur prise en charge, par un programme de détection et de promotion de la santé en consultation médicale.
La prise en charge de l’anxiété consiste en une explication des troubles détectés, une remise du résultat du test, une remise de dépliant basé sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la sante (OMS) et une forte incitation à consulter le médecin traitant, ou un psychiatre, ou le médecin du travail si nécessaire.
Les patients ayant bénéficié de l’intervention présentent une disparition à un an des épisodes dépressifs, des troubles phobiques ou paniques. Cette intervention permet d’améliorer de 10 à 15 % la probabilité a posteriori de guérison-rémission, selon l’âge, pour les premiers épisodes dépressifs comme pour les troubles phobiques ou paniques.
L’élément nouveau de la récente étude TNS Healthcare qui conclut qu’aller voir un médecin, un psychiatre reste péjoratif pour la majorité des français, qui lorsqu’ils souffrent de fragilité psychique attendent parfois 5 ans, 10 ans avant de consulter, renforce encore l’intérêt du programme Aprand.
Source : Institut de veille sanitaire http://www.invs.sante.fr/beh/2009/25_26/beh_25_26_2009.pdf - Mise en ligne Maurice Chevrier, Santé log, le 15 septembre 2009 (Vignette INRS)
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