MALADIES EMERGENTES, Dengue, Chik et West Nile : L’épidémiologie, notre seul « vaccin »
Actualité publiée le 03-09-2010
Prévention
La dengue qui touche les départements français des Antilles, le chikungunya qui a sévi de façon aiguë à La Réunion sont-elles des maladies émergentes ? C'est-à-dire, comme l’infection à VIH, sortie de nulle part ? Encore qu’une infection et son agent ne peuvent pas apparaître de novo. Ils viennent forcément de quelque part, leur apparition dans un pays épidémiologiquement avancé amène à se poser la question : pourquoi émergent-ils chez nous, quels facteurs favorisent leur implantation ? On sait ainsi que dengue et chikungunya affectent des populations entières depuis des décennies, mais leur apparition dans des pays développés a déclenché une médiatisation les présentant comme des émergents.
Les échanges commerciaux et les voyages favorisent l’implantation de « maladies exotiques » non seulement de pays médicalement sous-développés vers des pays où leur émergence prend l’ampleur d’un défi de santé publique, mais également vers des pays occidentaux. C’est pourquoi il y a des cas de « chik » en Europe et qu’on peut s’attendre à des cas de dengue en métropole : des cas importés, traités ici, mais le risque est que dans le cas des maladies vectorielles, un vecteur (tel le moustique Aedes albopictus) transforme les cas importés en cas autochtones.
On peut craindre l’implantation chez nous de maladies exotiques favorisées par ailleurs par le réchauffement climatique, outre la généralisation des voyages aériens expliquant la mondialisation éclair de la pandémie à H1N1, disait le député Jean-Marc Roubaud à Mme Bachelot. Evoquant une séance thématique de l’Académie de médecine, il cite des maladies exotiques inconnues des Français : virus du Nil occidental, virus Nipah, vallée du Rift, etc., les trois quarts de ces nouveaux dangers étant des maladies vectorielles. Quelle prévention la France a-t-elle prévu ?
On peut anticiper le risque d’émergence de telles maladies dans un pays qui n’y est pas encore confronté cette anticipation repose sur la veille sanitaire, stratégie à laquelle la France (avec l’InVS), l’Europe (avec l’ECDC) et les Etats-Unis (avec les CDC) consacrent une force spéciale ? La surveillance épidémiologique concerne les humains, les animaux, les vecteurs (insectes le plus souvent), elle se préoccupe de « l’itinéraire » que peut emprunter un agent pathogène repéré à l’étranger (H1N1, mais aussi le Coronavirus muté du SARS), un agent inconnu ou un agent ré-émergent
En France, l’InVS (Institut de veille sanitaire) dispose ainsi d’une masse d’informations actualisées, qu’il met à la disposition des pouvoirs publics, des professionnels de santé et du public. Il fait notamment le point régulièrement sur la surveillance des maladies importées. C’est le cas de la maladie à virus du Nil occidental (ou West Nile virus), dont la circulation en France est surveillée depuis 2004 par 3 ministères : Santé, Agriculture, Environnement. Elle concerne les humains, les animaux-cibles (équidés, oiseaux) et les vecteurs (moustiques).
Des centres de référence dédiés : Faire face de manière efficace à toute menace épidémiologique suppose également de tirer parti de compétences dédiées, tels les Centres de référence pour un certain type de maladie, par exemple les arboviroses, transmises par des vecteurs volants, de plans de préparation à l’émergence sous forme d’épidémie ou de plusieurs foyers de cas (plans chikungunya, West Nile, dengue…) et de mise en œuvre du règlement sanitaire international. En bref, la préparation de la réponse sur l’information et la sensibilisation des professionnels de santé.
Les pays développés sont obligés de mettre sur pied une médecine dédiée aux maladies émergentes. La France a prévu la création d’un Centre de recherche et de veille sur ces maladies dans l’Océan Indien pour soutenir, à l’égal de la métropole, la recherche et améliorer surveillance, alerte, connaissance des facteurs d’émergence et qualité de la réponse.
Face à des maladies encore inconnues, l’épidémiologie est notre seul vaccin.
Source : Eurosurveillance, Journal Officiel, questions écrites aux ministres, mise en ligne Louis-Marie Sibuée, Santé log, le 2 septembre 2010
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Cette actualité a été publiée le 03/09/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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