Maladie d’ALZHEIMER : UN DIABÈTE du 3è type ?
Actualité publiée le 04-09-2010
British Medical Journal
Une nouvelle étude, publiée par le British Medical Journal, d’une neurologue australienne, le Pr Karen Ritchie, qui travaille entre France (INSERM U 888, CHU de Montpellier) et Grande Bretagne (Imperial College, Londres), sur différents aspects de la maladie d’Alzheimer et ses facteurs de risque, avance la possibilité que l’incidence de la démence sénile qu’est la maladie d’Alzheimer pourrait être réduite en prenant en charge des facteurs de risque modifiables.
Cette étude « “Designing prevention programmes to reduce incidence of dementia: prospective cohort study of modifiable risk factors” s’appuie sur les résultats observés chez 1.433 habitants en bonne santé de l’agglomération de Montpellier, suivis pendant 7 ans et régulièrement soumis à des tests cognitifs. Sans entrer de nouveau dans les détails des constatations de l’équipe de K. Ritchie, on peut les résumer ainsi : maîtriser mieux le diabète et réduire la fréquence de la dépression – tout en stimulant les capacités intellectuelles – sont deux éléments-clés pour éviter la démence après 65 ans.
Concernant la dépression, qui semble avoir la plus forte contribution (10 %) à la maladie d’Alzheimer, du moins dans cette étude, l’équipe de Montpellier reste prudente, soulignant que la nature causale de la relation dépression-démence reste incertaine. En revanche la constatation du rôle du diabète confirme les données publiées dans les années précédentes, notamment aux Etats-Unis.
Ainsi en 2007, le site Diabetes in Control, signalant les travaux d’une équipe de la Northwestern University (Chicago), titrait : Alzheimer disease could be a third form on diabetes – la maladie d’Alzheimer pourrait être un diabète du 3è type.
En résumé, l’insuline serait aussi importante pour le cerveau que pour le reste du corps, et les pertes de mémoire attribuées à l’Alzheimer débutant seraient précurseurs de ce diabète de type 3… fort différent des deux autres.
Selon le Dr William L. Klein neurologue et physiologiste, et coll., l’insuline participerait à l’élaboration de la mémoire, et le dépôt de protéines neurotoxiques, effaçant les récepteurs à l’insuline, y rendrait les neurones résistants. Ces protéines toxiques bien identifiées (protéines bêta-amyloïdes) ont été nommées ici ADDL : amyloid-beta derived diffusible ligand (ligand prenant la place de l’insuline).
Des études ont en effet montré que le taux d’insuline cérébrale et de récepteurs cérébraux à l’insuline est abaissé dans l’Alzheimer, ce qui revient à dire qu’on pourrait trouver dans la pharmacopée du diabète de type 2 – caractérisé par une insulinorésistance – pour rendre les récepteurs à l’insuline résistants aux ADDL. « Cela ne devrait pas être si difficile », déclare W. Klein.
L’insuline, outre sa fonction de clef d’entrée du glucose dans les cellules, a un rôle important, via ses récepteurs synaptiques, dans la mémorisation et l’apprentissage. Quand les ADDL se lient à la synapse ils masquent le récepteur, empêchant l’action neuronale de l’insuline. Le récepteur va disparaître, n’ayant plus de fonction. L’équipe de W. Klein a ainsi apporté la première preuve moléculaire de l’insulinorésistance développée par les neurones.
Les ADDL, petites protéines solubles, commenceraient à s’agréger au tout début de la maladie, le signal étant la perte mnésique des processus cognitifs permettant les fonctions de relation avec l’environnement et l’entourage. Ne pas confondre avec la perte de mémoire du genre : « Où ai-je mis mes clefs ? » ou « J’ai oublié d’acheter le pain ! ». Cette perte mnésique inaugurale serait réversible, estime W. Klein, permettant de sauvegarder la fonction du récepteur à l’insuline. Le problème actuel est l’absence de marqueurs biologiques validés de détection précoce du processus Alzheimer.
Rendre les récepteurs cérébraux ADDL-résistants pour qu’ils ne deviennent pas insulinorésistants, c’est l’objectif. Sur une culture de neurones d’hippocampe, site cérébral des fonctions de mémorisation, l’équipe de W. Klein a observé que la disparition des récepteurs est en fait une réaction à l’agression des ADDL introduits dans la culture.
Source : INSERM, Diabetes in Control, BMJ online 5/8/2010, BMJ 2010;341:c3885 http://www.bmj.com/cgi/doi/10.1136/bmj.c3885 doi:10.1136/bmj.c3885, mise en ligne Alexis Yapnine, Santé log, le 3 septembre 2010
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Cette actualité a été publiée le 04/09/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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