MÉDECINES ALTERNATIVES et CANCÉROLOGIE : Quelles contre-indications ?
Actualité publiée le 08-07-2010
Eurocancer
Désormais on les regroupe sous le sigle MAC, médecines alternatives et complémentaires, terme que Manuel Rodrigues, président de l’Association d’enseignement et de recherche des internes en oncologie, l’AERIO, définit comme « un groupe hétérogène de pratiques considérées comme des médecines non conventionnelles ». Il ajoute : « L’attrait pour ces pratiques en oncologie est une réalité que les médecins ne peuvent ni ignorer, ni réfuter ». La présentation des études de membres de l’AERIO à Eurocancer a fait, en autres sujets, le point sur les risques d’interaction entre les traitements anticancéreux et diverses préparations végétales.
Le sujet est ancien. La position des médecins n’est plus aussi négative, mais à juste raison ils rappellent que « médecines complémentaires » n’est pas la même chose que « médecines alternatives ».
Médecines complémentaires : on peut retenir homéopathie, acupuncture, auriculothérapie, compléments alimentaires divers… Elles n’ont pas a priori de contre-indication avec le traitement anticancéreux, qu’elles peuvent compléter.
Médecines alternatives : Elles comprennent des pratiques habituellement proposées à la place des traitements anticancéreux, et c’est là que subsiste le divorce entre oncologues et prosélytes, car de tous temps, ces pseudo-médecines (produits fantaisie, pratiques éloignées d’une démarche de santé) ont entraîné des situations dramatiques, en détournant les patients de traitements oncologiques validés.
L’AERIO a présenté à Eurocancer le résultat de l’enquête MAC-AERIO réalisée par une équipe de dix de ses membres de janvier à mars de cette année auprès de 844 patients dans 18 centres de traitement du cancer.
Sous le titre « Risques et complications potentiels des médecines complémentaires en cancérologie », J. Barrière (Nice) a évoqué les risques d’interaction entre les traitements anticancéreux et diverses préparations végétales susceptibles d’altérer la pharmacocinétique des traitements, réduisant leur effet thérapeutique ou amplifiant leurs effets secondaires. Ce type d’interaction est observé dans d’autres domaines de la thérapeutique.
Ici, le mythe des « produits naturels » en prend un coup : millepertuis, phyto-estrogènes, jus de pamplemousse, ail, Gingko biloba, chardon Marie, primevère du soir… et mélanges de plantes – jugées plus efficaces si elles viennent de Chine et de pratiques ancestrales -, thé vert, curcuma, gingembre, extrait de myrtille, antioxydants divers - et même huile de foie de morue chez les patients sous AVK ! Tous ont des effets négatifs vis-à-vis de telle ou telle molécule anti-tumorale.
L’expansion de la mode du « naturel » et la persuasion des prosélytes obligent à alourdir les études toxicologiques et d’interaction lors du développement d’une nouvelle molécule thérapeutique… tandis que chez des patient(e)s semblant échapper aux effets d’un traitement ciblé ou souffrir excessivement de sa toxicité, l’identification du facteur négatif n’est pas toujours facile.
Surtout si les patient(e)s n’osent avouer qu’ils s’ « automédiquent ». Demander à son oncologue si une cure de vitamines à outrance est compatible avec le traitement anticancéreux est une attitude raisonnable pour un patient, surtout si son médecin n’a pas « une attitude dogmatique qui consisterait à déconseiller formellement toute utilisation de traitements complémentaires » dit J. Barrière. Sinon il y a risque de perte de confiance du patient en son médecin et d’automédication cachée sans doute…
S’il existe une abondante littérature médicale sur le sujet, les pages du Vidal, répertoire des médicaments, présentent des informations sur les risques d’interactions annuellement actualisés.
En Europe, 15 à 75 % des patients ont recours aux MAC, selon les études mais aussi selon les pays, la culture, le niveau d’éducation, etc. Dans l’étude MAC-AERIO, qui ne concerne que 844 patients mais il n’y avait rien avant, 60 % ont eu recours aux MAC : homéopathie (33 %), oméga-3 (28 %), probiotiques (23 %), régimes alternatifs (22 %), vitamine C (23 %), thé vert (20 %) et… sport (20 %) : 46 % ne lui en ont jamais parlé… et 80 % des patients souhaitent « un site Internet clair et d’autorité sur les médecins complémentaires »…
Mais alors confiés à des professionnels de santé… sérieux !
Source : Eurocancer 2010, mise en ligne par Jean-Marie Manus, Santé log, le 8 juillet 2010
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Cette actualité a été publiée le 08/07/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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