PRÉCARITÉ: Malgré l’aide alimentaire, 1 personne sur 2 n'a pas assez à manger
Actualité publiée le 04-09-2010
Académie nationale de Médecine
A l’Académie nationale de médecine le Pr Claude Jaffiol, membre de l’Académie, et le Dr Denyse Vannereau, diabétologue (CHU de Nîmes), ont présenté les premiers résultats d’une enquête en Languedoc-Roussillon : Alimentation et précarité. Enquête sous l’égide de l’Académie, pour identifier l’impact sur la santé de la précarité pour l’achat de nourriture, situation qui s’aggrave par manque de prise en charge nutritionnelle, absence de dépistage et de suivi médical.
Le recours à l’aide alimentaire augmente par manque de ressources, d’où nombre croissant de malnutritions, de déficits nutritionnels, d’obésités, diabètes, carences, qui touchent familles monoparentales, célibataires, retraités, impacts sanitaires compromettant la recherche d’emploi, pénible quand on est en mauvaise santé. Il y aurait en France de 3,7 millions à 7,1 millions de personnes pauvres (INSEE, 2003). Il est cependant possible d’améliorer l’état nutritionnel de ces classes défavorisées par un effort collectif, une éducation de ces populations et des organismes caritatifs qui les aident.
L’état de précarité touche des sujets ne disposant pas de ressources suffisantes pour vivre décemment. En fait, il y a précarité si le revenu est inférieur à 60 % du revenu moyen, soit en 2006 : pour une personne seule 880 euros et pour un couple avec 2 enfants 2 200 euros. 13,2 % des Français vivent en-dessous du seuil de pauvreté, ils sont entre 14,6 et 18,1 % en Languedoc-Roussillon, une région particulièrement touchée.
La précarité affecte en premier lieu les jeunes, les étudiants, les familles monoparentales ou immigrées, les veufs et veuves et certains groupes sociaux minoritaires.
Conséquences de la précarité sur l’alimentation? En 2006 l’enquête ABENA donne une réponse à partir de 1.164 adultes bénéficiant d’une aide alimentaire, leur alimentation se caractérisant par un excès d’aliments gras, salés et sucrés, au détriment de fruits, légumes et poisson. L’aide alimentaire était la première source d’approvisionnement pour tous les produits, suivie par le hard discount.
Dans cette étude, 49,6 % déclarent ne pas avoir assez à manger, parfois ou souvent. 48,6 % ont recours à l’aide alimentaire depuis 1 an ou moins, la durée moyenne de fréquentation étant de 25 mois. On constate la difficulté pour ces structures de proposer une diversité suffisante de produits à des sujets totalement dépendants de cette aide, d’où des déficits nutritionnels majeurs.
Ainsi, 94,5 % des sujets consomment moins de 3,5 fruits et légumes par jour ; 89,4 % consomment moins de 3 produits laitiers par jour ; 72,7 % moins de 2 fois par semaine du poisson ; produits céréaliers, féculents, viandes, sont consommés de façon un peu plus régulière : 48,7 % déclarent consommer 3 ou plus produits céréaliers ou féculents par jour ; les viandes, poissons et œufs sont consommés par 57,4 % des personnes interrogées 1 à 2 fois par jour ou plus.
Les sujets souhaitent une diversification de l’aide alimentaire, accéder à des aliments compatibles avec leurs habitudes culturelles, adaptées à leur âge, et bénéficier de conseils nutritionnels.
Alimentation insuffisante, déséquilibrée et troubles de santé : prévalence accrue de l’obésité, du diabète, de l’HTA, de l’état dépressif, de graves problèmes dentaires, mise en évidence dans une précédente enquête chez 48.813 sujets en Ile de France.
Enquête diabète, alimentation, précarité en Languedoc. Elle a concerné 1.855 adultes à Montpellier, la plupart précaires, dont 163 diabétiques connus : 126 diabétiques majoritairement non précaires, ont été recrutés dans le réseau Audiab de Narbonne (généralistes).
Constats.
La précarité s’étend aux gens jeunes. Le nombre de SDF s’accroît dès 18 ans avec le cortège de boissons alcooliques ou stimulantes et de drogue, par manque de projet de vie, chômage, solitude.
Alimentation insuffisante chez les plus de 50 ans : carence en protéines, fruits et légumes (trop chers), avec en plus souvent la gêne à fréquenter les restaurants sociaux. Les SDF ont, en principe, un repas équilibré par jour via les associations (Secours Catholique, Restos du Cœur). Pour les précaires non désocialisés, il y a souvent absence de poisson, fruits et légumes (coût).
Restaurants solidaires et épiceries sociales ont déjà fait d’énormes progrès dans les choix alimentaires et l’éducation nutritionnelle avec entre autres la création d’ateliers diététiques.
L’offre alimentaire ne prend toujours pas en compte les pathologies des précaires : diabète, troubles digestifs après intervention sur l’estomac ou le côlon, chimiothérapies et leurs conséquences, problèmes dentaires pratiquement toujours présents.
Des pathologies particulièrement fréquentes : obésité androïde, HTA (30,2 % !), diabète gestationnel. La prévalence des diabètes déclarés déjà connus s’élève à 8,33 %, chiffre certainement inférieur à la réalité, certains diabétiques refusant de participer à l’enquête, s’estimant bien suivis alors que la recherche des complications n’a jamais été faite (dont examen des pieds). Ainsi il a été fait le constat surprise de fréquentes hypoglycémies, chez des patients ignorants cette complication. Dans un milieu où l’alcool, la drogue et les rixes sont fréquents, de tels épisodes constituent un facteur aggravant.
Découverte d’hyperglycémies méconnues : 319 (17, 2 %), dont d’authentiques diabètes Le médecin traitant a été informé, mais peu de suite, car nombre de sujets sont sans couverture sociale.
Conclusions, des actions peu coûteuses pourraient améliorer les choix alimentaires et limiter les pathologies des populations précaires : effort éducatif, meilleure prise en compte des besoins nutritionnels par l’aide alimentaire (selon le PNNS), formation des responsables et bénévoles des associations, concertation entre pouvoirs publics et filière agro-alimentaire.
Les pistes :
· Accroitre le nombre d’épiceries sociales et l’aide aux restaurants caritatifs tout en déculpabilisant certains usagers qui hésitent à y recourir.
· Proposer à coût acceptable des aliments dotés d’un bon pouvoir nutritionnel sans excès de calories.
· Renforcer l’éducation de ces populations, selon le système EPODE (Ensemble Prévenons l’Obésité des Enfants) qui a apporté des preuves de son efficacité.
· Améliorer le dépistage de pathologies fréquentes chez les précaires mais bien souvent ignorées ou négligées, avec l’extension de réseaux incluant les généralistes.
· Résoudre les difficultés de ces populations : attribution de logement, réinsertion dans la vie active, l’action sur l’alimentation doit s’inscrire dans une démarche globalisée.
· Encourager la filière agro-alimentaire et la grande distribution à fournir des aliments de bonne qualité nutritionnelle à prix acceptable (coût des fruits et légumes), faciliter la distribution dans les cantines et les écoles, limiter la publicité pour aliments gras ou sucrés, interdire les allégations nutritionnelles.
Des mesures coûteuses, certes, mais que devrait largement compenser le bénéfice dû à l’amélioration de l’état de santé des sujets précaires, facilitant leur réinsertion socioprofessionnelle.
Source: Bureau de la Communication de l’Académie nationale de médecine, mise en ligne Maurice Chevrier, Santé log, le 3 septembre 2010 (Visuels Restos du cœur)
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Cette actualité a été publiée le 04/09/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
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