MARGARET CHAN : « Une pandémie est l’expression du besoin de solidarité »
Actualité publiée le 19-05-2009
OMS - Assemblée mondiale de la Santé
Devant l’Assemblée mondiale de la Santé, qui s'est ouverte lundi 18 mai à Genève, le Dr Margaret Chan, Directrice générale de l'OMS, s’est adressée aux ministres de la Santé présents et aux délégués des pays membres, sur fond de crise économique mondiale. « Ces trois dernières décennies, le monde est devenu plus riche et les gens ont, en moyenne, bénéficié d’une vie plus longue avec une meilleure santé. Mais cette tendance encourageante dissimule une réalité brutale : aujourd’hui, les différences de niveau de revenu et de prise en charge de la santé sont plus grandes que jamais selon les pays. Notre monde est en dangereux déséquilibre, plus particulièrement en matière de santé. La crise économique actuelle réduit le bien-être et la santé, mais cet impact va être plus fort dans les pays sous-développés ».
Le monde affronte une crise multiple, sur de multiples fronts : crise de l’énergie, pénurie alimentaire, crise financière et climatique dont l’impact a été sérieusement sous-estimé.
Ces crises sont globales, frappent plus durement pays en développement et populations vulnérables. Toutes menacent l’équilibre du monde. Elles révèlent les conséquences d’un défaut d’investissement dans les systèmes de santé depuis des décennies, défaut de recherche d’équilibre, de foi aveugle dans une forte croissance économique qui serait une fin en soi. Même les pays qui s’en tiraient bien économiquement en subissent les conséquences.
« Et maintenant, nous avons une autre contagion planétaire à notre porte : la perspective de la première pandémie de grippe de ce siècle »…
« Pendant cinq longues années, des vagues de grippe aviaire hautement pathogène H5N1 des volailles, et des cas sporadiques humains souvent mortels, ont préparé le monde à s’attendre à une pandémie de grippe, une hautement létale. Un nouveau virus grippal, à fort potentiel pandémique (A/H1N1), a émergé d’une autre source, de l’autre côté du monde. Contrairement au virus aviaire, le nouveau H1N1 se répand facilement entre humains et rapidement dans un pays une fois qu’il s’y est fixé et rapidement vers d’autres pays. Nous nous attendons à ce que ce schéma se poursuive »…
Néanmoins, Margaret Chan fait remarquer que contrairement au virus aviaire, H1N1 provoque actuellement principalement une maladie modérée (mild), une faible mortalité : « Nous espérons que se schéma se poursuivra », ajoute-t-elle. Elle rappelle que dès le 29 avril elle a pris la décision de faire passer le niveau d’alerte de 4 à 5, où il se trouve toujours. Décision justifiée par l’apparition de ce variant de H1N1, dont le comportement peut être aussi imprévisible que celui du virus aviaire. Mais combien de temps va durer la « période de grâce » actuelle (maîtrise satisfaisante de l’épidémie). « « Personne ne peut dire que c’est juste le calme avant la tempête ».
La présence de H1N1 dans l’hémisphère sud (où c’est bientôt la saison grippale) peut inquiéter, car l’on a des raisons de craindre une possible interaction de H1N1 avec d‘autres virus qui circulent chez l’humain ! En outre, il ne faut pas oublier la menace H5N1, ce virus étant maintenant solidement installé dans les volailles de plusieurs pays. Personne ne peut dire comment le virus aviaire va se comporter quand il subira l’impact de H1N1 dans un organisme humain.
Le passage au niveau 5 a déclenché les mesures adéquates prévues aux plans de préparation nationaux. Tout le monde travaille 24 h sur 24 (around the clock). Car le propre d’une pandémie, c’est la quasi susceptibilité universelle à l’infection. Or les capacités à produire antiviraux et vaccins sont insuffisantes dans un monde qui compte 6,8 milliards d’habitants. Il est essentiel que les pays ne gaspillent pas leurs précieuses ressources dans des mesures non appropriées.
Par ailleurs, précise le Dr Chan, nous avons acquis suffisamment de connaissances pour alerter les pays membres de l’existence de groupes à haut risque vers lesquels doivent se concentrer les efforts, par exemple s’il y a un risque plus élevé de complications chez les femmes enceintes.
A ce jour, la plupart des émergences ont surgi dans des pays qui ont de bonnes capacités de dépistage. Le Dr Chan remercie les gouvernements qui ont su mettre rapidement en place une veille, une transparence de notification des cas, le partage généreux des informations… et des souches virales. Or une pandémie impose le besoin de solidarité quand on partage une menace. Il s’agit notamment d’aider les pays en développement à faire face à la menace pandémique.
Le monde est aujourd’hui plus vulnérable à l’impact d’une pandémie de grippe qu’il l’était en 1968; au moment de la dernière pandémie du siècle précédent : la rapidité et le volume des voyages internationaux a augmenté à un degré impressionnant. De ce fait « toute ville ayant un aéroport international est à risque de cas importés »... La plupart des cas d’infections sévères ou fatales par H1N1 surviennent chez des sujets qui ont une maladie intercurrente chronique. Ces dernières années, le poids des maladies chroniques a augmenté de façon spectaculaire, passant des pays riches aux plus pauvres. De nos jours, 85 % du poids des maladies chroniques est concentré dans les pays à revenu bas ou intermédiaire. Oui, les pays en développement constituent le plus large réservoir de sujets à risque très élevé d’infections sévères ou fatales par A/H1N1.
La prochaine pandémie sera la première à apparaître depuis l’émergence du VIH/sida et la résurgence de la tuberculose avec ses formes antibiorésistantes. Dans le mode d’aujourd’hui, la vie de millions de gens dépend d’un accès régulier aux systèmes de soin et aux médicaments. La plupart vivent dans des pays dont les systèmes de santé sont déjà surchargés, manquent de personnel, sont sous-financés.
Que va-t-il se passer si une vague pandémique s’abat sur ces pays dotés de systèmes de santé déjà fragilisés ? Et si la crise H1N1 est surmontée, ces pays se trouveront de nouveau face cet autre problème : l’épidémie de tuberculoses antibiorésistantes…
Conclusion de Margaret Chan : « Comme je vous l’ai dit, une pandémie de grippe est l’expression extrême du besoin de solidarité globale. Nous sommes tous là. Et nous devons passer à travers cela, ensemble. Merci »…
Auteur (adaptation): Jean-Marie Manus, Conseiller pour la santé publique, Santé log, mis en ligne le 18 mai 2009
Source: Division de la Communication, OMS, Genève (Visuel et vignette)
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Cette actualité a été publiée le 19/05/2009 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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