MATERNITE DE VALREAS : Proximité, l’objectif oublié du plan de périnatalité
Actualité publiée le 12-10-2009
Naissance
Le tribunal administratif de Nîmes vient de donner droit au recours contre la fermeture de la maternité de Valréas (Vaucluse) décidée le 17 juillet par l'Agence régionale de l'hospitalisation (ARH) Provence-Alpes-Côte d'Azur et confirmée par le ministère de la Santé. La fermeture de la maternité est donc suspendue. Le plan périnatalité 2005-2007 intitulé « humanité, proximité, sécurité, qualité » souhaitait renforcer la sécurité de la naissance et généraliser la démarche de qualité tout au long du suivi de la grossesse, ce qui implique une certaine proximité…Pourtant, en France, le nombre de maternités est passé de 1.400 en 1975 à 580 maternités en 2008. Retour sur le contexte ambigu des maternités françaises qui tente de concilier technicité avec humanité et rentabilité avec proximité.
Si ces recours sont légitimement motivés par des Associations de femmes enceintes et les élus locaux, ils posent la question du rôle de proximité des maternités et de l’humanité nécessaire à cet événement de la naissance.
En France, une mère sur trois accouche dans sa commune de domicile, et trois sur quatre à moins de 15 kilomètres. En moyenne, une femme accouche à 14 kilomètres de son domicile. Les mères résidant dans une agglomération possédant une maternité accouchent à 9 kilomètres en moyenne, contre 23 kilomètres sinon. La fermeture des petites maternités, qu'elles soient publiques ou privées, entraînant une réduction de 30% du nombre de maternités en 10 ans apparait motivée par une logique économique et technique. La fermeture des petites maternités et leur regroupement conduisent inéluctablement à une réduction du nombre de maternités risquant d'induire dans certaines régions la disparition d'une prise en charge de proximité. Ainsi, en France, le nombre de maternités est passé de 1.400 en 1975 à 580 maternités en 2008.
Des pratiques en évolution : Par ailleurs, si les maternités sont encouragées à fonctionner en réseau, elles s’inspirent aussi de plus en plus des pratiques des grands CHU habilités à prendre en charge les grossesses à risques. Dans le contexte actuel, ce sont les maternités les mieux équipées qui connaissent, une augmentation de leurs implantations et de leurs capacités d'accueil.
On distingue en effet les maternités de niveau 3 équipées d'un service de néonatologie et de réanimation néonatale, celles de niveau 2 qui ont un service de néonatologie ou de soins intensifs, enfin celles de niveau 1 qui ne disposent pas d'unité d'hospitalisation des nouveau-nés à proximité. Ces dernières sont généralement les plus menacées dans le schéma de réorganisation.
Le développement de la technicité, au dépend de l’humanité trouve son illustration avec le doublement en 20 ans, du taux de césariennes, avec 20,1 % des naissances l'an dernier, contre 10,9 % en 1981. D’autres études relèvent également la hausse des interventions non justifiées et les écarts difficilement compréhensibles entre les établissements. La pratique de la césarienne deviendrait-elle un mode d’organisation des naissances, un outil d’optimisation des coûts ? C’est ce que dénoncent plusieurs syndicats professionnels ou certains politiques.
Des séjours en maternité de plus en plus courts : Ainsi, la sortie précoce (avant les trois jours pleins) a doublé en cinq ans : de 3 % des naissances entre 1994 et 1997, elle est passée à 7 % en 2002. La sortie précoce concerne 15,7 % des nouveau-nés en Ile de France. Les dernières recommandations de la Haute autorité de santé sont favorables à cette sortie précoce, dans certaines conditions.
Une satisfaction des jeunes mères sauf sur le choix de la maternité : En septembre 2008, la DREES publiait les résultats d’une enquête sur la Satisfaction des usagères des maternités à l’égard du suivi de grossesse. Des résultats plutôt positifs mais un taux d’insatisfaction qui dépasse les 7 % parmi les femmes qui n’ont pas pu s’inscrire dans la maternité de leur choix – contre 2 % pour l’ensemble de l’échantillon, une différence très significative, soulignée par l’étude.
Le Ministère de la santé a souvent répondu, face à ces données, par les efforts réalisés pour « le renforcement de la sécurité de la naissance. À ce titre, a-t-elle précisé, des crédits à hauteur de 140 millions d'euros ont été délégués aux établissements afin de permettre la création de postes médicaux et non médicaux au sein des maternités (2 200 postes médicaux ont ainsi été créés). La généralisation de la démarche de qualité tout au long du suivi de la grossesse au travers d'une meilleure écoute des femmes et des couples (mise en place de l'entretien du quatrième mois dit entretien périnatal précoce par exemple) a été mise en place.
Une nouvelle enquête nationale périnatale, confiée à l’Inserm et à la DREES se déroule actuellement afin d’évaluer les objectifs de la loi de santé publique de 2004 et du plan Périnatalité 2005-2007.
L’ «affaire» de la maternité de Valréas rappelle que la « proximité » reste, en matière de naissance et pour les usagers, indissociable d’humanité, sécurité et qualité.
Sources : Insee http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ip903.pdf, Ministère de la santé, FEHAP… , mise en ligne Alexis Yapnine, Santé log, le 11 octobre 2009
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