PLAN NATIONAL VIH/SIDA : Les Pouvoirs publics devront revoir leur copie
Actualité publiée le 30-06-2010
CNS
Redéfinition des stratégie de prévention et de dépistage, retard au diagnostic et à la prise en charge médicale, contradictions entre Santé et Immigration, dans un avis rendu public le lundi 28 juin, et adopté à l’unanimité des membres, moins une voix, le Conseil National du Sida (CNS) et la Conférence Nationale de Santé estiment que le plan national 2010-2014 ne définit pas la politique adaptée aux défis actuels de la lutte contre le VIH et les IST. Un avis très sévère et critique des scientifiques qui suit de près le même type de critiques adressées à l’encontre de la politique de lutte contre la drogue.
Rappelons qu’en France, l’incidence est stable, de 7 à 8000 nouvelles contaminations par an. Cette stabilité ne permet donc pas, pour les experts, de conclure à une stabilisation de l’épidémie.
Selon le code de la santé publique, la Conférence nationale de santé et le Conseil national du sida doivent être consultés par le Gouvernement lors de l’élaboration du plan national VIH-IST. Ces deux instances rappellent en préambule, qu’en amont de la conférence internationale sur le sida
(à Vienne du 18 au 23 juillet), ils n’ont pas eu connaissance du plan dans sa globalité mais seulement d’un document stratégique ne comportant aucune indication sur de nombreux aspects décisifs du plan, en particulier sur le volet consacré aux infections sexuellement transmissibles (IST). Ils qualifient leur propre constat de « sévère » et ajoutent qu’”en l’état du projet, le plan national 2010-2014 ne définit pas une politique publique efficace face aux défis actuels de la lutte contre le VIH et les IST” et propose une option de gouvernance qui « soulève de nombreuses interrogations ».
La lutte contre le VIH et les IST comporte 3 enjeux essentiels, la politique de dépistage et d’accès précoce au traitement, la mise en cohérence des différentes politiques publiques et l’engagement international de la France dans la lutte contre la pandémie. Sur ces 3 enjeux, les 2 CNS juge les proposition du document stratégique très insuffisantes.
La redéfinition de la politique de dépistage et de prévention, très attendue par les experts n’est pas élaborée. En particulier, le caractère ciblé de l’épidémie sur certains groupes de population comme celle des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), des migrants d’origine subsaharienne et les usagers de drogues injectables, certains départements comme la Guyane, devrait permettre de redéfinir précisément les priorités.
Réduire le retard au diagnostic et à la prise en charge médicale de l’infection est un second axe de travail prioritaire : Si la proportion de personnes découvrant leur infection au stade sida et/ou avec un taux de CD4 inférieur à 200/mm3 tend à diminuer, elle reste considérable, selon les données disponibles . Ainsi, en 2008, 50 % des personnes dépistées avaient un taux de CD4 inférieur à ce seuil et apparaissaient donc en situation de retard au diagnostic et à la mise au traitement. Une question qui là, se pose de manière généralisée, au-delà des groupes définis comme les plus à risque.
Selon les CNS, la politique et le dispositif de dépistage français n’ont pas significativement évolué depuis leur formulation à la fin des années 1980, alors que le contexte épidémique et thérapeutique s’est profondément transformé et que la Haute Autorité de Santé (HAS) a publié de nouvelles recommandations qui n’auraient été reprises que partiellement.
Enfin, réduire les contradictions entre les différentes politiques de santé en regard de la politique d’immigration. En effet, les personnes migrantes rencontrent des difficultés croissantes d’accès aux systèmes de santé et de couverture sociale. Cet écueil nuit au dépistage et à la prise en charge de populations particulièrement concernées par le risque d’infection.
En conclusion, le Conseil national du sida et la Conférence nationale de santé demandent aux Pouvoirs publics de revoir leur copie.
Sources: Conseil National du sida, Avis conjoint du CNS et de la Conférence nationale de santé relatif au projet de Plan National VIH/sida 2010-2014, mise en ligne Alexis Yapnine, Santé log, le 30 juin 2010 (Visuel Inpes)
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Cette actualité a été publiée le 30/06/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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