POLYPILL : UNE PILULE A TOUT SOIGNER … Mais pas la panacée
Actualité publiée le 01-04-2009
Thérapeutique
La pilule à tout soigner en pathologie cardiovasculaire est une invention américaine. Les hasards de l’actualité médicale font qu’elle ressort quelques années après les premières présentations du concept outre-Atlantique, où on lui a attribué l’appellation de polypill, ce qu’on pourrait (audacieusement) traduire par « pilule à tout faire ». Les premiers résultats des essais actuels en Inde (où elle est produite sous le nom de Polycap) ont été évoqués au cours du congrès annuel de l’American College of Cardiology (ACC).
Son principe repose sur… ses principes actifs et sur une forme galénique courante aujourd’hui : l’association fixe de plusieurs principes actifs différents mais ciblant un facteur de risque impliqué, ici, dans les maladies cardio-cérébro-vasculaires. Si ces principes actifs différents sont compatibles entre eux (comme des vaccins différents dans une seule seringue), ils peuvent effectivement traiter, voire prévenir une maladie au sens générique.
En l’occurrence, la polypill est une association fixe de 5 molécules différentes, ciblant chacune un facteur de risque cardio-cérébro-vasculaire, donc susceptibles en synergie de minimiser le risque lié à ces facteurs : une statine contre le mauvais cholestérol, aspirine pour modérer l’activité des plaquettes (précurseurs d’une thrombose), inhibiteur de l’enzyme de conversion, bétabloquant et diurétique pour maîtriser les hausses de tension.
On peut en conclure qu’avec ce poly-traitement, on offre une protection pharmacologique contre essentiellement infarctus du myocarde et accident vasculaire cérébral (AVC)… Peut-être avec plus de chances d’observance puisque cette pharmacopée est contenue dans un seul comprimé, alors que l’on sait pertinemment que plus un patient doit prendre de médicaments différents, plus il y a de risque qu’il oublie l’un d’eux ou saute des prises.
Le comprimé combiné pourrait être prescrit de façon courante aux hommes à partir de 50 ans et aux femmes à partir de 60 ans, périodes de la vie où les facteurs de risque acquis commencent à influencer négativement le fonctionnement circulatoire. Car tout comence dans l’artère : thromboses, athérome, HTA. Bien sûr, les sujets ayant déjà des problèmes cardio-cérébro-vasculaires seront les premiers bénéficiaires de cette nouvelle offre pharmacologique.
Un tel traitement n’est pas une panacée. Son activité positive dépend aussi des mesures d’hygiène de vie que le patient doit respecter au minimum : activité physique, suppression du tabagisme, mesure diététiques de base, maîtrise de l’excès de poids, de la cholestérolémie et de la glycémie… Car la réflexion qui se fait jour lorsqu’apparaît un nouveau traitement trop vite présenté comme une « solution-miracle », c’est que la population laisse tomber les mesures de prévention par excès de confiance pharmacologique. On attend du/des promoteurs de la polypill qu’ils appellent les futurs utilisateurs à leur responsabilité d’autogestion de leur santé par les mesures hygiéno-diététiques… aussi !
La polypill ne rapportera pas des fortunes aux laboratoires pharmaceutiques qui la produiront, quelle que soit son nom commerciale, car ses ingrédients sont des molécules courantes, largement tombées dans le domaine public. La vraie fortune, c’est… pour la santé publique, si le concept se révèle efficace pour freiner la prévalence des affections d’origine circulatoire.
La polypill est actuellement sous observation chez l’homme pour connaître sa réelle efficacité, sa sécurité et sa tolérance. On estime pour l’instant qu’elle peut réduire de moitié l’incidence de l’infarctus et de l’AVC, données déciulant de l’essait thérapeutique en cours impliquant 2 053 sujets de 45 à 80 ans en bonne santé mais porteur d’au moins un facteur de risque : HTA, obésité, tabagisme…
Auteur : Jean-Marie Manus, Conseiller pour la santé publique, Santé log, mis en ligne le 31 mars 2009 – Visuel Leem EFPIA
Accéder à l’article (en anglais) sur InCirculation (ACC) (professional cardiovascular resource intended for a global audience of specialists, generalists, researchers, and other healthcare professionals) http://www.incirculation.net/0_0.aspx
Accéder à l’article sur le site de l’American Heart Association (AHA) (vignette) : http://www.americanheart.org/downloadable/heart/1211152988172MondaySanz.pdf
Lire aussi : VITAMINES C, E et MALADIES CARDIOVASCULAIRES : aucun effet préventif
GENERIQUES CARDIOVASCULAIRES : Aussi efficaces que les princeps
MALADIES CARDIOVASCULAIRES : Les enfants aussi
Réagissez à cette actu sur Santé Blog
Cette actualité a été publiée le 01/04/2009 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
|