PREVENTION AUX USA : Faut-il revenir aux fondamentaux ?
Actualité publiée le 10-03-2010
CDC/ The Lancet
Faut-il revenir aux fondamentaux ? C’est la question posée par la revue The Lancet qui consacre son éditorial au rapport des CDC sur l’état des lieux de la santé publique aux Etats-Unis. Mais où sont passées les simples règles hygiéno-diététiques en prévention des maladies cardiovasculaires ? Oubliées au profit des innovations « technologiques » ou thérapeutiques, tels les stents à élution ou encore l’usage généralisé des statines ? Du fait en partie d’une médiatisation excessive de tout événement médical, chirurgical ou biologique produit outre-Atlantique, les Etats-Unis peuvent passer comme précurseur en matière de recherche médicale, d’études « cohortes » ou d’innovations thérapeutiques. Oui mais, en réalité… qu’en est-il de la santé publique américaine?
Ce volumineux rapport (572 pages) des Centers for Disease control and prevention (CDC) d’Atlanta qui fait l’état des lieux de la santé publique aux Etats Unis pour l’an passé est passé inaperçu chez nous mais n’a pas échappé au Lancet (1) qui, de Londres, donne son avis : les Etats-Unis devraient se concentrer sur des choses simples pour améliorer l’évolution de la maladie cardiaque –l’encouragement aux changements du mode de vie et une bonne maîtrise de l’hypertension – plutôt qu’uniquement sur les procédures technologiques spectaculaires et le recours aux médicaments. Telle est l’analyse de Heartwire, un observateur critique de la cardiologie mondiale.
Les cardiopathies, toujours première cause de décès aux U.S. : Ce rapport des CDC montre notamment que, malgré une baisse de 41 % de la mortalité cardiaque entre 1990 et 2007, les cardiopathies restent la principale cause des décès aux Etats-Unis : près de 650.000 en 2006. Un autre rapport, celui de l’Institut de Médecine (IOM), note Heartwire, met en exergue l’HTA et appelle à sa meilleure prise en charge aux Etats-Unis…
En fait, les Etats-Unis dépensent plus pour la santé par habitant que n’importe quel autre pays et ces dépenses augmentent et l’espérance de vie stagne, située loin derrière la plupart des pays industrialisés. En outre, 3 procédures fréquemment utilisées sont parmi les 6 plus coûteuses : angioplastie, pontage, stimulateur/défibrillateur cardiaques. Cette dernière a augmenté de 64 % entre 1999 et 2006.
Le problème des nouvelles technologies c’est qu’elles sont souvent plus chères que les anciennes options avec un impact perceptible que quand lorsque leur usage se généralise et peut être étudié sur des périodes assez longues. Cette réflexion des CDC s’applique notamment aux stents à élution, relarguant une substance censée empêcher la resténose, dont l’emploi fait l’objet de controverse par rapport aux stents sans élution, aux Etats-Unis comme en France. Jusqu’à quel stade doit-on pousser innovation et progrès technologiques lorsque les ressources pour la santé sont réduites ?
Le coût du progrès sanitaire est à prendre en compte dans la réforme de Santé américaine. Parmi ces dépenses, figure la prescription exponentielle de médicaments coûteux, telles les statines (classe thérapeutique visée par un récent rapport de l’Assurance Maladie), qui a décuplé entre 1988-1994 (2 %) et 2003-2006 (22 %) chez les 45 ans et plus (antidiabétiques : + 50 %), alors que la maîtrise de la cholestérolémie ne dépend pas que du médicament…
Aux Etats Unis les facteurs de risque liés au mode de vie sont négligés : 22 % des hommes et 17 % des femmes fument, un tiers des adultes sont obèses, moins d’un tiers de la population consacre ses loisirs à l’activité physique. La prévention de l’HTA est négligée, sous-diagnostiquée, on compte 73 millions d’hypertendus, 1 adulte sur 6 meurt d’une complication de l’HTA, selon l’IOM.
“Small changes can make big differences”, conclut l’éditorial du Lancet. C’est à dire qu’il en faudrait peu pour inverser la tendance, en faisant un retour aux fondamentaux, en considérant la prévention comme un mode de traitement, et non pas ce qu’on fait faute de mieux… Un concept dont s’est emparé Michelle Obama avec sa récente initiative, le « "Let's Move" program » pour lutter contre l’obésité. Mais ne critiquons pas, en France aussi on a tendance à préférer le curatif au préventif.
Source : HeartWire, mise en ligne par Alexis Yapnine, Santé log (traduction, adaptation, commentaires), le 9 mars 2010 (Visuel White House)
Accéder à l’ensemble des actualités sur la Prévention
(1) State of the heart in the USA. Lancet 2010; 375:697.
Liens : Centers for Disease Control and Prevention. February 17, 2010 . Institute of Medicine. A Population-Based Policy and Systems Change Approach to Prevent and Control Hypertension. Washington, DC. The National Academies Press, 2010.
Réagissez à cette actu sur Santé Blog
Cette actualité a été publiée le 10/03/2010 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration
de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
|