NDM-1: L’OMS appelle à la lutte contre l’antibiorésistance
Actualité publiée le 27-08-2010
NDM-1
« WHO urges countries to take measures to combat antimicrobial resistance ». On ne peut pas être plus clair : l’OMS, pour la centième fois peut-être, en appelle au bon sens des autorités sanitaires et pharmaceutiques des Etats-membres. Ses suppliques réitérées n’ont pas empêché la montée des périls : stagnation de la R & D de nouveaux antibiotiques, usage plus rationnel en ville comme à l’hôpital des antibiotiques courants comme les antibiotiques de réserve, lutte plus intensive contre les infections nosocomiales, recherche fondamentale sur les mécanismes de la résistance bactérienne et sur les constituants bactériens vitaux qui ne mutent pas (domaines conservés) et peuvent constituer des cibles encore inexploitées.
La résistance des bactéries aux antibiotiques (antibiorésistance) n’est pas née d’hier. Elle a commencé dès 1941, avec la mise en service officielle de la pénicilline, que le Pr Alexander Fleming avait entrevue en 1928 et qui ne devint le médicament que l’on sait quelque treize ans plus tard. Et c’est le même Pr Fleming, en 1945, qui prédisait l’antibiorésistance bactérienne liée à une mauvaise utilisation des antibiotiques, avec le risque que certains patients ne puissent plus être traités.
L’adaptation progressive des bactéries aux molécules successivement développées contre elles est due à un processus propre aux micro-organismes (bactéries et virus) : les mutations génétiques accélérées. En moins d’une vie d’homme, elles leur ont permis de se défendre contre plusieurs antibiotiques simultanément : ce sont les bactéries multirésistantes ou BMR. L’OMS avertit que cette résistance « pose des difficultés particulières car il peut y avoir peu ou pas d’options alternatives pour traiter ».
Ainsi, le terme problème croissant de santé publique ne s’applique plus à une maladie mais pour la première fois, à une classe de médicaments, problème devenu planétaire, comme l’a rappelé l’article publié dans le Lancet du 11 août, évoquant l’identification d’un nouveau gène de résistance sur une bactérie BMR. L’OMS a de nouveau mis en garde sur le danger des infections à BMR, car ce sont les plus difficiles à traiter, on le voit bien avec leur incidence en hausse dans la tuberculose… jusqu’au niveau ultra-BMR – résistance à presque tous les antibiotiques courants disponibles.
Les infections à ultra-BMR vont se développer, et le problème sera de trouver la molécule de réserve non encore frappée de résistance (mais n’y coupera pas un jour !), voire un ancien antibiotique tombé en désuétude, contre lequel la bactérie n’a pas conservé de gène de résistance. Même si nous parvient l’annonce d’un antibiotique tout à fait nouveau (visant un domaine conservé ?), constat des infectiologues : aucune classe nouvelle n’a été découverte depuis 20 ans au moins.
Pourquoi la résistance ? Spécialiste de l’antibiorésistance, le Pr Patrice Courvalin (Institut Pasteur) donnait cette image : « Si l’on met dans une éprouvettes 1 milliard de bactéries sensibles à un antibiotique donné et une seule bactérie résistante à cet antibiotique, en une nuit la majorité des bactéries sensibles aura été tuée et la bactéries résistante aura donné naissance à un milliard de bactéries résistantes ». Car les bactéries s’auto-reproduisent (une parthénogenèse).
L’antibiorésistance, ce n’est pas nouveau… mais il faut des épisodes comme la découverte d’une bactérie arborant un gène de résistance nouveau lui permettant de défier plusieurs antibiotiques usuels. L’appel au bon usage nous concerne tous : consommateurs, prescripteurs, pharmaciens, vétérinaires, responsables d’hôpital, laboratoires de biologie médicale, visiteurs médicaux, gouvernements, industrie pharmaceutique, agences de santé, organisations professionnelles – telle est la liste de responsabilisation dressée par l’OMS.
Quatre mesures sont obligatoires : surveillance rapprochée de l’antibiorésistance ; usage rationnel des antibiotiques avec des programmes d’éducation pour professionnels de santé et public (en France : les antibiotiques c’est pas automatique) ; lutte contre la vente d’antibiotiques sans prescription ; respect étroit des mesures de prévention et de maîtrise des infections, y compris le lavage des mains en milieu de soins. Avec ces mesures, certains pays ont maîtrisé la montée des BMR. Le 7 avril 2011, la résistance microbienne sera le thème de la Journée mondiale de la Santé.
Source : OMS Communication, Genève, mise en ligne Alexis Yapnine, Santé log, réactualisé le 26 août 2010
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Cette actualité a été publiée le 27/08/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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