OBESES : IL Y A DES “MALADES” EN BONNE SANTE
Actualité publiée le 17-08-2008

Obésité et métabolisme
L’image de l’obésité dans le monde aujourd’hui est celle d’une épidémie galopante et exponentielle, principalement dans les pays développés. L’excès de poids et l’obésité sont classés au rang des facteurs de risque, principalement cardiovasculaires, mais également métaboliques : hypercholestérolémie, diabète. Aussi le résultat de deux études, publiées simultanément dans la même revue médicale, a créé un certain trouble dans les médias grand public : les obèses ne seraient pas tous en danger ! Donc le sujet obèse pourrait être… un malade en bonne santé ?
La première étude présentée par deux équipes de l’Université de Tübingen (Allemagne) conclut que « une obésité bénigne sur le plan métabolique qui ne s’accompagne pas de résistance à l’insuline et d’athérosclérose précoce existe chez les humains. De plus, une graisse ectopique peut être plus importante que la graisse viscérale dans la définition d’un tel phénotype obèse favorable ». Propos très scientifiques, certes, mais qui soulignent l’évidence : une obésité devient grave (en tant que facteur de risque) lorsqu’elle s’accompagne de troubles métaboliques (la résistance cellulaire à l’insuline, précédant le diabète de type 2) et d’un excès de masse grasse surtout abdominale (viscérale), précurseur d’athérosclérose. Chez certains obèses, disent les médecins allemands, « un phénotype de répartition de la graisse métaboliquement bénin peut exister ».
Cette première étude (1) a porté sur 314 patients dont on a mesuré la masse grasse viscérale, hépatique et musculaire, la réponse à l’insuline, ceux-ci étant répartis en 4 groupes poids normal, surpoids, obèses sensibles à l’insuline, obèses insulino-résistants. Parmi les nombreuses constatations inattendues, on note que les obèses insulino-sensibles le sont quasiment comme les sujets de poids normal et que l’épaisseur de leur paroi artérielle (hauteur intima/média évaluant l’athérome) est également identique à celle des normo-pondéraux. Il y a même des obèses heureux… d’être en bonne santé…
La seconde étude est publiée par 4 équipes américaines (New York, Pasadena, An Arbor) et rejoint évidemment la première, puisqu’elle compare les obèses sans accumulation de facteur de risque cardiométabolique et les normo-pondéraux avec accumulation de ces facteurs de risque. Le syndrome métabolique, dit depuis peu cardiométabolique car on sait que ce pré-diabète de type 2 est surtout à risque cardiovasculaire majeur, notamment en favorisant le développement d’une masse grasse responsable dece risque (risque athérogène notamment).
Cette seconde étude (2) constate que chez les adultes américains, on note une forte prévalence des facteurs de risque composant le syndrome cardiométabolique même parmi les sujets de poids normal et une forte prévalence de sujets en surpoids et obèses qui sont métaboliquement en bonne santé (metabolically healthy). Les anomalies composant ce syndrome sont : tension élevée ou HTA, triglycérides et cholestérol LDL élevés, insulino-résistance, glycémie à jeun élevée, cholestérol HDL (bon cholestérol) bas. Les sujets de cette études étaient 5 440 adultes de l’enquête nationale NHANES 1999-2004 : 23,5 % des normo-pondéraux sont métaboliquement anormaux, alors que 51,3 % des sujets en surpoids et 31,7 % des obèses sont métaboliquement en bonne santé (metabolically healthy). Il existe des variables dont il faut tenir compte dans l’évaluation du risque global : âge, niveau habituel d’activité physique et circonférence du tour de taille chez les normo-pondéraux, âge, ethnie (hispanique, afro-américaine), niveau d’activité physique, tour de taille chez les surpoids/obèses.
La conclusion (provisoire) pourrait être : avant de vouloir (faire) maigrir, il faut chercher à savoir si l’excès de poids s’accompagne ou non de facteurs de risque d’origine métabolique, les seuls à exposer à un risque… si l’on met à part les risques d’arthrose du genou et de la hanche, dus au surpoids, encore qu’ils ne se manifestant pas chez tous les sujets en surpoids…
Auteur : Jean-Marie Manus, conseiller en santé publique, Santé log
Publié le 17 août 2008
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http://www.santelog.com/modules/connaissances/base-connaissance-sante-hypertension-arterielle,-maladies-cardiovasculaires,-prevention,-automesure-(16)_165.htm
L’étude NHANES 2005-2006 : http://www.cdc.gov/nchs/about/major/nhanes/nhanes2005-2006/nhanes05_06.htm
(1) Norbert Stefan et coll., Arch Intern Med. 2008;168(15):1609-1616. (2) Arch Intern Med. 2008;68(15):1617-1624. |